Télévision
Pourquoi “Faut pas rater ça” sur France 4 se rate un peu au démarrage #FPRCF4
8 novembre 2012
15

Je suis perfusé au web toute la journée. Je me lève web, je mange web, je me couche web. Je me cultive web (disons plutôt que je me distrais) et je suis ce que je suis, aujourd’hui, en deuxième carrière professionnelle, grâce au Web. Cette horizontalité qui me permet de parler aux gens dans le poste ou dans les magazines, ces échanges avec les marques, les autres quidams comme moi ou les artistes, ces rencontres qui débouchent sur des “travaux” en commun, je les dois au Web. Le web c’est mon quotidien, mon travail et mon plaisir.

Florian Gazan (dont je pensais plutôt du bien, avant l’émission, lui gardant une certaine tendresse depuis “La Grande Famille”, avec Delarue) anime chaque soir sur France 4 “Faut pas rater ça”, émission en direct d’une heure consacrée au Web, à ce qu’il ne faut pas rater quand on a une box connectée au réseau et un peu de temps pour surfer. Si vous avez un métier prenant ou une vie dans les champs, à priori l’émission s’adresse à vous. Si vous êtes comme moi, un peu trop connecté, l’émission pourrait être un formidable relais des discussions tenues en ligne, pour approfondir des sujets vite expédiés en journée sur Twitter ou abordés de manière trop vulgarisante dans la presse tradi.

Ce n’est pas le cas.
Mais tout y est.
Juste pas dans le bon ordre.
Et juste pas dans la bonne direction.
Mais le matos est là, le potentiel est là et, surtout, il y a un capitaine à bord. Et un bon.

Les points positifs :
– Florian Gazan. Une vraie découverte. Vif, spirituel, drôle, en rythme. Pas le mec le plus connecté du monde, en apparence, mais totalement à l’aise pour poser les questions et rebondir quand un chroniqueur passe un peu trop vite sur un détail trop pointu pour le spectateur. Florian est à l’écoute autant de ses chroniqueurs que de spectateurs, visiblement. Je le trouve parfait dans le rôle : il est capable d’être drôle quand il le faut, un peu cassant quand l’invité n’est pas poli (Respect, Florian, pour avoir tenu bon lors de la deuxième émission) et totalement maitre de cérémonie quand le joyeux bordel s’installe.

– Emery Doligé. Dieu sait que je n’ai pas toujours été d’accord avec lui sur la forme (mais je peux moi-même être sacrément brut de décoffrage, aussi, donc je me tais) mais là, sur le fond, sa présence est totalement justifiée. J’ai envie de dire que c’est même le seul chroniqueur a remplir complètement son rôle et à aller plus loin encore. Ok, les petits jeunes retiennent ses pulls flashy, fine, que ça fasse parler, au moins on en parle. Moi je retiens ses prises de paroles, quand il reprend un sujet au vol et qu’il tente, de façon plus didactique et plus posée que les autres, d’aller plus loin dans l’analyse ou même, mieux, d’offrir un contre-champ. Malheureusement le rythme ultra-speed de l’émission lui impose d’accélérer son débit de parole, pour ne pas qu’on le coupe. Fort dommageable. C’est le seul à savoir de quoi il parle. Si “Faut pas rater ça” était “Les jeux de 20h”, Emery serait Maître Capello. Laissez-le parler. Quand il prend la parole, c’est pour donner du sens. Et dieu sait que l’émission en a besoin.

– Le direct, le format & l’horaire. Excellente idée, une quotidienne, d’une heure, en direct, en fin de journée. Il fallait ça pour creuser tout ce qui se passe en 24h de web. C’est LE bon moment. Après les cours, avant le repas. Idéal.

– La séquence “Web Only” post-émission : la vraie bonne idée de “Faut pas rater ça”. Humaine, chaleureuse, plus spontanée. Les caméras s’éteignent enfin : nous sommes entre nous. Attention, le lien pour suivre l’émission est introuvable…Pensez à le redonner précisément avant de rendre l’antenne.

