Vie quotidienne
L’impermanence des choses
5 mai 2019
13
Rotterdam

Je suis rentré de Boston – je ne vais pas mentir – un peu choqué par Notre-Dame dévastée, la saleté des rues, l’étroitesse des avenues, l’agressivité ambiante à chaque coin de rue, Paris envahi chaque samedi depuis 6 mois déjà par des citoyens en colère, tous ces gens qui ne se supportent plus et vivent dans un espace bien trop étroit, subissant des transports hors-d’âge saturés matin et soir, des prix de malade (Paris est la ville la plus chère du monde pour la deuxième année consécutive / J’ai payé 8.49 euros pour douze délicieuses mandarines hier…) et puis cette ambiance terrible qui règne, très fin de civilisation, un peu partout, ces articles sur l’écologie qui me dépriment et que je tente de ne plus fuir quand je tombe dessus (alors que j’ai cramé une tonne de CO2 pour mon voyage purement récréatif de douze jours : FLYGSKAM !) et tout de suite j’ai regretté d’être revenu. La radio branchée, le son bien trop fort sur RMC (les Grandes Gueules) dans le taxi, sans me demander mon avis, les nuits blanches totalement jet-lagué à compter les moutons, des blocages sur des bêtises depuis des mois, quelques peurs récurrentes en stock sur un truc administratif tout bête, ma voiture pas chère que je devais avoir et qui m’est passée sous le nez, un ami que je retrouve après quatre ans, le corps noué par l’émotion, plus du tout de sport et paf : je suis tombé malade.

Me tordant de douleur (réellement) dans la nuit de dimanche à lundi puis de lundi à mardi, je n’ai pas été correctement pris en charge par le médecin qui m’a trouvé fatigué mais probablement « constipé ». Tu parles…J’ai surtout un début d’ulcère à l’estomac et un RGO des familles pas piqué des hannetons dû à ma consommation excessive de Coca Zéro depuis des mois et à des Kebabs avalés sur le pouce ou des repas organisés n’importe comment. J’oscille en cuisine depuis 2015 entre le grand n’importe quoi et le très grand n’importe quoi. J’ai pris du poids : mon médecin promet de ne pas me donner le chiffre et puis patatras, je le découvre sur l’ordonnance. Oui, j’ai pris beaucoup de poids en quatre ans. Oui, j’ai survécu à 2015, je l’ai assez dit, mais à quel prix…Oui, je me suis abîmé le dos, l’estomac et un peu la santé pour survivre tout seul, utilisant la nourriture comme tremplin, comme refuge, comme récompense. Pas une très bonne idée.

Il y a bien sûr le verre à moitié plein qu’il ne faut pas oublier de boire : ce retour de Madonna, ces films géniaux (El Reino / Avengers EndGame), une amusante proposition de livre (ce serait le 8ème !) qu’on pondrait sous la contrainte ou presque, avant l’été, pour battre le temps, la deadline, et s’ajouter un peu de travail alors qu’il y en a déjà pas mal. Un garçon formidable qui est toujours là dans ma vie, depuis huit mois et avec qui ça se passe très, très bien. Une sobriété depuis neuf mois, aussi, respectée et respectable (mais ne nous emballons pas : un-jour-à-la-fois). Ces ami.e.s aimants, présents, riches d’une diversité et d’une énergie que j’envie. Ces coachings qui émaillent mes semaines et que j’aime tant. Ces couples au cabinet qui m’ont fait confiance, qui me donnent tant et à qui je donne tout ce que je peux. Ces projets professionnels qui se dessinent pour le début de l’été. Ces demandes amusantes pour écrire des podcasts de marque…et l’animation de mon émission de radio, la sixième déjà, où j’ai pris mes marques et commencé même à routiner deux ou trois trucs. Me voilà déjà en train de calculer mon coup quand je parle dans le micro :

Je pose mes mains fermement sur la console pour ne pas gigoter, je tends mon doigt sur la question suivante pour n’être pas pris de court, je bosse à mort mon sujet (rien de surprenant) et même les chiffres, oui, même les ennuyeux chiffres, ce qui me permet d’aider mon invité quand elle cale, je garde un oeil sur le chrono, un autre sur la régie. Résultat des courses, le jour où je n’ai pas dormi de la nuit, où l’estomac me brûle tant, où clairement je ne suis pas dans mon assiette, j’arrive à tenir le coup et à ne pas bafouiller de l’émission, le truc qui m’agaçait le plus au démarrage. Je souris peu, vous allez voir, car j’ai vraiment mal au ventre en direct ce midi-là mais j’essaie d’assurer le job car…J’aime ça ! C’est agréable, cette chance-là, d’animer une émission, de suivre un fil rouge, de relancer, de corriger…De prendre des questions en direct. Et puis de rentrer se coucher directement. Voir l’émission ici.

