Sexe Vie quotidienne
Regardez moi ! Mais pas trop non plus…
3 mars 2015
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Discussion irréelle avec Robin, que je n’avais pas croisé depuis huit ans et qui travaille dans la mode, après avoir été ingénieur en informatique. Il me fascinait, étudiant, non pas car il était beau (il l’est) mais car il était d’une élégance rare. J’ai toujours aimé les garçons bien habillés. Pas fashion, non. Juste bien habillés. Elégants. Portant des vêtements bien coupés, sans trop en mettre plein la vue, qui tombent bien et les mettent en valeur. Des vêtements intemporels, qui ne se remarquent pas trop sur un cintre mais qui, une fois portés, dessinent une silhouette et accordent à celui qui les porte un raffinement certain, un zeste de différence avec le commun des mortels mais sans trop en rajouter. Le physique n’a alors plus grande importance. On ne remarque ni la beauté du visage, ni la coupe du manteau : on n’en retient que l’ensemble.

Une impression.

Un sillage.

Un moment volé au temps.

Je m’habille chez APC pour être tranquille et chez Loreak Mendian pour ne pas avoir à me poser de question. La mode m’angoisse. Tout ce qui me contraint à choisir m’angoisse. Tout ce qui offre trop me pèse. Première lecture superficielle d’une pensée ancrée depuis fort longtemps. Qui va sauter en une discussion.

Robin, alors jeune étudiant, était un peu gêné de la manière dont je le draguais. « Carrément pushy », me dit-il en rougissant un peu.

– Je suis désolé. Je fais toujours ça. J’ai une drague très frontale car je crois n’avoir aucune chance et je me dis qu’en agissant de la sorte, je mets toutes les chances de mon côté mais, dans le fond, je n’y crois pas un seul instant. Tu sais, je suis le premier surpris quand j’obtiens une réponse positive. Je suis alors totalement désarmé de plaire. C’est tellement désarçonnant par rapport à l’image que je me fais de moi.

– Tu y vas tellement fort.

– Mais je fais pareil avec tout. Sans jamais l’assumer. J’écris sans fard pour être lu. Je suis atrocement gêné quand on vient me parler de mes livres ou de mon blog. Je drague à fond pour séduire et je ne sais plus quoi faire de ce que j’obtiens quand la réponse est positive. C’est la même chose pour les vêtements : je me fonds dans la masse désormais car si je m’écoutais, je choisirais des pièces que personne ne pourrait rater. Et je serais visible. Bien plus visible. Alors je cherche un entre-deux. Qui ne me satisfait pas. Je prends des basiques que je coordonne avec une paire de pompes un peu voyantes que j’ose à peine porter une fois avant de la reléguer au placard. Je veux être vu sans être remarqué. Je n’assume pas de l’être mais je fais tout pour.

– Et dans plusieurs domaines. C’est un pattern.

– Merde. Oh, merde. Tu as raison. C’est un pattern. Je…J’ai…Oh, merde. Il faut absolument que je travaille dessus. Sinon ça ne sert à rien. C’est comme de rouler en quatrième avec le frein à main. Et je le fais dans tous les domaines, en plus. Oh, merde.

– Et avec les garçons, ça donne quoi ?

– Rien de bien probant. Vu que je drague aussi frontalement, je passe pour un…lourd, au mieux…Et quand je ne drague pas du tout, pour tenter une autre approche, que je suis juste dans l’over-empathie, pour essayer de les comprendre, ils ne comprennent rien à la raison de ma présence. Le malentendu quand je me dévoile alors. Je ne connais pas la voie du milieu. Je crois que je serais terrorisé d’être aimé pour moi, pour ce que j’écris, pour ce que je porte et qui signerait une manière si personnelle de voir le monde.  Tu vois, je sais d’instinct ce qui va au garçon qui partage ma vie, le nombre de fois que j’ai choisi sur un cintre pour lui parmi mille pièces et c’était LA bonne, celle qui le mettait en valeur tout en me refusant le droit de porter les mêmes vêtements ou des plus élégants encore. Je crois bien que je ne m’accorde pas la beauté alors que je sais la voir, la dompter, la mettre en scène et la propager. Je crois que je refuse de m’affirmer non par peur de surprendre mais par peur de plaire. Je ne sais pas si j’ai envie de changer mais j’en souffre.

 

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There are 4 comments

  • Géraldine dit :

    Hello William!
    Ca n’a peut être pas de rapport avec le fond de l’article. Cependant « etre remarqué sans être vu » me parle. Je fais le rapprochement avec ce que je vis via les réseaux sociaux. Tous ces gens qui postent, encore et encore des photos sur Instagram de composition de leur lunch, de leur #OOTD, de leur inspi, enfin tout ces trucs… Ça me fait terriblement envie, j’aimerais bien moi aussi montrer… Et en fait j’en suis incapable, c’est « trop » pour moi, c’est à côté de la vraie vie. J’ai essayé d’instadocumenté mon quotidien mais la démarche me répugne (le mot est fort et c’est pourtant bien ce que je ressens).
    J’aimerais être remarquée, mais sans etre vue.
    Le parrallele est un peu lointain et bien moins profond que ce que tu racontes mais ça fait écho sur le coup.
    Voilà petite pensée partagée ici.
    Ps: tes derniers articles sont poignants. Merci.
    Je t’embrasse.

  • Corinne dit :

    Oh merde ! Et si qqun lisait entre les lignes ! ^^

  • Merci pour le tip! À bientôt!

  • C’est beau la pudeur cachée derrière une approche trop brutale…il y a un monde à découvrir.

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