Vie quotidienne
Puisque je meurs aujourd’hui
19 septembre 2012
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Puisque je meurs aujourd’hui, je tiens à dire que je n’ai pas de regrets.
J’ai probablement été bercé par les contes de fées tv, romanesques et ciné depuis mon enfance mais je voulais plus que tout un Prince Charmant et je l’ai eu et il m’a aimé. Le reste n’a strictement aucune importance, au fond.
Je voulais des amis et j’en ai trouvé, souvent par hasard, parfois immédiatement et pour de longues années, parfois enfin en leur déclarant ma flamme, un bouquet de fleurs à la main, en frappant à sa porte (elle a accepté, nous sommes toujours amis, hein Marie ?).
Puisque je meurs aujourd’hui, je tiens également à dire que j’avais de plus en plus de mal à me chausser ces derniers temps et que je me demandais si mon pied gauche n’avait pas grandi un peu, ce qui m’ennuyait pas mal.
Et puisque je meurs aujourd’hui, savoir que Carla a trouvé l’amour, et le bon, voir l’intelligence dans les yeux de son homme et sentir son bonheur quand elle me prend dans ses bras, sentir son amour et son émotion lorsqu’elle me revoit, suffisent à me dire que je n’ai pas totalement raté ma vie affective.
Je suis plutôt satisfait de mourir aujourd’hui puisque je sais que mon scénario a plu et qu’il a suscité par deux fois l’intérêt : je n’écrivais pas dans le vent, peut-être un jour mes phrases seront prononcées par une actrice, devant une caméra. Alors, qui sait, un téléspectateur rira et ce rire, de là où je serai, me fera du bien.
J’aurais pu mourir hier mais aujourd’hui est un bon jour : j’ai emmené ma filleule à l’école et j’ai, pour la première fois de ma vie, compris que, peut-être, j’aurais pu avoir un enfant, peut-être, oui, et que je l’aurais aimé avec autant de maladresse et d’erreurs que les autres mais en faisant au mieux, comme tous les parents, quoi.
Puisque je meurs aujourd’hui, que ce soit au moins dans le département qui m’a vu naitre : je ferai attention à ne pas passer la ligne (de démarcation) avec le département d’à côté, qui se trouve au fond du jardin du paysan du bout de la route, derrière les platanes.
Je meurs aujourd’hui après avoir vu un dernier mauvais film hier au cinéma, ce qui prouve bien que rien d’extraordinaire n’arrive tous les jours, dans ma vie, contrairement à la Samaritaine où il se passe toujours quelque chose.
Puisque je meurs aujourd’hui, j’aimerais faire remarquer à Nora qu’elle doit croire plus en elle et à Thibault que je l’aime, dans le sens le plus fraternel du mot, à Olivier que je regrette de ne pas l’avoir plus appelé et à Caroline qu’elle doit cesser de fumer, à Jérémy que son appartement est magnifique mais moins que sa femme, à David qu’il a eu bien raison de quitter les voitures pour l’huile de noix et à Pauline que je crois beaucoup en elle.

Puisque je meurs aujourd’hui, je peux l’avouer : je déteste “Revolver” et je préfère “Abbey Road”, de loin.

Et puisque je meurs aujourd’hui, j’aimerais vraiment que J’ai Lu déchire ce contrat et n’imprime pas “Tous ces jours sans toi”, qui doit rester dans les placards ou les archives et ne plus jamais en sortir.

Je regrette de ne pas avoir eu de chats, ces dernières années et je regrette de ne pas avoir compté le nombre de jours de grisaille dans le ciel parisien, je suis sûr qu’il aurait dépassé ma propre assertion :
– Cela fait neuf ans qu’il fait gris à Paris, tu sais.

1725 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 20 comments

  • Leto dit :

    Oh, t’es gentil, quand t’auras fini de mourir aujourd’hui, tu ressucites sous trois jours (y en a un qui l’a fait alors pourquoi pas d’autres ?), hein, y a encore du boulot à faire en ce bas monde, et si les plus intelligents se barrent, on va être sérieusement dans la merde.

    Alors meurs si tu veux, mais reviens vite !

  • SOULIER dit :

    Meurs un autre jour.

