Sexe Vie quotidienne
L’homme qui me souriait tant
29 novembre 2016
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Je ne sais pas pour vous, comment ça se passe, mais pour moi, quand je vais chez ma psychanalyste, une fois par mois, et qu’elle m’hypnotise, je m’endors aussi sec. J’ai beau essayer de lutter, de me concentrer sur sa voix, il n’y a rien à faire, je m’endors. Elle me raconte souvent des histoires Zen à dormir debout de moines qui traversent des rivières sur une barque avec un tigre et un moineau dont la morale me laisserait songeur…si j’arrivais au bout de l’histoire ! Je me réveille généralement quand elle me demande comment je vais et si j’ai quelque chose à dire sur le conte que je viens d’entendre.

Penaud, je lui avoue que je dormais et ça la beaucoup fait rire :

– Pas grave, William, je suis là pour parler à votre inconscient. Laissons donc le travail se dérouler en arrière-plan.

Et ça marche, je change. Énormément. J’ai du mal à le croire mais c’est vrai : je n’agis plus comme j’avais coutume de le faire dans le temps, j’ai radicalement changé ma manière de faire, envers autrui. Je ne suis pas devenu parfait ni un autre mais j’éprouve bien plus de calme, de recul et de plaisir à être moi. Je me supporte mieux.

Enzo me dévorait des yeux. Nous ne nous étions pas croisés depuis cinq ans, au moins et notre attirance mutuelle n’avait pas faibli. Son sourire cachait mal ses intentions. J’avais oublié à quel point son regard était magnétique. Très compliqué de lui résister, même si je savais pourquoi il me plaisait tant. Il ressemblant tellement à G. que ça en devenait gênant. Un tout autre homme, néanmoins, lorsqu’il parlait : calme, suave et plein de bienveillance. Tout l’inverse de la fougue de G. et de sa jalousie maladive à mon encontre.

Alors que nous sortons de l’ascenseur, je me souviens, horrifié, que mon appartement est un bordel sans nom. J’aurais du faire le ménage la veille mais j’ai opté pour deux heures de vélo au bois de Boulogne. Bad choice. Je me retourne vers lui, un peu gêné :

– Tu me laisses deux minutes pour ranger un peu ?

– Bien sûr.

Je fais au mieux, je vire quelques restes du repas de midi sur la table du salon, pose le linge à repasser sur une chaise et ouvre la fenêtre. Ce n’est pas catastrophique mais guère reluisant. Je finis par lui ouvrir la porte en m’excusant platement :

– Désolé, c’est le bordel, je voulais ranger hier et je ne l’ai pas fait.

– Arrête de t’excuser, rien de grave.

– Non mais c’est gênant. Je devrais faire plus attention. Je n’avais pas prévu de recevoir un visiteur.

– Oh, tu sais, ça ne me regarde pas…C’est entre toi et toi.

 

« C’est entre toi et toi ».

Magique, non ?

Et tellement vrai.

Oh, Enzo, si tu savais à quel point je me mens tellement, de moi à moi, quand j’ai ma carte bleu en main ou quand je redemande des frites à la cantine. Je suis comme ce fumeur à deux paquets /jour à qui son cardiologue demande sa consommation et qui répond : « Oh, entre dix et quinze maxi…Un peu plus en soirée… »

« C’est entre toi et toi ».

Oui et, hélas, c’est bien là tout le problème. Je me mens tellement. Je me fais encore tellement de mal. Je me cache des choses et je m’ en interdis tant d’autres. Mais je crois que je commence à me retrouver, à me parler avec les mots justes et, je crois, à m’aimer enfin un peu. Quand je vois tout ce temps perdu en vrain à m’éviter et ce plaisir simple de me retrouver, de plus en plus régulièrement, je crois que je me suis tellement manqué.

 

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There are 10 comments

  • Nad dit :

    Contente d’en savoir plus quant à ton hypnothérapie.
    Et donc tu t’endors totalement, toi.
    Parce que, moi, je l’entends me parler et me raconter ces fameuses drôles d’histoires.
    Ma préférée ça a été celle du gars qui quitte son village avec son baluchon et qui doit traverser un lac….
    Pourtant je suis clairement très facilement hypnotisable et hypnotisée. Mon corps ne répond plus, ma tête bascule invariablement sur la gauche. Je sens la douleur de ma nuque mais je ne contrôle plus rien.
    Mais j’entends l’extérieur, lui et les bruits environnants. J’arrive à communiquer par geste quand il m’interroge (voulez-vous continuer l’histoire? pensez vous qu’il doit partir?)
    Je sens aussi un mieux. Après la 1ère séance, j’étais dans l’euphorie. Comme s’il m’avait ôté une aprtie de moi qui m’encombrait, qu ime pesait.
    Après, pour les autres séances, plus subtil. Mais une autre façon de voir leschoses, je relativise bcp plus.
    Il me semble que le chemin reste quand même long. Après je ne suis pas quelqu’un de patient !

    • William dit :

      J’ai appris à le devenir, mais j’ai mis des années. Attendre est bien souvent bénéfique. Les cas où le « right now » sont justifiés se comptent sur les doigts d’une main.

  • Julie dit :

    Pfiou, mais que c’est beau… Tes billets me touchent décidemment plus que d’habitude. C’est surement que ça rejoint ma propre expérience actuelle. Le chemin est long mais pavé de belles petites victoires, comme la tienne, presque anodine: « ah mais tiens, je me suis manqué en fait… ». C’est trop choli, et aussi un peu choupi (et pourtant je suis pas ch’ti mais j’aime bien cheucheuter les mots mignons). Merci.

  • Géraldine - Chaton dit :

    Hello William,
    Quand je lis les mots « je me manque » je pense toujours à la chanson de Rose, qui berce mes pensées quand je me manque, un peu trop souvent d’ailleurs. Mais moi aussi je vais mieux, un peu grâce à la lecture de tes articles, qui m’ont éclairé d’une lumière douce et parfois brutale. Et qui m’ont fait tellement de bien dans la réalisation d’être moi meme.. ça fait beaucoup de bien.
    J’ai fait une séance d’hypnose récemment, sans aucune attente n’en étant pas vraiment convaincue. Comme toi, je me suis endormie comme une loutre, et aujourd’hui je suis encore ahurie par les effets… L’inconscient… c’est ouf!
    Si tu as envie d’écouter la chanson voici le lien:
    https://youtu.be/2WIHQOjQKc0

    Millions de bisous de loin

    • William dit :

      Merci Géraldine. Toujours heureux de voir que les mots que je m’adresse à moi-même peuvent également toucher autrui. Ce blog n’a pas d’autre fonction. Si je peux aider, j’en suis ravi.

  • matinbonheur dit :

    J’ai suivi un cycle mensuel de voyages chamaniques (méditations guidées au tambour avec quelqu’un de confiance).
    Ce n’est pas vraiment de l’hypnose, il y a une part où l’on est actif mais les effets sont bluffants!
    Les premiers mots qui me sont venus après la lecture de ce billet sont « je t’aime », alors j’ose et te les offre!

  • Mathias dit :

    Cette chanson ! (Ce sujet !) Larme automatique.

  • Geraldine dit :

    Oh que oui ça aide tes mots… ! Si ce blog sert à cela, et bien un grand merci à toi !
    Se retrouver et lire ces mots qui me permettent de me comprendre parfois et de me dire que je ne suis pas la seule à ressembler à ce que tu es, ça aide énormément ! . Merci
    Geraldine

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