Musique
Madonna existe en vrai, Martin Solveig me l’a dit.
2 mars 2012
7

Oui, j’ai un bon karma.
Je me souviens, l’été dernier, c’était la soirée Mercury/NRJ à la Salle Wagram. Toutes les plus grandes stars du label étaient là, je me faufilais entre les artistes comme une petite souris (grassouillette) et je souriais de plaisir en interviewant Jenifer, Stromae…en croisant la belle J-Lo (qui m’a jeté un regard noir dont je vous parlerai un jour) et…Martin Solveig.
Nous nous étions assis dehors, sur les marches, sous le soleil, pour l’interview. Les rumeurs allaient bon train, sur le web, on disait qu’il avait été choisi par Madonna pour produire son futur album. Je ne pouvais pas passer à côté d’une question pareille, je ne pouvais pas ne pas lui demander si c’était vrai ou pas. Il avait eu un petit rire gêné : je tenais ma réponse, je n’avais rien à diffuser mais j’étais scotché. Martin Solveig produisant Madonna, travaillant avec Madonna. Quelle excitation.

J’avais demandé à Paul, chez Mercury, au retour au boulot, si il était possible que, des mois plus tard, nous revenions vers Martin Solveig pour lui poser des questions. C’était prématuré, évidemment, mais ma peur enfantine de “rater” quelque chose me l’avait fait formuler, c’était plus fort que moi. J’ai appris depuis que pour obtenir une chose, dans la vie, il faut le dire à voix haute, car on s’adresse aux anges. Attention à ce que vous demandez, vous l’obtiendrez.

Hier, la journée était calme. Les équipes de OFF s’étaient couchées tard, après avoir filmé un DJ mix au Sentier des Halles. J’étais seul au bureau, ou presque. On nous appelle pour nous dire que Martin Solveig est disponible à midi. Que j’aurai trente minutes (qui sont devenues une heure…) et que je pourrai poser toutes les questions sur sa collaboration avec Madonna, toutes, sans frein aucun, puisque nous allions réaliser l’EPK (Electronic Press Kit, ce qui est envoyé aux médias) pour le monde entier. Sur ce sujet, là. MDNA. L’album de Madonna.

Je me suis senti apaisé. C’était exactement ça : apaisé. Je me suis dit que j’étais la bonne personne, au bon moment, que je n’avais pas à tuer père et mère pour en être, que j’avais demandé et que j’avais obtenu. Que j’allais pouvoir comprendre moi-même en posant mes propres questions, à l’infini ou presque, que j’allais entendre avec mes propres oreilles (et la caméra, et le micro) les mots de l’homme lui-même. Que j’allais sentir ses hésitations, ses doutes, ses joies, ses envies, ses folies : comprendre ce qui le fait différent des autres, en quoi réside son talent et pourquoi Madonna a fait appel à lui.

Pour moi, Martin Solveig est un artiste positif et lumineux, s’exprimant dans la simplicité pour en tirer une musique passionnelle. Il fait bouger les corps sans artifice, sans surproduction, avec grâce. C’est la classe, quoi. Madonna ne pouvait pas passer à côté de lui, forcément.

Sa première phrase, avant que je n’appuie sur REC, m’a fait halluciner :
Mon premier album de Madonna, c’est True Blue, j’avais la K7, je m’en souviens encore“.

J’ai été envahi par une Madeleine si puissante que je me suis déconnecté du lieu pendant quelques secondes. Je me suis revu en juillet 1986, à Kendal, dans le Lake District, adolescent, avec quelques livres sterling en poche, fasciné par l’album bleu et blanc, la photo d’Herb Ritts, la classe de la femme la tête à l’envers et puis tous ses tubes que j’entendais sur NRJ, depuis des semaines. Je n’avais jamais acheté d’album ou de K7, mon argent de poche était “utile”, on le réservait pour des choses “sérieuses”, comme des livres. J’hésitais. Je pensais me faire engueuler en rentrant si jamais mes parents voyaient ça. Mais la tentation était forte. Il y avait tant de promesses, tant de choses cachées dans cet album, il y avait l’interdit, le transgressif, la folie, la danse, la pop, et quelque chose qui titillait mon homosexualité naissante sans que je puisse comprendre quoi exactement. Louise me parlait, déjà, directement. Elle me touchait. Elle me disait des choses que personne n’arrivait à me dire. Elle serait toujours là. Je ne pouvais pas me l’expliquer mais je venais de trouver quelqu’un. Un support. Une lumière. Une présence. La bande son de ma vie, d’ailleurs, pour les 25 années suivantes. Avec quelques infidélités, plus tard, dans sa période R’nB.

Mais là, j’avais treize ans. Je n’étais plus un enfant, pas encore un adulte, et Madonna m’expliquait les choses. Elle parlait du SIDA. Elle parlait des homosexuels (Tiens, ça alors…Je ne m’étais donc pas trompé). Elle dansait avec un jeune garçon, autour d’une chaise, qui aurait pu/du être moi. Elle roulait en rolls avec un tigre derrière elle. Elle s’habillait de façon démente (je n’aurais jamais osé). Elle osait les gros mots. Elle était sur tous les posters de ma chambre. Son album suivant (Like a Prayer) était parfumé et la K7 sent encore cette odeur, deux décennies plus tard. Lorsque je monte chez mes parents, dans ma chambre d’ado, je sais que je vais pouvoir aller la renifler, posée sur l’étagère. Rendez-vous compte : la senteur de l’été de mes 15 ans…Capturée, à vie.

