Sexe
L’homme du bus
25 octobre 2018
11
Le Bus

Matthieu (un bel hétéro de 40 ans qui en fait dix de moins, lumineux et brillant, père de trois enfants, récemment séparé) me raconte qu’il se fait régulièrement draguer par des hommes et des femmes, depuis sa rupture mais rien comme ce qui lui est arrivé le week-end dernier, dans un noctibus, entre la Défense et la lointaine banlieue.

Matthieu rentre dans le bus et voit une jeune femme un peu inquiète, seule, assise dans le fond et sur le côté, trois jeunes qui n’ont pas encore commencé à l’embêter mais qui se tâtent. Sans hésiter, Matthieu s’assoit à côté d’elle et ne prononce pas un mot. Les trois jeunes restent un ou deux arrêt de plus puis descendent du bus alors que monte un très très beau mec, super sapé, stylé, sûr de lui, qui rentre visiblement de soirée, souriant, moustachu, un faux air de Pierre Liscia pour ceux qui voient le genre.

Le type avise Matthieu, lui fonce droit dessus, s’adresse à la jeune femme, sans ambages :

Tu veux bien t’installer ailleurs ?

Elle se lève et s’en va pendant que lui s’installe à côté de Matthieu, avant de le draguer avec finesse et humour pendant presqu’une heure, sans arriver à ses fins, lui racontant qu’il rentre bredouille de boîte et finirait bien la nuit avec Matthieu. Mais non, poliment, Matthieu l’éconduit tout en passant un excellent moment. Il lui souhaite une bonne nuit et rentre chez lui.

Je ne sais pas comment on arrive à ce niveau d’assurance en drague mais j’aimerais tellement agir de la sorte.

Je peux le faire, je peux le faire, après deux verres de vin (oui, je ne coûte pas cher) et pour ceux qui n’ont pas lu mon dernier livre, je vais vous raconter comment j’avais séduit le garçon qui était venu juste après la Marmotte et avec qui j’étais resté deux ans.

C’était une soirée médiocre, les trente ans d’un type que j’avais cru être un proche quelques années plus tôt mais qui n’était intéressé que par le superficiel (et le superficiel lui rendait bien). Nous avions été potes, nous avions cessés de nous voir, nous nous étions retrouvés sur un malentendu et j’avais accepté de venir à son anniversaire mais je le regrettais amèrement : il n’y avait que des gays, beaucoup de célibataires, et tous étaient en manque de viande comme rarement. Je me sentais super mal. Personne ne me plaisait. Personne ne me parlait plus d’une minute. Il y avait énormément de monde dans un très grand appartement mais je me sentais très isolé. J’avais dix ans de plus que tous les autres. Alors que je confiais mon désespoir à une des rares filles présentes, celle-ci m’avait secoué comme un prunier :

– Ne bouge pas, je reviens avec le plus beau garçon de la soirée, j’en ai repéré un !

– Tu plaisantes. Il n’y a rien.

– Je reviens avec l’Homme de ta vie.

Cinq minutes plus tard, tenant par la main un élégant blondinet aux yeux bleus malicieux, au sourire sublime, quinze ans de moins que moi, elle fait les présentations :

– Gabriel, William. William, Gabriel. Vous allez si bien ensemble. Parlez-vous.

J’étais un peu aviné, j’avais de suite commencé l’attaque. Nous nous parlions à quelques centimètres l’un de l’autre tant le bruit était fort. Je ne savais pas si Gabriel était intéressé ou pas mais je croyais deviner à son langage corporel que oui. Un jeune brun mignon arrive et commence à parler à Gabriel qui se raidit, le foudroie du regard et décoche quelques lapidaires formules de politesse, sans que le jeune brun comprenne qu’il dérange. Gabriel finit par lui tourner le dos et par me regarder, droit dans les yeux, ignorant ostensiblement sa présence.

Je continue mon histoire, je parlais de l’artère fémorale, de son débit, de sa place cruciale dans le pli de l’aine et de comment en corrida elle offrait une terrible prise pour une corne de taureau ayant visé juste. Tendant mes doigts, illustrant mon propos, je glisse alors le dos de ma main sur le genou de Gabriel sur lequel j’appuie et je remonte doucement, lentement, vers son aine, à quelques centimètres de son entrejambe.

