Musique Vie quotidienne
Michel Delpech : un bon et un mauvais souvenir
12 janvier 2016
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Le décès de Michel Delpech, après l’avoir écouté pendant deux semaines presque non-stop au Pays Basque, à Noël, a ravivé deux souvenirs avec lui.

Fin 2008, je bosse pour un site participatif, je suis payé pour raconter plein de choses dessus et faire de l’audience. On me laisse carte blanche. Je passe mon temps à parler de télé-crochets, de starlettes, de people et je perds quelques lecteurs dans l’aventure qui ne me reconnaissent plus vraiment, à juste titre. Je donne alors probablement à lire le moins intéressant de moi-même : mon côté midinette, blasé, cynique parfois, captivé par la course à l’audience et l’essor du participatif sur un média (j’en suis revenu. Je suis pour la fermeture totale des commentaires et l’interdiction de demander leur avis à des pseudo-experts en tout et rien, mais chut).

Je suis super bien payé pour être un troll très puissant : on me pousse au crime et je me sens pousser des ailes tellement mon boss trouve ça normal.

(Je finirai par craquer après deux ans et déciderai de passer à tout autre chose en ligne : louer ce qui est réussi, souligner ce qu’on ne voit pas assez, formuler ce que j’ai aimé avec les mots justes. J’y arrive sur ce blog, ailleurs aussi, beaucoup moins sur Twitter, hélas. Je ne sais pas pourquoi les réseaux sociaux favorisent autant le négatif. Le format )

Bref. Dans mon média-en-ligne-populaire, Universal me propose d’interviewer Michel Delpech et j’accepte, évidemment. Je suis hyper enthousiaste. L’album est touchant, l’homme est dans ma vie musicale depuis la fin des années 70, une figure de mon panthéon télé de quand j’étais petit, j’ai adoré son album de duos et c’est l’occasion de réaliser une belle interview, longue comme je les aime, pour notre site, site qui cartonne en plus, une belle exposition pour un chanteur qui le mérite tant.

Le rendez-vous est calé.

Quelques jours avant, le rédacteur en chef me demande combien la maison de disque paye pour cette interview. Interdit, je ne sais trop quoi lui répondre :

– Mais…? Ils payent, d’habitude, les maisons de disques pour qu’on diffuse leurs interviews ?

– On cherche un business model, ici. C’est de la promo pour un artiste à eux, nous n’avons rien à gagner, nous, à lui offrir un espace d’expression, c’est pas du win-win, donc demande combien ils sont prêts à payer. S’ils ne payent pas, on ne fait pas l’interview. Dis-leur.

– Je refuse. J’ai trop honte.

– Ok, on va demander à Machine de téléphoner.

La veille de l’interview, le responsable promo du label me contacte pour vérifier l’heure avec moi. Malaise.

– Mais…On ne t’a pas prévenu ? Personne n’a appelé ?

– Quoi ?

– Oh, que j’ai honte. Que j’ai honte. Si…Si vous ne payez pas, on ne fait pas l’interview.

Le mec avait halluciné. J’avais raccroché en me sentant sale. Pas d’interview de Michel Delpech. Et, surtout, en bossant pour (ironie…) Universal moins de deux ans plus tard, j’avais réalisé combien ridicule était cette demande. Faire payer une maison de disque pour qu’un artiste apparaisse dans un média…en ligne…Une interview contre du fric…Quelle honte.

Le Grand Rex, un soir.

Michel Delpech est sur scène. Nous avons trouvé des places pas chères tout en haut. L’album des duos, la tournée des duos. Plein d’artistes sur scène, le bonheur pour les midinettes.

Les premières notes du spectacle me font bondir sur mon fauteuil. Je rêve ou bien ? C’est... »Le grand retour » par Alain Chamfort…et ce dernier arrive sur scène, seul, en introduction du spectacle. Alain Chamfort ! Ah, la claque. Son duo avec Jane Birkin, à l’Olympia, sur « Baby Lou » est un des moments les plus forts de ma vie musicale. Alain Chamfort, vu plein de fois depuis, dont une mémorable au Silencio, avec Céline, à un mètre de la scène. Alain Chamfort et puis soudain, Delpech. Michel Delpech. Ovation, cris de joie. Le public est heureux.

Un peu plus tard, en fin de soirée, Delpech est seul, entamant les premières notes des « Aveux » (lien). Après un couplet, un type que je ne vois pas, car assis tout en haut, très loin de la scène, entame sa partie et…défonce absolument tout. Je suis décoiffé, je n’ai jamais entendu de ma vie un humain chanter avec autant de puissance. C’est Roberto Alagna. Sa voix monte jusqu’au plafond et décolle la tapisserie. Les gens sont dingues dans la salle. Les dernières notes de la chanson nous laissent dans une ambiance incroyable. Alagna est adoré. Je ne le connaissais pas. Plus tard, je travaillerai « pour lui », chez Universal, sur un album latino.

 

Quand j’apprends la mort de Michel Delpech, j’envoie immédiatement un SMS à Gabriel, qui l’a découvert dans la voiture, une semaine plus tôt, avec moi. Je suis très, très ému.

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