– La réactivité IRL/Web : tourner un sujet l’après-midi pour le diffuser le soir, voilà enfin un peu de budget offert à une émission qui cause de web. Il est tout là, le drame de notre communauté. Nous aimerions filmer des acoustiques mais nous n’avons pas souvent les moyens de nous offrir des caméras/micros décents, par exemple. En face, les grands médias traitent de web, souvent dix jours après la bataille, de manière convenue ou alarmiste. Pour la première fois en clair, gratuitement, et sur une durée offrant tous les possibles, “Faut pas rater ça” offre une réactivité super intéressante…pour ne pas trop la creuser ensuite. J’y reviendrai.

– L’interactivité : Grosse promesse de l’émission, pas vraiment tenue, soyons honnêtes. Les chroniqueurs sont déconnectés du web, en plateau (impossible de leur parler via leur compte twitter, par exemple), un comble alors qu’ils s’adressent à une population qui les regarde. Les tweets diffusés à l’antenne sont d’une rare platitude et sont multi-diffusés, n’entrainant pas ou peu de réactions des invités présents. Florian Gazan ne joue pas avec ce qui apparaît en surimpression et, au final, le jeu des internautes consiste à taper le message le plus laudateur possible pour avoir la garantie d’être diffusé. Intérêt = zéro. A mon sens, il faut plus sélectionner en amont, diffuser moins et rebondir mieux, comme le fait Càvous avec les messages des téléspectateurs. Ou alors proposez des concours, des questions, des vannes ? Le simple commentaire de l’émission n’offre aucun intérêt.

Les points à retravailler, vite :

– La base line de l’émission. De quoi on parle ? De web ? Au quotidien ? Ok. Pourquoi se focaliser sur Twitter et Youtube, alors ? Ne se passe t’il pas autre chose, sur internet, au quotidien ? Je vous donne un exemple d’avant-hier. Instagram (vous irez chercher les détails) a offert un service neuf à ses utilisateurs, une vraie petite révolution à son échelle. “Faut pas rater ça”, quotidienne du Web, nous propose à la place des extraits LOL de vidéos #OLD (comme on dit) en mode Battle/Qui est la plus drôle. C’est donc ça, l’ambition de l’émission ? Vous faites venir Emery ou Bruno Roger-Petit ou Thomas Joubert pour regarder un mec qui s’élance en maillot de bains sur une piscine gelée ? Mais vous aimez utiliser des moteurs de F1 dans une deux chevaux, les enfants. Quel gâchis de compétence. Le web, ok, c’est AUSSI ça. Mais ce n’est pas QUE ça.

– Le ton de l’émission. En trois numéros, “Faut pas rater ça” prend assez vite la forme d’un “Grosses têtes” du web, hyper speed, sans réel fond, brassant vidéos lol mille fois vues ailleurs (et surtout des semaines auparavant, un comble pour une quotidienne !!), zappant d’un chroniqueur à un autre (valeur ajoutée des comédiens/comiques sur le plateau ?) et s’offrant un invité-prétexte, un peu potiche, pour 140 secondes de promo obligatoire. Soyons clair : si c’est pour refaire ce qui est fait partout ailleurs, vous n’allez pas intéresser grand monde. D’ailleurs c’est déjà le cas. L’émission est bruyante, trop speed, mal tranchée (les séquences se ressemblent toutes) et finit aussi vite qu’elle a commencé.

