Vie quotidienne
Disparaître comme je suis apparu
26 octobre 2012
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Je pense que ce qui me rend le plus libre est paradoxalement ce qui m’a le plus enchainé professionnellement, quand je ne faisais que ça.

Je m’explique : contrairement à 95% des gens que je fréquente sur Internet, j’ai un diplôme qui m’assure de trouver un boulot en claquant des doigts, dès demain matin, tant la pénurie est forte, n’importe où, n’importe comment et pouvez-vous démarrer immédiatement, merci ? On vous donnera grosso modo 2400 euros. Mais vous pouvez démarrer de suite ? Oui, madame, j’ai compris, je descends au vestiaire.

Cette sensation de filet de sécurité est fort appréciable. Quoi qu’il m’arrive, quoi que je dise, quoi que je fasse, aussi, je pourrais quand même trouver un boulot demain et me fondre dans la masse.

J’ai le fantasme, d’ailleurs, je vous l’avoue, de reprendre à temps partiel, pour quelques soirées, cet hiver, en service. Histoire de ne pas oublier ce qui a fait l’homme que je suis devenu. Et, en même temps, d’oublier l’homme que je suis devenu car aux yeux des patients, seul compte le soignant. Le Klout ou l’e-xistence n’a jamais soulagé personne.

Mais c’est surtout me fondre dans la masse, l’idée qui me plaît le plus. Y revenir. Etre ce soignant anonyme qui reçoit des ordres, obéit, écoute, note, se penche.
Ne pas avoir le temps de cliquer, de pisser, de manger, de réfléchir : agir.
S’épuiser à faire trois choses en même temps, tout en blanc, un téléphone à la main, un bip à la ceinture, un quatre couleurs au revers de la blouse.

Et puis retourner dans les bulles Web, le reste du temps.

Mais choisir ma journée, mon employeur, mes souffrances physiques ou intellectuelles, désormais. Toujours.

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There are 6 comments

  • nelly du labo dit :

    voilà exactement ce que je pense pour tous les boulots de la santé
    trouver un boulot illico et pouvoir en sortir illico aussi !
    ça calme a la fois le travailleur mais aussi les employeurs .
    il reste le principal : les malades …….mais ça c’est un autre histoire ! que RON a si bien raconté !! et qui me manque ,sincérement !

    • William dit :

      Mais je suis là. Je raconte d’autres histoires…sur d’autres patients…On évolue tous un peu. Je n’ai pas changé, comme disait Julio, j’ai un peu bougé, c’est tout 🙂

      Je peux comprendre.

  • Max dit :

    J’aime bien ce que tu écris. J’aime le fond et la forme. Comme je te l’ai déjà dit tant et tant de fois, je viens te le répéter ce matin. Juste comme ça, pour me fondre dans la masse.

    • William dit :

      Je pense que ça ne peut faire que du bien, à moi comme aux autres. Je fais pareil quand je croise quelqu’un dont j’aime bien les mots ou le travail 🙂

  • Michel dit :

    Et si tu faisais « Danse avec les stars » plutôt » ?

    • Michel dit :

      Désolé j’écris souvent n’importe quoi, c’est jsute de l’humour à contre-courant (mais je ne doute pas que tu auras compris …) 🙂

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