  • sabine dit :

    Si vous pouviez encore attendre un peu William…

  • laurence dit :

    Non mais c’est une plaisanterie j’espère, je viens juste de découvrir ce blog il y a peu et l’auteur aurait le mauvais goût de mourir aujourd’hui …. no way William ! please come back and come back sooooooon. Alors je devrai me passer de toute cette poésie, cette finesse, ce “look like me” quand je te lis ? ah non alors!

  • Flore dit :

    Il est un temps pour tout William !!!. Mais si vous pouviez attendre encore un peu pour nous quitter !!. Votre finesse et intelligence d’écriture me manqueraient tant !!. Que le soleil aujourd’hui présent vous envoie un de ses rayons afin de vous réchauffe le cœur et qu’il vous donne envie de rester parmi nous !!.

  • JacquieB dit :

    Qu’est ce que c’est que ce discours ??? On a besoin de vous.

  • kangourourou dit :

    Je suis tout penaud (et perturbé) devant ce (très beau) texte dont je ne sais pas comment il doit être pris… Une grosse pensée pleine d’affection pour toi, si gentil garçon.

  • Danielalala dit :

    Rassure-nous, tu as “seulement” rendez-vous chez le dentiste, c’est ça ????

  • Cécile - Une quadra dit :

    Avec fleurs et couronnes ou nature la cérémonie ?
    Tu préfères quoi comme fleurs ?
    Ben oui tant qu’à faire autant que ça te plaise, pis comme ça aura pour le jour J.

  • Cécile - Une quadra dit :

    on saura, pas on aura. J’imagine la tronche des fleurs dans qq dizaines d’années

  • Nicolas R. dit :

    Bah putain, c’est le genre d’article qui me retourne l’estomac. Très beau. Je comprend de plus en plus pourquoi j’aime traîner sur ce blog… 😉

  • Magali dit :

    ah non, pas maintenant ! vous venez tout juste de trouver le parfait sérum anti-rides ! plus sérieusement, faire un arrêt sur image de temps en temps…je trouve cela courageux.

  • sabine dit :

    Bonjour Will,

    C’est ainsi que vous appellent vos amis, ma première pensée est pour vous ce matin, vous que je ne connais pourtant qu’au travers de votre blog et après quelques mots échangés lors d’un showcase à l’Hôtel de Sers auquel vous étiez venu assister avec un ami.
    J’espère sincèrement que cette tentation d’en finir n’a été qu’une bouffée d’abîme qui vous est soudain tombée dessus, un moment d’hypnose vous commandant de vous évanouir, de disparaître aux yeux de tous sans vous tuer….
    Peut-être que d’avoir mis vos mots dessus vous aura aidé à sortir de cet anéantissement probablement salutaire, c’est ce que j’espère de tout coeur.
    Ne restez pas trop longtemps sans nous donner signe de VIE please…

  • fanny dit :

    Je trouve que ce texte est un bel exercice d’écriture.
    J’ai commandé la semaine dernière 3 de vos livres, j’en avais encore jusqu’ici jamais lu, malgré une fidélité absolue à vos blogs.
    Depuis hier je me régale grâce à vos mots.
    Merci pour vos mots et vos textes.
    Fanny

  • William.rejault@gmail.com dit :

    Merci pour vos commentaires, je suis en train d’écrire un livre et ce texte est la base d’un chapitre.

    Je vous embrasse.

  • Heidi dit :

    Ce qu’on peut dire en tout cas, c’est que ce texte est très réussi. Qu’il suscite une émotion profonde. Si le reste du livre y ressemble, alors je me réjouis de le lire…
    Je lis ton blog avec intérêt depuis plusieurs mois, et j’ai souvent été interpellée par tes textes. Merci de partager ta façon de voir la vie.

  • karine dit :

    Puisque tu es vivant, et que tu me liras : c’est un très beau texte.
    J’aime beaucoup, mais vraiment beaucoup, le titre, il est très accrocheur (moi qui m’arrache en ce moment à trouver des titres de chapitres accrocheurs au manuscrit d’un de mes auteurs…).

    k.

  • sabine dit :

    De l’art d’embrouiller vos lecteurs non pas en suscitant leur intérêt par vos textes, çà ils l’ont déjà mais en les incitant en quelque sorte à manifester la manière dont ils vous reçoivent en mélangeant habilement billets d’humeur et fictions.
    Bravo William , continuez ainsi…

  • Laurence dit :

    Ah la la c’est malin… Mais réussi car très émouvant mais promis : plus de frayeurs n est-ce pas ?

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