Vie quotidienne
Ma NDE : mourir ce matin
23 février 2013
9

Il y a un an pile, j’ai fait une NDE experience et j’ai trouvé ça génial. J’avais je ne sais pas pourquoi mis ce texte en privé.

Je me suis senti mourir ce matin et cela m’a fait un bien fou. L’anesthésie (via un masque sur le nez) me décalquait totalement : j’étais derrière un épais écran de verre, loin des sons, des lumières, des sensations. Le stomato me vrillait la mâchoire avec sa perceuse : IIIIiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii

Il arrêtait, il reprenait.

IIIIIIIIiiiiiiiii

Je me suis rendu compte que j’avais beau inspirer par le nez de plus en plus fort, l’air ne venait plus. Ma narine droite semblait collabée,  et je tirais à fond sur la gauche pour avoir un peu d’air mais rien ne venait à part le gaz anesthésiant. Je sentais la panique monter mais je voulais relativiser : il me suffisait de respirer par la bouche. Sauf que je ne commandais plus ma bouche et qu’il perçait dedans. Les gouttes de sang et de salive jaillissaient sur ce qui était mes pommettes, des heures plus tôt.

IIIIIIiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii

Je voulais parler, je ne pouvais pas, je voulais froncer les sourcils, ouvrir les yeux, je ne pouvais plus. Je voulais crier, je n’avais pas la force. Ma main était inerte sur l’accoudoir. Je ne sentais plus rien en dessous du nombril. Et mon cœur qui battait, battait, accélérant un peu plus à chaque seconde, semblant prêt à sortir de ma poitrine. Ma tête qui tourne, de plus en plus vite et soudain, la chute. Comme si je tombais dans un trou sans fond, un trou de lumière définitif et cotonneux, un espace chaleureux et immédiat, sans attente, sans espoir, sans pensées, sans vie, sans mort.

Je n’ai plus rien senti, en un instant. Mon cœur ne battait plus : il me fit mal (ou peur) une dernière seconde et puis il arrêta d’exister alors que moi je commençais à peine. J’étais là, nu, entier, sans plus aucune attache. System reset. Je sentis (mais il n’y avait plus de sentiments) un amour de la situation comme je n’avais jamais senti. Il n’y avait plus rien et il y avait tout en même temps. J’étais moi, pour la première fois.

C’était éternel. Cela dura une seconde. Deux, peut-être.

J’ai senti soudain, de nouveau, de l’agitation au-dessus de moi. Des bruits froids, des lumières, des paroles, enfin.

Oh merde, oh merde, oh merde”.

J’avais envie de rire car je n’avais pas peur, là où j’étais. J’attendais sans crainte mais plus mon retour semblait définitif et plus la douleur dans la poitrine revenait : mon cœur battait de nouveau et il était douloureux depuis un instant .

Mr Réjault ? Mr Réjault ? William ? William ?

Je les entendais clairement s’agiter. On me prenait la tension. On me pinçait. J’ouvris les yeux, enfin. J’ai souri comme je pouvais.

Il était penché au-dessus de moi. Il semblait soucieux :

On avait convenu que vous nous préviendriez si quelque chose tournait mal, voyons !

C’est vrai. Mais je n’en avais tellement pas envie. Je me sentais si bien, à partir.

Je me souviens précisément et je crois que je ne l’oublierai jamais/je ne veux pas l’oublier, les bruits communs de mon cœur battant à tout rompre et de ce IIIIIIIIIIIIiiiiii s’arrêtant tous deux soudain, à la même seconde. C’est donc ça ? C’est donc ça ? Mais il y a mieux que rien, derrière, il y a tout. Il y a tout en mieux, en vierge de toute idée/regard/peur posée dessus : il y a ∅ et son contraire, mais rien de cumulable ou d’ôtable. Il n’y a plus moi derrière ou moi demain : il n’y a que l’infini.

C’était juste parfait, mais un parfait non descriptible par des mots.

 

 

(Je suis tombé dans les pommes, une fois, et c’était nul, comme sensation, à côté de ça, vraiment)

1742 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 9 comments

  • Snail87 dit :

    Monsieur fait du chiqué 🙂

  • fannoche dit :

    je suis fan de ta description, tu as les mots justes, c’est ciselé.Moi aussi suis persuadée de cet après là. j’ai effleuré moi même cet état.

  • Muriel dit :

    Merci William… C’est aussi très apaisant à lire. Je crois que Lao-Tseu aurait dit que ce que vous avez vécu est tout simplement le fait d’être parfaitement centré sur le Dao (la voie). Mais n’étant pas Lao-Tseu moi-même, je me trompe peut-être… 🙂 En revanche, je suis à peu près certaine que la sensation (ou la non-sensation) ainsi vécue est possible à l’état conscient et pas forcément lors d’expériences-limites, d’approche de la mort physique. Dans tous les cas, merci encore. Je vous (te ?) lis depuis pas mal d’années, sur Le Post, sur Twitter, suit vos aventures sur Off-TV… Merci de partager aussi ce genre de choses…

  • viobulle dit :

    waou. impresssionnant. merci 1000 fois de partager ca! ca fait tellement du bien a entendre!

  • Marielore dit :

    Merci de l’avoir partager ce texte… :o)

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