Vie quotidienne
Mon nouvel animal, mes nouvelles habitudes, le problème du tip
7 août 2012
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Souvent, sur le sol Américain, je me demande :
– La serveuse est-elle aimable par essence ou uniquement parce qu’elle attend un bon pourboire de ma part ?
Et ça me renvoie immanquablement à cette scène de Grand Canyon (un petit bijou de film des années 90) avec Danny Glover, qui incarne un garagiste un peu fatigué de la vie.
Un soir, il tombe en panne dans une zone de banlieue mal famée de Los Angeles. Arrive un gang, dans une voiture tunée, écoutant du rap, bien sûr. Le gang n’apprécie pas de trouver un inconnu sur son territoire et le chef de meute s’énerve immédiatement car Danny Glover ne semble pas spécialement impressionné par leurs manières de sauvageons. Le chef de gang pointe alors une arme à feu sous le nez de Danny Glover, en lui disant qu’il mérite toute son attention.
Hein, mec, tu me respectes, maintenant, je suis sûr ? Tu me respectes, là ? Mais tu me respectes parce que je le mérite ou parce que je pointe mon gun sur ta face ?
Et Danny Glover, sublime, fatigué (nous le sommes tous, dans ce genre de situations, mais nous le montrons de façon différente), lui répond calmement :
Tu te méprends sur toute la ligne, mon garçon. Ta question n’a pas de sens. Dans un monde normal, tu ne la poserais même pas. Elle n’emmène donc aucune réponse de ma part.

___

Il y a un petit coin de pelouse protégé, sur le côté droit de la maison. Quatre piquets plantés dans le sol, écartés d’un bon mètre entre eux, forment un carré. Ils sont reliés entre eux par un ruban de plastique fluorescent orange. Dans la pelouse, un jeune hibou.
Je ne l’ai pas repéré immédiatement, c’est en voyant la zone protégée que j’ai réalisé que peut-être un pélican ou je ne sais quel oiseau rare vivant les climats tropicaux avait fait son nid dans le jardin Floridien, mais l’autre jour, en sortant la voiture du garage, en la reculant, mu par je ne sais quel instinct, j’y suis allé mollo.
Non pas que je descende l’allée en roulant comme un tabanasse les autres jours, n’allez pas croire, non.
Et soudain, nous le voyons, sur le côté. Il nous regarde, impérial. Il sait que nous le regardons en retour. Ses yeux sont à la fois dédaigneux de nous croiser sur son territoire et cabotins car il voit le moteur tourner, l’appareil photo braqué sur lui, les garçons dans la voiture qui évoquent leur premier hibou vu d’aussi près.

“Il faut lui trouver un nom !” me glisse mon compagnon. “Toi qui es écrivain, tu as toujours plein d’idées, que proposes-tu ?”.
J’hésite un peu. Méchant et solitaire, presque abandonné.
– Appelons le Bachar.

Et depuis, nous vivons avec Bachar dans le jardin. Il sautille sur le toit de la maison, le soir, poussant son petit cri de jeune hibou. Nous surveille quand nous sortons la voiture. Il est toujours seul, ce qui me chagrine un peu. Rassurez-moi, je ne suis pas complètement nul : c’est bien un hibou ?

Edit ! Merci à Sabrina qui a identifié non pas un hibou mais une chouette : la Chevêche des terriers.

Je suis en train de lire ce livre, sur la force des habitudes (patterns, en anglais) et comment ce que nous croyons être nos décisions sont à 40% chaque jour de simples habitudes, prises depuis l’enfance mais pas que, destructrices sur le long terme à plein de niveaux. Comme à chaque fois que je lis un bouquin de développement personnel (à part le Allen Carr sur le tabac que je recommande vivement à chaque fumeur rencontré, qu’il soit heureux de fumer ou pas, ce livre est à lire ! Il changera votre vie.) je suis au taquet pendant le temps de la lecture et puis probablement je passerai à autre chose.

Je me suis rendu compte que, par habitude, depuis en gros 2001, je commence mes journées par la lecture de mes mails, d’internet et de plein d’autres sites arrivés dans ma vie depuis trois ou quatre ans, tous très sympas mais tous très chronophages (oui, Facebook, Twitter, je parle de vous).
Agacé par ma dépendance et par cette habitude, j’ai décidé, alors que je n’avais pas lu plus de vingt pages du bouquin sur la Force des Habitudes, de commencer par la lecture du journal, ce matin, en premier, comme je suis censé le faire depuis des mois. Je me suis abonné à Libération, au Monde et au Figaro sur mon Kindle. Ils arrivent tout seul : je n’ai rien à faire.
Bien évidemment, le matin où je souhaite changer de pattern, Le Figaro n’était pas arrivé et j’avais lu Le Monde la veille. Il ne restait QUE Libération de frais, permettant à mon cerveau pendant une petite seconde de m’offrir une porte de sortie : “Et SI tu allais plutôt sur Internet où il y a forcément ce matin des TONNES de contenu, hum ?”

J’ai résisté.

Je suis fier de moi. J’ai tenu une heure sans internet !
Et puis j’ai écrit ce billet, ponctué des gémissements de Bachar qui attend probablement que je vienne le photographier.
J’ai donné 6 dollars de pourboire à la serveuse, hier soir, sur une addition de 30 dollars. Je ne sais pas si elle était souriante, après, mais elle l’avait tellement été pendant le repas.

1560 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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