Vie quotidienne
On ne va pas habituer les gens à ça, tout de même
9 juillet 2012
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J’ai longtemps été terrorisé par les soins dentaires. Je prends sur moi, désormais, pour aller à mes rendez-vous. Mais le mal est fait : il y a énormément à soigner.

La semaine dernière, chez ma nouvelle dentiste (une petite jeune, hyper précise, hyper… »virile » dans ses gestes, je ne peux dire mieux, la fille y va franco et, du coup, ne me fait pas peur), nous évoquons l’anesthésie au masque, lors de ma dernière intervention dentaire chez le stomato, deux mois plus tôt.
On m’a posé 3 implants, deux en bas, un en haut. 2h15 sur la table du dentiste. Une perceuse dans la machoire. Et je n’ai pas moufté : j’entendais tout, je voyais tout mais j’avais un masque diffusant du Meopa sur le nez. Le bonheur.

Aujourd’hui, rien de tout ça. Simple piqure.

Elle part pour me soigner une carie. Dix minutes plus tard, elle se retrouve à devoir tout dévitaliser et à vouloir poser une couronne.

Problème, c’est une dent du fond, en bas et l’anesthésie ne prend pas. La langue est un peu endormie mais rien de plus.
On attend. Elle repique. Toujours rien. On attend, elle repique. Ma gorge est anesthésiée, par contre, ma joue aussi. Mais ma dent, non.
Alors je prends sur moi et, pendant qu’elle me vrille la dent, je sursaute, plusieurs fois, en m’excusant.
On fait une pause. Je lui dis :
– Aux USA, pour ce genre de soins, on ferait une anesthésie au Meopa. Moi je suis partant…Vous pourriez travailler tranquille, moi j’aurais le masque sur le nez, je ne sentirais rien…
– Ah oui mais non. Hors de question.
– Pourquoi ?
– On ne va pas habituer les gens à ça.

« On ne va pas habituer les gens à ça ».

Ah.

La phrase a immédiatement rappelé quinze années de connerie humaine souffrances, dans ma tête, mes livres, mes prises de position, des patients, des chambres, des médecins, la pommade EMLA en pédiatrie.

Ils nous avaient apporté des échantillons de pommade EMLA qui venait de sortir. On était censés l’appliquer sur l’avant-bras des enfants avant de poser une perfusion. Une heure avant. Pour endormir la zone. On pouvait même en déposer sur des plaies, avant un pansement. La promesse du médicament : ils n’auront plus mal au moment du soin. Je trouvais ça génial. Surtout chez des enfants qui ne se raisonnent pas et hurlent de peur avant la pose d’un cathéter ou un pansement. Parfois de douleur, également, mais les cris brouillent tout. La pommade EMLA.

Certaines collègues refusaient, par principe, de la poser. Elles ne voyaient pas l’intérêt. On avait très bien vécu sans, on devrait très bien continuer à travailler sans. Personne n’est jamais mort d’une petite piqure, hein. Ca forge le caractère. Et la douleur, dans l’idéologie judéo-chrétienne, emmène au salut, à la rédemption. Ce dernier point, elles s’en rendent pas bien compte consciemment, tellement il est ancré dans la culture Française, la fille de l’église, toutes ces bêtises, quoi, mais il est crucial dans leur raisonnement : sans douleur, pas de guérison, en gros (souvenez-vous de cette publicité pour des pastilles luttant contre le mal de gorge et justifiant leur mauvais goût. SI elles sont aussi désagréables à sucer, c’est qu’elles sont efficaces : ON DOIT EN BAVER POUR GUERIR, tu comprends ? Comme le Christ.)

Une pastille avec un bon goût, c’est louche, ça ne soigne pas.
Pas de douleur avant une prise de sang ou la pose d’une perf’ ? C’est ridicule.
Quand on est un bon judéo-chrétien.
Quel esprit tordu peut encore raisonner ainsi ?

Ma dentiste.

Une heure de forage dans une dent non anesthésiée, cariée +++ sur un patient tendu ? On ne va pas lui proposer le Meopa, tout de même. « On ne va pas habituer les gens à ne plus souffrir ». Non.

– Je vous mets un pansement protecteur, vous laisse mariner là-dessus pendant dix jours et on se revoit pour finir les soins. Mais surtout rassurez-vous. Ce n’est pas parce que l’anesthésie n’a pas pris la première fois qu’elle ne prendra pas la seconde, monsieur.
– Ah bon ?
– Au pire, ce sera juste un mauvais quart d’heure à passer. Une grosse demi-heure, allez.
– Ah bon. Mais on n’a pas un plan B ?
– Non.

Non.

Alors je vais souffrir la prochaine fois, hein.
Ou ne pas aller à mon rendez-vous.
Il paraît que faire l’autruche, ça fait gagner du temps sur la peur.

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There are 9 comments

  • Pierre-Yves B. dit :

    Euuh c’était où le stomato y a deux mois ? Non parce que je serais toi, j’y retournerais finir les soins !