C’est cette nouvelle triste qui m’a mis un peu down, ce soir, alors que j’apprends que ma tante, 93 ans, va quitter son domicile pour rentrer en maison de retraite, il est temps, me direz-vous, c’est mieux pour elle, me direz-vous également, c’est elle qui le demande, dois-je préciser, oui mais tout de même : les proches qui vieillissent, ça me fait mal.

On aimerait que rien ne ne change, même ce qui fait du mal, parfois. Égoïstement, on aimerait que tout soit pareil, partout, tout le temps alors que nous changeons sans cesse aux yeux des autres, que chaque jour est différent de la veille, que tout bouge, partout et que rien ne sera jamais tout à fait comme la fois d’avant malgré notre envie, nos tentatives pathétiques de border les choses ou de les maîtriser car c’est ainsi.

Rassurez-vous, je vais bien. J’ai juste besoin de tendresse à l’heure où j’écris ces lignes et ça tombe bien, il rentre ce soir après quelques jours d’absence et nous allons nous retrouver. Oublier tout le reste et nous concentrer sur nous deux. Refermer la porte sur un bonheur qui ne regarde que nous mais que je souhaite communiquer car je sais que les bonnes ondes sont contagieuses et qu’elles pénètrent plus durablement l’épiderme que les tweets.

Il n’y a pas de mystère : si j’aime autant être médiateur / thérapeute de couple, c’est que je sais au plus profond de moi à quel point l’Amour, la tendresse et le partage (me) rendent tout le reste supportable ou agréable.

L’Amour ne suffit pas. Mais quand il est là, Paris redevient si beau.

Je vous embrasse,

Merci d’être là.

13882 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

About author

Related items

/ You may check this items as well

fear-1131143_1920

Ta gueule, Guy.

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more
champagner-1071356_1920

A la tienne

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more
IMG_9579

La peur au ventre

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more

There are 13 comments

  • Sophie dit :

    Merci à toi. Juste les mots qu’il me fallait pour me mettre du baume au coeur et me montrer le chemin.

  • Séverine dit :

    L’envie. Encore et toujours. On y revient souvent, non?
    La vie peut être surprenante, agaçante. Et belle! Si belle. Tellement belle…
    Je te souhaite le bon et le meilleur William!

  • Cette balance cosmique, que veut qu’à chaque fois, l’équilibre de ton karma, pousse à évacuer dans la douleur, pour laisser plus de place à la douceur.

    L’Amour ne suffit pas, mais il permet de rester dans la lumière…

  • Julie dit :

    Vos recits sont teintés de douceur, malgré le Paris qui vous prend à la gorge, etje suis heureuse, sincèrement, de voir que vous avez trouvé un équilibre avec une personne qui vous rend heureux.
    Un jour à la fois, c est ce que dit mon mari, et on va célébrer 5 ans d un jour à la fois !
    Je vous embrasse et vous souhaite encore plus de tendresse, d’amour et de jolies choses qui ravissent votre coeur et votre esprit.

  • Camille dit :

    Plein de baisers, bien moins fantastiques que ceux de ton amoureux, mais affectueux quand même <3
    Tu as la maturité et l’intelligence de voir le positif parmi tout ce qui te déplaît, c’est sûrement le meilleur chemin pour aller mieux. Ça et ne pas se laisser emmerder par un truc administratif, bordayl! J’espere que c’était qqch contre lequel tu ne peux rien, hein. Sinon, go le faire ou le refourguer à qqn qui sait le faire.
    Paris te déçoit, et moi ce que je donnerais pour y flâner une journée!! Paris me manque. Embrasse-là pour moi aussi!

  • Emilie dit :

    Vos mots me touchent tellement. J’aime tant vous lire

  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *