Musique Vie quotidienne
Mon pays aussi, c’est l’Amour
19 octobre 2018
10
The House

N’allez pas croire que je ne suis que ce je dis ici, je n’ai pas à me justifier, bien sûr, mais je ne saurais être résumé aux lignes que je poste sur ce blog depuis des années et encore plus depuis quelques mois, où je parle ouvertement d’addiction, de traumatismes et des manières d’aller mieux.

Je dis ça parce qu’il y a aussi tout ce que je suis et dont je ne parle pas ici (un homme qui rit, qui discute, qui baise sur le canapé, qui danse, qui écrit ailleurs, qui assiste à des réunions, qui envoie des devis, qui pitche, qui écrit des bios, qui loue des voitures, qui fait du vélo, qui anime une émission de radio, qui coache un couple) et tout ce que je suis et qui ne mérite même pas d’être écrit (un homme qui glande sur son iPad, qui achète plus de livres qu’il n’en lit, qui collectionne les chaussures de marche Décathlon – même modèle, couleurs différentes, j’ai renoncé au style et opté pour le confort – qui commande des Sushis et regarde des films sur Netflix, qui marche pour le climat ou écoute le dernier Christine & The Queens sur Spotify ) et enfin tout ce que j’ai choisi d’expliquer parce que je ne voulais pas garder ça pour moi et parce que je savais que je serai lu et cru et peut-être même suivi.

Choisi de dire, choisi de raconter, choisi de dévoiler parce que la douleur et la honte faisaient partie de moi (elles sont encore souvent présentes) mais que je crois que, comme les Vampires, elles craignent la lumière du jour. Je crois que les secrets abîment et que rien ne peut être opposé à la vérité. Il ne faut pas dire “Je suis fatigué, je suis désolé, je ne viens pas chez toi ce soir, même si ta soirée a l’air sympa” mais bien “Je n’aime pas le bruit, la foule, je ne bois pas d’alcool et je crois que je me sentirais mieux si je n’ai pas à faire semblant de sourire ce soir”. Que voulez-vous qu’on vous réponde à ça ? Si c’est un.e ami.e, ça passera parce qu’on vous aime. Parce que c’est vrai. Parce que rien ne peut s’opposer à la vérité.

Alors, ici, je dis la vérité. Plus rien ne s’oppose à la nuit.

 

(Ouais, on est mal, je me mets à écrire en écriture inclusive, les mecs)

J’expliquais à un ami ce midi le cycle de l’agression initiale qui emmène au trauma qui conduit à la vigilance permanente qui fait tomber dans l’addiction (pour supporter la fatigue de cette vigilance) et je concluais en lui disant : “Mais sinon, moi, ça va“. Et j’ai ri.

J’ai ri parce que j’ai compris que mon hyper-vigilance (subie & permanente) depuis 35 ans m’a apporté la compétence professionnelle la plus riche qui soit et un trait de ma personnalité que je vends au prix fort désormais. J’anticipe sans arrêt, je ne perds aucun détail, j’analyse les situations dans leur ensemble, je vois immédiatement ce qui cloche, je veux être aimé pour ne pas être frappé, je sais séduire pour anticiper les critiques, je sais même fédérer ou cliver des groupes pour les emmener d’un point A à un point B : bon sang mais c’est bien sûr, je suis devenu ce que je suis et putain que ça marche bien. J’ai transformé un système de défense en état de veille permanente et j’en ai fait mon métier.

Evidemment, pour ne pas baisser la garde et rester en éveil H24, il faut à la fois du carburant pour maintenir le système en route et de l’huile pour ne pas abîmer les rouages, car le corps n’est pas fait pour rester sur la défensive sans arrêt. C’est là le petit point faible de ma routine personnelle : je n’ai jamais arrêté l’usine depuis plus de trente ans et mes machines commencent à sérieusement accuser le coup. D’où l’EMDR hier et tout ce que je mets en place à côté pour désamorcer mes réflexes défensifs, abaisser ma garde et passer à une consommation de carburant quasi-nulle ou éco-compensée.

Au final, zèbre, gay, addict (mais désormais sobre depuis 120 jours), ouvert en public à ce sujet et toujours vivant, je crois que j’ai un point commun avec Johnny. Mon pays à moi aussi, c’est l’Amour.

C’est la seule chose qui vaille, c’est la seule chose qui m’ai fait tenir, c’est la seule chose qui reste et c’est ma seule raison d’être encore debout. Je me suis levé chaque matin depuis janvier parce que j’en voulais encore, parce que je savais qu’à la fin, l’amour que tu reçois équivaut à l’amour que tu as donné et je n’avais pas le choix : c’était ma lumière au bout du tunnel.

Je savais frapper, je savais insulter, je savais me faire chuter mais, je ne sais pas comment, je savais aussi très bien aimer. Et je ne voulais pas avoir traversé tout ça sans aimer encore une dernière fois. Il fallait que je puisse dire, sans filtre, à une autre personne, qui j’étais et soutenir son regard.

 

Cole Mader

10701 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

About author

Related items

/ You may check this items as well

Cheval

La liste de mes envies

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more
sunrise

L’acte de foi

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more
romance

Ce doit être épuisant

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more

There are 10 comments

  • Julie dit :

    C’est hyper émouvant de te lire en ce moment. La quintessence de l’humain transpire entre chaque ligne. Bravo et félicitations de prendre soin de toi.

  • Olivier dit :

    En effet, malgré les souffrances et les obsessions, tu peux louer l’univers que le traumatisme ne t’ait pas coupé de la capacité d’aimer et de te laisser aimer.
    Car ce n’est pas toujours le cas…

    • William dit :

      Ah, c’est vrai ? Je n’y avais même pas pensé…ou plutôt je me dis que c’est peut-être parce que leur clef n’a pas été donnée ou trouvée. Chaque humain est capable d’aimer, je pense. Enfin, j’espère.

  • Séverine dit :

    C’est tellement fou. À chaque article je me lis en décalage dans le temps avec ce que tu vis. Épreuves. Choix. Amour. Création!

    Anticiper, c’est ce qui me guide depuis tellement longtemps… Et je n’en avais pas conscience, en tout cas pas à ce point. J’anticipais même ma façon de disparaître. Flûte ça n’allait pas être sympa pour les autres alors non, autre chose.
    Maintenant je m’en sers aussi «correctement», consciemment. Alors que ce n’était qu’un simple moyen de survie à la base. Tu l’écris si bien! Et dans ma recherche de travail actuelle je le mets en avant, comme quelque chose d’important qui peut éviter bien des problèmes au futur employeur qui voudra bien de moi.
    Ma troisième vie a commencé il y a 7 mois et c’est un nouveau bonheur chaque jour. J’espère sincèrement que tu vivras la même chose, c’est tellement bien de se suffire du présent et se foutre (littéralement) du reste!

  • Simone dit :

    Je t’ai lu, merci d’écrire qui tu es. Ça me touche encore, ça me parle toujours.

  • […] éviter de surcharger la marmite. Je continue ma lecture de blogs ce matin et j’arrive chez William qui écrit que “mon pays à moi aussi, c’est l’Amour”. Nouveau coup de […]

  • Julie dit :

    Je redecouvre que vous écrivez à nouveau. Je lis chaque mot et ils résonnent (raisonnent ?) un petit peu. Vous êtes bouleversant et l honnêteté que je ressens en lisant vos mots me touche…
    Merci de partager ces quelques facettes de vous, de vous livrer ainsi… Ce n est peut être rien, c est peut être beaucoup.
    Merci, du plus profond de mon être.
    On ne se connaît pas mais vos mots sont pile ce dont j ai besoin.
    Avec toute mon affection

    • william dit :

      Merci, Julie.
      Oui, j’abandonne les réseaux sociaux qui sont un terrible et chronophage miroir aux alouettes.
      Je me recentre sur des choses plus muries, plus longues, permettant un échange réel.
      Ne viennent lire ou commenter ici que ceux qui veulent vraiment parler et ça me va très, très bien.

      Je vous embrasse.

  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *