Vie quotidienne
Lire la vie d’un inconnu sur un blog : démêler le vrai du faux
18 février 2016
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« Etalage » ne m’a jamais paru être le mot approprié pour décrire ce que je faisais (sur mon blog) – ça me semble un terme à la fois galvaudé et porteur de malentendus. S’étaler signifie simplement partager des choses que le lecteur, ou la lectrice ne partagerait pas.

Or ces limites sont subjectives, et le terme n’est utilisé que pour dénigrer un auteur qui fait ce que l’accusateur n’oserait pas faire  : révéler quelque chose de personnel, quelque chose qui rend le lecteur vulnérable. Il porte en lui l’idée que la personne qui se révèle ne ressent aucune gêne, quand bien même le lecteur pense qu’il devrait en ressentir.

(Photo d’illustration : chez Canal + / Hiver 2014, totalement posée et inventée pour je ne sais plus quelle connerie qu’on allait passer à l’antenne (?), je ne mets jamais les pieds sur une table et encore moins au bureau ! )

Excellent article d’un Américain sur la part de réel et d’écriture sur un blog perso et sur les relations amoureuses/amicales/pro que ça peut coûter ou le jugement des lecteurs.

J’ai, pour ma part, écrit pendant des années alors que j’étais en couple, puis dans un autre couple et enfin célibataire. Plus le temps passe (douze années de partage en ligne, désormais) et plus je suis transparent sur ce que je suis et ce que je pense, ce que j’ai envie pour moi mais toujours, toujours dans la limite que je me suis imposé.

Ce pauvre garçon a vraisemblablement planté des histoires à cause de ses blogs. Et moi ? Je n’y pense même pas, pour être franc. J’ai déjà couché avec des lecteurs qui savent faire la part des choses. Et j’ai déjà eu des historiettes qui lisaient avec fébrilité après nos dates pour savoir si j’allais parler d’eux. Le Brésilien adorait quand je parlais de lui, il trouvait ça délicieusement français. Va mourir, chameau ! Et la Marmotte ? Oh, il était fier, je crois, mais je l’aimais tellement que j’en parlais avec de la guimauve dans la voix. Gabriel, lui, est plus dans la retenue. Il oscille entre la fierté et l’amusement. Mais tous se reconnaissent dans les mots. Fin de l’apparté.

Curieusement, nous ne pensons pas la même chose des artistes sur scène : lors d’un spectacle, ils sont souvent acclamés pour leur courage, applaudis pour avoir exposé leur fragilité. Les blogueurs, au contraire, passent pour des amateurs qui se livrent à un passe-temps, même quand ils sont payés pour cela. Comme s’ils cherchaient juste à se rendre intéressants, étaient des égoïstes toujours avides de se faire mousser.

Chez tout artiste en représentation, il existe une mince frontière entre la personne qu’il est sur scène et celle qu’il est en dehors. Cette barrière invisible dressée entre les projecteurs et le premier rang du public est inexistante pour ceux qui officient sur Internet.

Mais je me sens malgré tout comme si j’avais joué un rôle pendant tout ce temps – ou, du moins, j’ai donné en ligne une version améliorée de moi-même.

J’ai une théorie que j’appelle la « règle du 80/20 », parfaitement intuitive et étayée scientifiquement. (Si j’étais bon en maths, j’aurais fait autre chose dans la vie.)

Le postulat est en gros le suivant : tout ce que vous connaissez d’une personne et qui provient d’Internet représente environ 20% de ce qu’il ou elle est en réalité, tandis que les 80% restants sont en réalité absents de cette identité virtuelle.

Et a contrario, les 20% que vous laissez entrevoir en ligne peuvent être perçus comme 80% de votre vie personnelle, si ce n’est davantage.

C’est exactement ça. Ce que je dis ici est 20% de moi. Fourchette haute. Ce que vous percevez probablement représente un chiffre bien plus élevé. Mais je ne parle jamais de comment je suis en réunion, en amitié, au pieu, au volant, dans l’isoloir, à une soirée gay en train de danser (une fois en 15 ans, et c’était en janvier…) ou dans un restaurant romantique, à dater lors d’une première fois.

Je pars du principe, surtout depuis je sais comment je fonctionne vraiment dans ma tête, que plus je suis droit dans mon introspection, plus je la retranscris simplement et plus je touche les gens qui savent la recevoir et y répondre. Je n’ai rien à perdre à être moi ici.

Le reste du temps, dans la vraie vie, je suis complémentaire de celui qui vous écrit ce matin. Il vous manque les petites danses, les imitations (j’imite tout le monde, tout le temps), les accents que je prends, les chansons à la con que je mets sur Youtube pour faire danser mes collègues, les dizaines de discussions que j’ai avec tout le monde, dans tous les étages (j’adore connaître tout le monde dans une boîte et j’essaye d’avoir toujours un mot pour chaque personne que je croise et que j’aime bien) et mes prises de tête sur l’écriture du prochain livre, mes chaussures que je change régulièrement en journée (je me prends les pieds dans la moquette épaisse du boulot) ou mes pauses thés. Il vous manque Garance, qui fait partie de ma vie, ma collègue de droite, que j’appelle mille fois par jour Garanchnichkaaaaa et il vous manque aussi, parfois, mes moments de mélancolie quand mon hyper sensibilité fait ressurgir des images que je pensais oubliées.

Toute une vie, quoi.

 

 

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There are 3 comments

  • Oh comme j’aimerais maintenant te rencontrer 🙂 Comme toi j’imite les gens et cela fait mourir de rire mes collègues, comme toi j’adore prendre des accents (l’alsacien c’est ultra facile pour moi évidemment :)) les chansons que je chante pour qu’elles deviennent gimmick du jour et tous le reste qui me parle tant. Oui moi aussi je suis telle que je suis sur mon blog avec évidemment ce qui reste dans l’ombre pour protéger les miens et puis parce que comme dans la vie certaines choses ne se racontent pas. Tu vois William, tu m’as agacée à certains moments, mais je te garde une très grande tendresse toujours !

  • Je ne pourrais jamais tenir un blog sous mon vrai nom, pas plus que quand j’ai fait de la radio libre (oui, je suis une vieille dame!) et une revue de poésie, je ne pouvais y être sous mon nom, même si des collègues ont reconnu ma voix à la radio.
    C’est sans doute lié à mon histoire familiale. Et aussi parce que j’aime bien l’idée d’avoir une identité créatrice et une identité professionnelle différentes (sans compter que je n’aime pas mon « vrai » prénom).
    Même sous pseudo, j’ai du mal à écrire librement sur tous les sujets.
    Je devrais sans doute faire comme toi, ouvrir un 2e blog pour mes histoires sentimentalo-sexuelles qui ne seraient pas comprises de toutes mes lectrices et certains de mes lecteurs.
    Compliqué tout ça…..

  • sebseb dit :

    Maitre capello mode : « pour avoir exposer le » -> avoir exposé 😉

    Mode mes 20 pour cent : cool, la coupure d’électricité fut courte ;)))))))))))
    :p Happy 80% ce WE William 😀

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