    • Mel dit :

      Idem, je retournerais chez quelqu’un qui prend en compte la souffrance. Si le même soin peut être fait avec gestion de la douleur, pourquoi souffrir? Pour faire plaisir au soignant pour qui ce n’est pas important? C’est ton corps, ta douleur…

    • William dit :

      Le Stomato ne fait pas les soins dentaires « normaux ».

  • Gump dit :

    ras le bol des soignants négligents qui soupirent parce que tu as besoin d’une anesthésie. qui te donnes 2 jours d’arrêt maladie quand tu as envie de sauter par la fenêtre , qui n’en n’ont rien à foutre quoi.
    C’est un barillet sur la photo 😉 ?

  • Cécile - Une quadra dit :

    Tente de trouver un dentiste qui accepte de délivrer du Meopa à ses patients. ca me fait le même effet que les débuts de la péridurale où on ne voyait pas l’intérêt, les femmes qui la demandait étaient des chochottes ans co, que personne n’était mort à cause de la douleur qui s’oublie à laquelle on a donné un nom qui me fiat bondir « le mal joli ». Que certains ne veulent pas d’anesthésie alors que cela est disponible pourquoi pas si c’est leur choix, mais qu’on le refuse, au nom d’une idéologie quelconque alors que la situation médicale le permet je ne suis pas d’accord.
    Un peu comme la pédiatre qui disait que mettre de la pommade Emla était ridicule vu que les parents ne savent pas où le doc va piquer, ok mais si le doc dit aux parents sur quelle zone elle compte piquer ça change la donne non ? Heureusement à l’hôpital des enfants ils étaient cool avec ça, parce que vu les traitements, prises de sang, perfs and co qu’à eu mon gnome en son jeune âge on était mal barrés… résultat grâce eux, leur délicatesse et leurs explications au sujet de cette pommade miracle elle ne flippe pas quand on va chez le toubib ou quand on lui annonce la prise de sang de contrôle. Tout comme lorsqu’on va chez le dentiste qui lui utilise sa voix douce, ses yeux bleus, son nez rouge, puis l’acupuncture si le môme est stressé, il pourrait d’ailleurs en faire autant avec la mère qui a du sortir du cabinet pendant le soin d’une mini carie de la demoiselle tellement le bruit de la fraise lui était insupportable.

    Il y a pourtant eu des études qui montraient que l’absence de douleur facilitait la guérison dans pas mal de cas par une meilleure observance des soins et un stress moindre.

  • isabelle dit :

    Ma fille alors bébé de 10 mois a subi une ponction lombaire pour une suspicion de méningite ( en fait non ) en théorie elle était anesthésiée mais elle a hurlé comme j’ avais jamais entendu un bébé hurler
    depuis elle est phobique , la vue de la moindre piqure la mets en panique et on me répond mais mettez lui de l’emla mais elle s’en fout de l’emla
    elle me dit que l’infirmier ne lui fait pas mal c’est juste la vision de la piqure donc c’est une chochotte , elle va pas survivre adulte , faut qu’elle prenne sur elle , enfin quand même c’est qu’une piqure , qu’un vaccin c’est pas grand chose
    pour elle c’est le bout du monde alors on cherche , on tâtonne , on mets en confiance et puis une thérapie comportementale et puis de l’hypnose et puis on fait la piqure cachée dans les bras de maman , la tête contre son cœur et on ferme ses yeux , toute adolescente que l’on est
    je crains que sa peur de la piqure la pousse a ne pas se faire soigner pour éviter de rencontrer une seringue

  • Myster.i dit :

    Petit aparté sur la religion judéo-chrétien…

    Je ne suis pas croyant moi-même (mais sûrement bien imprégné néanmoins…) et pourtant, quand les gens pensent – même éventuellement malgré eux – que « la douleur emmène le salut » (ou qu’ « il faut souffrir pour être beau » dans sa version bien banale), il me semble toujours qu’ils oublient deux petits détails :

    1. Cette phrase est bien sûr d’une portée symbolique et, surtout, elle renvoie à une souffrance psychique et non pas physique ; en l’occurrence la douleur du travail « intérieur » que chacun a à faire sur soi-même – indépendant de toute religion d’ailleurs – et lequel peut passer parfois par des phases pas toujours agréables… (comme les stations d’un « chemin de croix » ?!)

    2. Autre oubli chez certains : la fameuse représentation du christ souffrant – physiquement cette fois – sur la croix, elle est simplement « métaphorique ». C’est juste une image (celle justement utilisée pour faire comprendre l’idée de son cheminement intérieur douloureux…). Il ne faut pas tout mélanger !

    Il serait bon que tout le monde ne prennent pas toujours tout au pied de la lettre… Ca ferait du bien à nos dents (entre autres) !

  • Alain dit :

    rage, dedant, dehors, le nerf, à vif, à voir, la dent, dure, du calme, la dentiste, MEOPA

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