Madonna, pour moi, c’est les parties de Baby-Foot, les pièces de deux francs dans le Juke Box, Chevignon, Poivre-Blanc, Chipie et les années Mitterrand, les clips le samedi soir au Top 50, le téléphone dont on tournait le cadran pour composer les numéros avant qu’il deviennent des carrés à chiffre (révolutionnaire), Canal + et la Cinq (qu’on ne recevait pas) et M6 (si cotonneuse, on ne voyait rien, on la captait mal) et cette excitation de rentrer un soir dans ma première boite de nuit gay, à Londres. Voir. Comprendre. Rougir. Et soudain, entendre.

Vogue.

Je n’oublierai jamais.

Danser et danser et danser encore, entre les garçons, et oublier tout pendant quatre minutes. Come on, Vogue.

Merci, Louise. J’ai cheminé, dans ma vie. Jamais, jamais, si on m’avait dit, un jour, que je discuterais avec ton producteur, je ne l’aurais cru. Jamais. J’en ai eu des cadeaux, dans ma vie, depuis quelques années. Celui-là restera magiquement déposé dans une boite de bois précieux, près de la K7 parfumée, des billets de tes concerts, de ce badge un peu rouillé trouvé par terre, à Tokyo, à ton effigie, que j’avais machinalement ramassé.

Merci pour toutes ces années de vie à deux. Je serai là au Stade de France. Je vais râler, je déteste le lieu. Je vais pester, je ne verrai rien. Tu vas arriver et j’oublierai ma vie. Ou je la vivrai pleinement, en fait, avec toi en face.

Je ne t’ai jamais laissée tomber et, hier midi, je t’ai un peu découverte dans l’intimité. Il paraît que tu es géniale, en vrai. Drôle, aussi. Si humaine. Figure-toi que je m’en doutais un peu depuis 25 ans. Je t’embrasse. Je t’aime.

F.A.N

1365 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 7 comments

  • Cécile - Une quadra dit :

    Tu ne serais pas un peu fan ? 😉

    Certes elle ne me fait pas le même effet que toi, pas la même vie, mais ses titres des années 80 restent en mémoire et ramènent à la surface tant de bons souvenirs, de grands moments, que je ne peux qu’aimer et me laisser porter. Par contre la suite j’ai un peu décroché, j’aime moins, mais il y a malgré tout toujours un titre ou deux qui me titillent les oreilles.

    Des amis étaient allés la voir en concert à Paris à la grande époque, la période Gauthier, avec les seins en ogives, et m’avaient raconté, ne rien voir, reconnaitre les moments de playback et de live aux fausses notes, l’énergie dégagée et reçue, la bête de scène… bref ils étaient heureux, mais j’avais du mal à comprendre, à l’époque, qu’on puisse aimer inconditionnellement une chanteuse à fausses notes sur scène, par contre vu ses chorégraphies je comprenais bien mieux le playback, le corps humain a des limites, même chez les madones.

    En fait quand on voit le bonheur qu’elle a filé à un nombre incroyable de personnes quelle importance qu’elle soit au top dans tous les domaines ? Le principal c’est le ressenti et le bien être procuré et pour ça elle a l’air bonne 😉

  • Manue dit :

    Le bonheur c’est beau, c’est doux, c’est chaud, ça fout la pêche et finalement c’est bien cela le but de “l’entertainment”… mais toi c’est comme tout ce que tu touches, tu rends tout cela vivant, humain, chargé, décollé de tout potinage … Alors puisqu’ici c’est chez toi c’est cela que je veux noter.
    Depuis le temps que je te lis, fidèle sempiternel a cette femme, je peux dire que je l’ai toujours vue belle et attachante dans tes lignes, tout en n’etant jamais dans le délire fictionnel des fans. Tu donnes ses nouvelles lettres de noblesse a un genre, sincèrement.

  • FR_Jess dit :

    Tres beau billet. Plein de tendresse, d’émotion, de nostalgie.
    Et même si je ne suis née qu’en 85, que je ne saurai jamais ce que c’était d’être ado en 86, si j’ai toujours suivi sa carrière de loin mais avec plaisir, j’ai l’impression de savoir ce se tu ressens. Avec humilité bien sûr.
    Mais je suis en couple avec une fan comme toi, qui avait 9 ans en 86, qui enregistrait le concert qui passait à la télé avec un magnétophone en interdisant à ses parents de passer dans la pièce. Avant que la tournée ne soit annoncée, elle m’a dit : “On ira au concert, mais avec une place assise. Mon dos ne supporterait pas un concert de plus”. Mais quand les billets ont été mis en vente, l’envie de la voir à nouveau de près était plus forte que la fatigue et la douleur et nous avons nos places en fosse.
    Quand elle et toi me racontez vos souvenirs, j’ai l’impression d’avoir vécu moi aussi cette époque tout en étant consciente que je ne la vivrai jamais.

    Merci.

    • William dit :

      Merci. Peu importe l’année de départ, tu n’as rien raté, elle a été constante, en gros, toute sa carrière. L’essentiel est dans le bonheur global qu’on en retire 🙂

  • Céline dit :

    Ah oui, la K7 parfumée au patchouli… Mmmh…

  • Hadda dit :

    une vraie déclaration d’amour, j’ai fait le voyage dans tes souvenirs, whaou
    …je me dis que je vais lire tes livres ( :/)

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