Vie quotidienne
Pour toi, je décrocherai toujours le téléphone, mon Prince
31 janvier 2013
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Je sortais avec un chirurgien qui avait les mains dans les ventres des gens et qui, chaque fois que je l’appelais au téléphone, prenait toujours 60 secondes pour me demander comment j’allais. Une de ces infirmières m’avait confié (des mois plus tard, j’étais venu incognito en intérim, je bossais dans le bloc et personne ne savait qui j’étais “en vrai”, l’amant du type) qu’elle était scotchée à chaque fois que son amoureux l’appelait car il prenait toujours le temps de lui répondre. Elle m’avait dit :
– Il en a de la chance, son copain.

Les-mains-dans-le-ventre-des-gens, hein.
J’en avais rougi de bonheur.

Mon mec suivant était un régisseur de théâtre qui ne décrochait jamais et j’avais interdiction formelle FORMELLE de l’appeller sur son portable. FORMELLE. Il partait à 9h et rentrait vers 01h. On se voyait quand on pouvait, on habitait ensemble et il pensait que ça suffisait niveau communication entre nous. Un jour, j’ai fait une crise d’asthme de la mort et j’ai du partir aux urgences. Là, l’infirmière m’a demandé le numéro de la personne à joindre en cas d’urgence, je l’ai donné, elle a laissé un message et douze heures plus tard je suis rentré seul chez moi en taxi. Il dormait du sommeil du juste. Il n’avait pas écouté le message. Il partait du principe que, sur son portable pro, un numéro inconnu (non rentré préalablement par ses soins) était forcément une erreur, donc une perte de temps.

J’avais un bleu sur l’avant-bras, la gazométrie avait été très, très douloureuse. Je pleurais un peu. Je lui reprochais de ne pas être venu. Il m’avait dit :
– Mais tu es là. Tout va bien. Cela aurait changé quoi ? Rien.

Ensuite j’ai eu pour ami un secrétaire particulier d’une très très grande dame très très occupée. Nous ne sortions pas ensemble mais, à chaque fois que je l’appelais, je lui demandais toujours :
– Je te dérange ?
Et, invariablement, il me répondait :
– Jamais, voyons. JAMAIS.

Alors qu’il embarquait pour je ne sais où dans je ne sais quel Boeing privé avec je ne sais quel secrétaire d’Etat et je ne sais quelle princesse.

Je sortais avec un comptable qui me téléphonait sans arrêt et qui me disait à chaque fois :
– J’ai besoin de te parler, pardon.
Au bout de huit fois par jour, c’était devenu complexe. Quand je lui avais demandé de diminuer la fréquence, il avait craqué :
– Mais tu me manques tellement. Si je ne t’ai pas au téléphone, j’ai le ventre noué.

Et moi ? Moi, quand tu appelles, je décroche. Où que je sois, n’importe quand, à n’importe quelle heure. Je sais que c’est bête mais si je suis en réunion, je préfère décrocher et te dire :
– J’ai 40 secondes…
Que de ne pas décrocher.

Mais tu appelles si peu.

180 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 4 comments

  • Audrey dit :

    J’aime particulièrement l’histoire du secrétaire particulier;j’imagine “james bond” en train d’être hélitreuillé au milieu de l’océan et qui répond que “pas de problème,il va chercher les enfants à l’école à 16h30″…

  • Anna dit :

    Pour moi être disponible et répondre immédiatement au téléphone, par texto ou par mail est une grande preuve d’amour. Certains ne le comprendront jamais. Mais toi si !

  • Snail87 dit :

    Et celui-là?

  • dominique dit :

    Oui, répondre. REPONDRE.

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