Vie quotidienne
Les vieux amis
18 novembre 2018
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Nous nous connaissons depuis 1990 et nous avons 45 ans tous les trois. A la base, je suis ami avec Renaud d’un côté et Charles de l’autre. Nous avons été tous trois dans le même pensionnat catholique de garçons, au coeur des montagne, de la seconde à la terminale. Nous avons tous souffert à des degrés différents : Renaud détestait les ordres, Charles n’aimait pas se faire frapper et moi la nourriture me rendait malade, j’ai donc souffert d’anorexie pendant presque deux ans. Renaud a désormais deux enfants de deux femmes différentes, Charles deux enfants aussi de la même femme.

Renaud a été chasseur Alpin (il a survécu à deux tentatives d’assassinat de la part de ces charmants camarades de chambrée, une en altitude où il a été abandonné dans la froid et une dans le désert Africain où il a été passé a tabac et abandonné dans le désert) (en écrivant ces lignes, je réalise qu’il a du se jouer un truc Karmique avec ou contre lui à ce moment, et qu’il a passé l’examen les deux fois) puis maçon de maisons totalement écologiques, faites à la main. Charles, de son côté, après quelques années à s’amuser, s’est posé dans notre région natale qu’il a écumé dans sa voiture en tant que commercial. Il doit connaître toutes les routes, tous les recoins, toutes les forêts

(cette phrase va le faire sourire)

et il s’apprête désormais à changer de vie, franchissant un grand pas pour lui : il quitte enfin son premier (et unique) job depuis vingt ans pour se lancer dans une aventure professionnelle plus ambitieuse et plus personnelle. Je suis ravi pour lui. Il me conduisait hier à moto, d’Anglet à Biarritz et nous tâchions d’éviter les gilets jaunes, mais ils laissaient passer les motos alors tout allait bien.

Nous étions si bien, tous les trois, face à la mer, soleil couchant, un verre à la main, nous évoquions nos destinées, nos expériences de vie, les enfants des uns et des autres, les femmes des uns et des autres, les pudeurs des uns et des autres, les traumas des uns et des autres.

A un moment, je dis :

– Au moins, on aura vécu presque trente ans de plus que Eschandy qui s’est tué à 17 ans dans un accident de voiture. Quelle courte vie que la sienne. C’était quoi déjà son prénom ?

– Eschandy, Eschandy…Pfiiiiuu ça remonte.

Et nous ne nous souvenions plus. Entre garçons virils qui s’interpellaient par leurs noms de famille, nous ne connaissions plus celui d’Eschandy, mort à 17 ans sur une route des Pyrénées, conduisant probablement trop vite (il aimait la vitesse) une voiture trop rapide que ses parents lui avaient offert l’année de son permis accompagné, peut-être en sortant de boite de nuit, peut-être un peu bourré. On ne se souvenait plus de son prénom.

Mourir à 17 ans.

Et nous autres, presque trente ans plus tard, regardions le soleil se coucher devant la mer, comme nous le faisions au même endroit presque trente ans plus tôt, pendant que la petite de Renaud passait devant à trotinette et que tu m’envoyais un message pour me dire que mes bras te manquaient et qu’il te tardait que je revienne.

“Qu’elle fut longue la route”…

Tous ces jours sans toi.

3583 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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