Vie quotidienne
Quand ma tête veut mais pas mes mains.
11 février 2016
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Ils ne comprendront jamais la folie de leur demande, quand ils attendent de moi un tableau Excel, une présentation PowerPoint ou tout autre document exigeant que mes mains travaillent en accord avec mon cerveau, lorsque ma dyspraxie visuo-spatiale entre alors en scène, me réduisant à un enfant de sept ou huit ans, ne comprenant pas la maîtresse, assis devant un écran, et pour qui tout allait formidablement bien, quelques secondes avant

(Il écoutait la radio en Français et appréciait le programme, il chantonnait, brodait sur les conversations des invités, il était au même niveau que l’animateur, il avait même un temps d’avance sur lui, lové sur son canapé et s.o.u.d.a.i.n la langue passe au Russe ou au Chinois Odborový zväz pracovníkov školstva a vedy na Slovensku zásadne nesúhlasí so znevažujúcimi a nepravdivými tvrdeniami niektorých predstaviteľov Iniciatívy slovenských učiteľov na jeho adresu. Uviedol to predseda zväzu Pavel Ondek po tom, i obyvateľov Kežmarku a celého okresu. „Kežmarok si pamätá ešte spred šiestich rokov hranie extraligy, boli tu triedy, žiaci, ktorí sa učili, bol tu celý systém prípravy týchto hokejistov a dnes, žiaľ, kto ide okolo štadióna, vidí len zrúcaninu. „Žiaľ, najväčší odborový zväz nás nepodporil,“ uviedol v utorok Križo, ktorý zároveň kritizoval, že odborový zväz toleroval protištrajkovú kampaň spojenú so šírením lží a vyhrážok il est désormais assis sur une chaise, il ne sait plus tourner le bouton pour revenir sur sa station, rien n’a changé autour de lui mais tout son monde s’écroule, il maîtrisait tout, il ne sait plus rien, il ne voit aucune porte de sortie, il est totalement impuissant, le shift d’un état à l’autre le surprend toujours, il ne le sent jamais venir, parfois il est en pleine réunion et soudain il ne sait plus de quoi parlent les autres alors il se tait et fait semblant de réfléchir alors que les autres échangent mais en vrai, il n’a plus un mot ou une idée qui lui traverse la tête, il est juste vide de sens et d’humanité, il les regarde, il ne fait plus partie du groupe, il ne se sent plus Homme, dans ces instants)

Ctrl et clic droit et tu fais glisser et puis Alt Enter deux fois et là ce sont les cellules que tu alignes, pas les colonnes, attention, il est maintenant paralysé par les infos qu’il entend et ne peut les traduire en actions ou désespérément limité par la maladresse des gestes qu’il essaie de reproduire, tentant d’associer ce qu’il vient d’entendre à ce qu’il doit accomplir, fixant l’écran comme s’il regardait des hiéroglyphes, interdit, muet, sentant monter la douleur, les larmes et la honte, la honte immense, la honte terrible lui rappelant l’école, la honte de l’adulte désormais, décuplée par le cadre professionnel et tout ce qu’on est en droit de lui demander, la honte qui démarre dans le ventre, serre les poumons, embrume ses yeux et qui fait vriller ce qui lui reste de cerveau, il hoquète et tente de garder bonne figure mais rien n’y fait. Salaud de cortex pourquoi m’abandonnes-tu d’un coup ? Il rougit, il tente de s’accrocher à des détails, fait répéter trois fois, essaie encore et encore de cliquer là où on lui dit de cliquer mais il n’y arrive pas, s’agace, s’emporte, se mord mille fois les lèvres puis les doigts avant de se lever pour aller pleurer dans un coin de l’étage, la tête contre un mur bien réel, cette fois, peut-être plus accueillant que celui qu’il vient de se prendre sur l’écran du PC.

Il ne comprend pas pourquoi il comprend TOUT sauf ça, il ne comprend pas pourquoi tout ce qui peut sembler complexe aux autres BrexitDaeshMiroMalherComdeCriseMonterunroadtripde21joursEcrireunlivre lui est offert la plupart du temps comme une mousse au chocolat à déguster et à proposer, car il a même droit à des cuillères pour tout le monde, il est généreux de ce qu’il ne veut pas garder pour lui, il ne comprend pas pourquoi soudain son cerveau qui lui fait aller si vite, si loin, son cerveau qui ne le trahit jamais et l’attend toujours, une main tendue en arrière, pour lui enjoindre de hâter le pas, il ne comprend pas pourquoi soudain son cerveau le laisse là, seul, sur le bas du chemin, comme un enfant dans la nuit attendant ses parents ou une lumière, abandonné, sans repères, il pleure et sa collègue tente de trouver des mots pour lui dire que ce n’est pas grave, qu’il accomplit mille fois plus, dans des domaines tellement plus vastes et complexes, sa collègue lui promet que tout cela n’a strictement aucune importance, qu’il écrit des livres, engage des inconnus, monte sur scène devant 300 personnes, séduit qui il faut séduire mais rien n’efface la honte de son incapacité soudaine, lorsque ses mains ne traduisent plus ce que sa tête vient d’entendre, lorsqu’il est ramené à ce qu’il est, dans une nudité totale et horrible. Un garçon différent. Il aimerait tellement être comme tout le monde, s’intéresser aux mêmes sujets, pouvoir apprécier la foule, le bruit, la lumière, les joies simples et juste réaliser des putains de Power Point quand on lui demande.

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Toutes photos : Muras Osmann 

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There are 2 comments

  • cvrin dit :

    Ahhh excel et ses calculs, je hais ce programme d’une force! J’ai enfin fait comprendre à mon chef aujourd’hui qu’il pouvait donner à un autre polygraphe ce type de travail s’il ne voulait plus d’erreurs dues à mes incapacités à comprendre cette horreur.
    Et sinon j’ai reçu le livre aujourd’hui, synchronicité disait-on dans un autre billet? 😉

  • Géraldine dit :

    Ah ah ! On dirait moi devant excel !!!
    Mais comme je suis obstinée, j’ai décidé que je ne lâcherais pas tant que je ne saurais pas faire ce qu’on me demande d’une façon fluide ! J’ai déjà bien avancé. Cependant, si excel est la même chose pour mon cerveau que mon désastreux sens de l’orientation, j’ai encore beaucoup de boulot …!!! ^^

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