Toujours du dos de la main (et le bruit de la salle disparaît alors, je n’entends plus rien, je ne vois plus rien et je comprends que Gabriel aussi a les yeux fixés sur les miens, qu’il n’écoute plus que ma voix et que le monde se résume au dos de ma main à l’intérieur de sa cuisse, contre son jean brut), j’appuie alors sur la zone fémorale et recroquevillant un peu mes doigts, fait jaillir les articulations de mon poing, doucement, qui viennent s’enfoncer dans le haut de sa cuisse. J’appuie plusieurs fois et je sens que je frôle quelque chose qui se raidit mais je ne détache pas mes yeux des siens. Je finis de parler.

Sa respiration est haletante, la mienne est presque imperceptible.

Il me regarde et déglutit :

– Ramène-moi chez moi.

– Ok.

And the rest is history.

Moi, quand je sais que je plais, je n’ai plus qu’un seul mode. Le mode Bridget qui rougit. Je ne sais pas jouer la finesse. L’intelligence. L’humour. La mâle assurance. Jamais su. J’adorerais. Je peux faire semblant (et très très bien semblant) pour un plan cul sans arrière-pensée, après avoir bu, mais dans la vraie vie, autour d’un coca-zéro ambiance small talk, adieu Berthe.

“Tu veux bien t’installer ailleurs ?”

Mais QUI dit ça ? Comment fait-on pour dire ça ? Quelle est la clef qu’on actionne pour sortir un truc pareil à un.e inconnu.e ?

2865 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 11 comments

  • estèf dit :

    J’aime beaucoup. Je n’ai jamais su draguer non plus. Enfin je crois. Parfois peut-être qu’on ne sait pas qu’on drague en fait. Bizarre.

  • Muriel dit :

    Jamais eu ce courage non plus… Et puis j’ajoute qu’en tant que femme, j’ai été plutôt formatée pour ne surtout pas aborder l’autre en premier. On apprend (tacitement, hein, c’est pas des cours qu’on nous donne non plus) aux filles à attendre “l’abordage” de la gent masculine et à envoyer des signaux corporels divers afin de signaler si ledit abordage leur agrée ou non. Avec, hélas, beaucoup d’échec dans le 2e cas, vu qu’une proportion non négligeable d’hommes ne comprend nullement les signaux de fermeture et passe outre (beaucoup ne comprennent pas – ou ne veulent pas comprendre – non plus les manifestations de refus explicites, alors…). Mais je m’égare… J’avoue avoir parfois rêvé être aussi entreprenante, mais en rêve seulement, hein, car entre la peur de se tromper totalement (avec un inconnu, c’est vite flippant en fait) et de tomber sur un psychopathe, et celle de se faire remballer, autant dire que les rares fois où j’ai pu songer à être aussi directe, c’est resté soigneusement enfoui dans ma tête pour ne sortir que sous forme de sourire poli et crispé (au mieux).

    • William dit :

      Ah oui, la drague entre hommes n’a rien à voir avec celle vécue / subie / initiée par les femmes. Je ne voudrais pour rien au monde vivre ça, d’ailleurs.

    • Judie K dit :

      Muriel, d’où l’avantage d’être une femme. Les hommes ont tellement peu l’habitude de se faire draguer que ça marche à tous les coups. Je mets ça sur l’effet de surprise, car je ne suis pas une femme fatale. Je suis juste une séductrice, ou plutôt j’étais. Et j’adorais ça. Des hommes diront que ce n’est pas vrai, qu’ils savent dire non. Si je me base sur mon vécu, je n’ai connu aucun refus. ça a fait du bien à mon ego.

  • Judie K dit :

    L’homme du bus semble plus sain que l’homme du lac…

  • Simone dit :

    Je te lis et je drague, ceux qui ne me plaise pas…Pour le fun, c’est marrant, c’est pas sérieux, mais dés que l’autre me plait vraiment c’est tellement plus compliqué! L’enjeu casse le jeu je crois..

  • Mediocre dit :

    Tu aurais quand même pu laisser le passage sur les chips médiocres car c’est vrai que les chips sont souvent médiocres en soirée. Assume au moins tes critiques culinaires, merde!

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