– Les chroniqueurs. Je ne vais pas critiquer. Vous avez fait des choix. Soit. Mais moi je ne garderais pas les 3/4 des gens présents afin de laisser en plateau uniquement Florian et quatre personnes + la moitié du public (silencieux, désormais). Et je ferais entrer dans l’émission des jeunes. Des JEUNES. Des vlogueurs. Des branleurs. Des Loleurs. Des jeunes qui SMS leurs échanges, qui se RT pour gagner du follower et qui, lorsqu’ils seront face à un Thomas Joubert ou à un Emery Doligé, pourront se taire pour laisser place à l’analyse. Deux générations qui surfent ensemble mais pas dans la même direction ou pas dans le même but. De quoi parle “Faut pas rater ça ?” ces jours-ci : de la mort d’Hadopi ? Des problèmes que rencontrent les abonnés Free quand ils veulent regarder une vidéo Youtube ? De l’achat de faux-lowers pour faire augmenter son Klout ? Du ralage quotidien des utilisateurs de maps sur iPhone ? Non. Pas encore, non. Hier soir, j’avais l’impression d’assister à un mauvais remake de “Video-Gag” web.

L’émission a tout pour réussir. Vraiment. Il y a la volonté, il y a la puissance de feu derrière d’un Cauet qui peut créer ou drainer des situations folles à mettre en image. La chaîne, également, attend beaucoup de cette émission et offre la meilleure vitrine possible (France 4 est LA chaîne décalée de France Télévisions, le seul endroit où un ovni pareil peut décoller et décoller loin) et surtout il y a Florian Gazan qui, vraiment, est le PLUS de tout ce joyeux bordel. Une seule envie : mettez-du-sens. Et un seul conseil : ne reproduisez pas ce qui se fait ailleurs. Le web qui attire est précisément celui qui détonne.

Je vous embrasse,
Je reviendrai vous voir à l’occasion.

1847 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

About author

Related items

/ You may check this items as well

1382865

6 bonnes raisons de regarder la Nouvelle Star 2017

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more
the_good_wife_spoiler_641x383

Un âne qui ne veut pas boire

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more

Voilà.

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more

There are 15 comments

  • Claudius dit :

    Une critique parfois dure, mais qui me donne envie de voir l’émission.

  • Jacques Froissant (Altaide : le Recrutement 2.0) dit :

    Je suis globalement assez d’accord avec toi. si ça tourne au bordel video gag du web aucun intérêt.

    PS : et Champagne cela doit être mon premier commentaire chez toi. 😉

  • anne dit :

    Je te rejoins sur mry (et pourtant de la même façon je ne suis pas toujours d’accord avec ses propos, loin de là 😉 ), mais c’est le seul que j’ai trouvé légitime et qui m’a intéressée. Le reste, j’ai trouvé ca tellement loin de ma réalité. Peut être que je suis old fashionned ^-^

  • rodolphe dit :

    tres bonne critique … positive et honnete … du william rejault en sorte…. je sais je te dois un aspirateur , je te promets … tu l auras un jour 🙂

  • Jali dit :

    Je n’ai pas vu l’intégrale, mais je suis plutôt d’accord. Ça reste une émission déjà attachante et le fait qu’on en voit facilement le potentiel et encourageant.
    L’horaire est trop tôt dans la journée pour moi, mais ça on ne peut rien y faire, je ne sais pas si un best-of le weekend serait cohérent avec le coté interactif/actualités du concept.

  • Noobimag dit :

    Très bonne analyse de l’émission que nous partageons (en la twittant également). Tout comme vous, nous trouvons que cette émission à un énorme potentiel mais il faut qu’elle évite la facilité, engager la réflexion et la discussion, et arrêter de vouloir faire du lol toutes les 30 secondes. Espérons que l’émission trouve son propre style au fur et à mesure, sa propre écriture, d’autant qu’elle est live donc sans la contrainte des enregistrements antérieurs. Faut juste qu’ils apprennent à se servir d’un lecteur de flux RSS 😉

  • soymalau dit :

    D’accord avec les points à retravailler, pas forcément sur le reste.

    Emery en Maître Capello, pardon mais je m’étouffe. Comme lui d’ailleurs, qui parle comme il écrit : mal. Ah ça forcément, avoir toute sa journée pour lire Stratégies et CB-News ça permet de faire quelques interventions pour venir placer un chiffre ou une stat, mais appeler ça du “fond”, de l’analyse, désolé, non.

