Vie quotidienne
L’importance des quatre saisons
5 août 2012
4


(Billet écrit alors que je dévore le “I remember nothing and others reflections” de Nora Ephron. Typique lecture d’été…)

Il n’y a plus de saisons.
Au moins depuis quelques années.
J’en suis tout perturbé. Moi qui détestais le soleil et avoir chaud (une enfance dans les Landes, près de Mont-de-Marsan, l’équivalent culturel de la Guyane en métropole pour une population équivalente au mètre carré), me voilà désormais à rechercher la luminosité et la chaleur avec avidité. Pendant quelques semaines, au moins. Avant de vouloir passer à autre chose. De plus frais, de moins massif. Une autre saison.

L’hiver, le printemps et l’été 2012 furent une catastrophe pour moi. Je les résume ainsi : Gris avec un G majuscule. Un second mot ? Pluvieux. Un troisième ? Monotones. J’ai fui en Floride, pour y chercher un peu de soleil, enfin. Un peu (beaucoup) de chaleur. Un peu de cohérence et d’uniformité au quotidien, pendant trois semaines. Ce n’est pas la pluie qui m’a tué, à Paris. Non. C’est sa récurrence. Et, lorsque le soleil revenait, c’était sa disparition, le lendemain, de nouveau, accompagnée d’une chute dans les températures, qui me faisait déprimer. J’aime les longues plages de. Pouvoir en jouir avant de m’en lasser.

Quatre photos, quatre saisons. Quatre photos que j’aime, aussi, pour illustrer mes propos.

Hiver

J’aime l’hiver, je ressors mon vieux manteau Carhartt, une doudoune bien trop grande pour moi (XXL) que j’avais achetée en Allemagne, offerte à mon frère mais celui-ci ne la portait jamais, dans le Sud-Ouest, les températures n’étant jamais assez basses. J’aime passer des hivers avec elle car je peux m’asseoir dehors assez longtemps, je peux m’asseoir n’importe où, d’ailleurs, tant elle est longue et n’avoir jamais froid aux fesses, j’aime mettre mes gants et mon étole (on m’a offert une Isabelle Marrant en cachemire qui me tient tellement chaud que je dormirais en ronronnant de plaisir avec), j’aime le soir qui se couche à quatre heures et aller chercher une chocolatine en quittant le bureau en pull-over, juste parce que la boulangerie est à dix mètres et qu’on sait qu’on va revenir dans la chaleur vite fait après. J’ai froid aux pieds, en vieillissant. Et on m’a fait découvrir Damart (merci, Caroline) : depuis, je revis.

Printemps

J’aime le printemps, je porte toujours une petite veste ou surveste, sur un pull léger et une chemise, avec souvent une étole légère autour du cou, de couleur. J’aime le printemps ou plutôt l’idée du printemps car je suis allergique, tellement allergique que je sais l’arrivée du printemps deux à trois semaines avant la plupart des non-allergiques. J’aime le printemps car je me rends compte, en sortant du boulot, qu’il fait encore jour dehors. Parfois, quelle surprise, un midi, nous partons manger en terrasse, en plein mois de mars, tu te rends compte non mais tu te rends compte ? J’aime le printemps car les gens sourient plus. Les week-ends sont tous alléchants (pas ceux de mai, qui signent un Paris vide), non, ceux d’avril qui donnent envie de découvrir une capitale Européenne à deux, en amoureux. J’aime désormais, et ça c’est un apprentissage récent, le printemps au Japon car j’y ai découvert les cerisiers en fleur (Sakura) et c’était si naturel, si évident, si simple que j’avais l’impression d’avoir connu ça toute ma vie. J’aime le printemps alors qu’il apparaît comme la saison la plus sacrifiée en vivant à Paris : il n’existe plus désormais dans ma vie qu’un Hiver-Canicule-Automne. Et encore…

Eté

Synonyme de deux sensations : le décollage (pour une destination lointaine) et être enveloppé dans une gangue de chaleur plombante, bienveillante, immédiate dès que je sors de la maison ou de la voiture. Pas la nuit, car j’ai le sommeil fragile, non, en journée. J’adore passer du très chaud au très froid, je choisis souvent des pays climatisés à l’extrême. Je frissonne en arpentant un centre commercial et, en sortant, soudain, en une seconde, l’explosion de chaleur m’atteint. J’écarte souvent les bras en me figeant, heureux d’être là, vivant, en vacances, au summum de l’année. Je m’ennuie assez vite sur un transat ou sur du sable mais les températures de l’été, les fruits et les légumes de l’été, les soirées de l’été, les départs des autres, les retours (surprise) des autres, la vie qui semble s’arrêter (à Paris, en France) ou la haute-saison des uns qui est la basse-saison des autres (comme sur la photo, ici, en Floride, prise hier à Naples), voilà qui me fait dire que l’été est ma saison préférée. Dans les Landes, je m’y sentais piégé : avec une carte de crédit et un passeport, j’aimerais qu’il dure toute l’année.

Automne (photo de Grégory Pouy)

J’aime l’automne car le ciel Parisien y est le plus beau. Les couchers de soleil à Paris sont souvent superbes (je ne me l’explique pas) mais plus particulièrement en automne. Les parcs et jardins (Tuileries, Luxembourg) revêtent des manteaux marron-jaune qu’on piétine en faisant un peu de bruit, espérant ne marcher que sur des feuilles. Les vêtements hésitent encore vraiment à lâcher l’été et on ne le regrette pas et puis un jour on le regrette, en frissonnant un peu trop, à la sortie du métro. On se rabat sur un petit pull Gap, payé trop cher bien sûr entre midi et deux, mais tellement pratique et tellement agréable : qu’il est bon d’enfiler un pull lorsqu’on a un peu froid, qu’il est bon de passer un pull sur la chemise, ah, les secondes où le corps comprend que l’homéostasie a été rétablie. Le petit pull signe la fin de l’été. Dorénavant, il n’y aura plus que des pulls sur des chemises. Ou pas ? On se fait encore surprendre, deux ou trois fois, par les derniers feux de l’été, le pull est jeté en boule dans le sac, on y revient à 20h, en préparant le repas. On hésite, le lendemain matin : pull ou pas pull ? C’est l’entre-deux. L’automne annonce Noël qui semble si lointain qu’on se dit, moqueur, “Oh, j’ai largement le temps de voir, pour les cadeaux”. Et bien sûr, tout ça se finit en hâte, quelques jours avant.

1678 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 4 comments

  • abacco dit :

    Quel beau billet 🙂

  • Clémence dit :

    Un billet tout doux et de jolies photos qui résument bien les 4 saisons.
    Je vous découvre chaque jour un peu plus avec plaisir.

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