    Bref, je ne souhaite l’échec à personne, mais à titre personnel, ces émissions qui tentent d’exploiter le web et qui tombent toutes dans les mêmes travers, ça me fait de la peine. Ils seraient les premiers, on leur accorderait le bénéfice du doute au titre de défricheurs, mais est-ce vraiment le cas ?

  • Alexandre dit :

    Je suis assez d’accord avec toi aussi.
    Mais faire une émission sur le Web est toujours un pari risqué : parce que Internet réagit toujours plus vite que la télé… C’est vrai que certains sujets importants ne sont pas abordés, mais le risque c’est aussi de faire une émission par des geeks, pour des geeks.

    Quand tu dis que les gens en plateau ne sont pas assez connectés, je me dis aussi que c’est compliqué de faire une émission en gardant un œil sur son Twitter… Particulièrement en télé.

    Par contre c’est vrai que ce qui m’a marqué quand j’ai vu l’émission, c’est la ligne de tweets, qui ne sert à RIEN. Je suis dur mais bon, quel est l’intérêt de faire ça si ça n’apporte rien à l’émission en terme de contenu ? (je ne parle pas d’audience, parce que comme tu dis, les gens tweetent pour passer à la télé donc ça fait du buzz). Il faut l’exploiter, quitte à être plus sélectif comme tu le dis.

    Pour ce qui est du plateau, je suis encore d’accord avec toi. Trop de chroniqueurs, donc trop de brouhaha, tout le monde veut mettre son grain de sel (c’est à mon avis ce qui donne cette impression de speed). Certains ne servent à rien.

    Enfin pour les invités, ok pour des jeunes… Mais le souci c’est qu’à part Norman, Cyprien et toute la bande, quels sont ceux qui ont une popularité à même d’apporter de l’audience ?
    Les stars connectées je trouve ça pas mauvais, encore faut-il bien les choisir…

    Je pense faire partie de la cible de cette émission, et pour le coup je la trouve bien meilleure que le vinvinteur. Un mec avec une GoPro sur la tête je ne peux pas. Je ne veux pas voir toutes les coulisses de la télé… C’est aussi ce qui fait partie de la magie, du truc… J’ai l’impression que cette émission est un OVNI, mais de quelle planète, surement pas chez moi.

    Il reste beaucoup de boulot, il y a aussi beaucoup de potentiel. Le Web fait ses premiers pas dans le petit écran…

    Un mot sur Florian Gazan, ça n’est pas une surprise pour moi, mais une belle trouvaille je trouve. Je l’écoute le matin, et j’aime la spontanéité de ses vannes (moins celle qui sont préparées…).
    Je ne savais pas ce qu’il pouvait donner, seul maitre à bord en télé. Et il s’en sort très bien, que du spontané donc forcément bien meilleur à mes yeux.
    Il a parfois du mal encore à se faire entendre, mais c’est à mon avis parce qu’il y a trop de chroniqueurs inutiles.

    Bref, c’est une émission prometteuse. J’aimerais pouvoir bosser un jour sur ce genre de contenu.

  • Paloozo dit :

    Non, non, non, comment on peut faire une émission aussi ringarde.

    Gazan est un bon auteur mais animer une émission c’est autre chose. Et puis ces t-shirts sous la veste, on est en 1988 . Hommage à Philippe Vandel ?

    Des chroniqueurs qui on des avis sur tout à droite et à gauche, l’animateur au milieu ? Super original ! Non sérieux, c’est pas bon, c’est une fausse bonne idée qui arrivent en plus quelques années trop tard.

    Alors pour l’instant l’émission est épargnée en caressant dans le sens du poil les twittos qui espèrent voir passer leur nom à l’antenne comme au Club Dorothée. Tiens on y revient. Décidément “Fallait pas rater ça” est une émission de 1988 perdue en 2012.

  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *