Vie quotidienne Voyages
Saint Sébastien
30 avril 2020
8

Je discutais la semaine dernière avec la mère d’un ami, au téléphone, et elle m’a sorti une phrase qui m’a marqué : « Tu sais, quand j’étais petite, il n’y avait que des très riches et des très pauvres, la classe moyenne c’est une invention de l’après-guerre et ben c’est fini, pour moi, tout ça, je crois que vous allez revivre ce que j’ai vécu enfant… ». J’y repense, depuis, en voyant ce suicide économique que nous venons de nous infliger avec ce confinement fou dont nous allons avoir bien du mal à sortir tant les injonctions paradoxales fleurissent dans la bouche de nos gouvernants (que je n’accable pas, personne n’a de réponse idéale à un problème aussi inédit et aussi complexe) : la prochaine décennie me semble bien noire. Mais le remède me semble désormais pire que le mal.

J’ai reçu ma nouvelle carte bancaire quelques jours seulement avant l’expiration de celle que j’utilisais depuis trois ans : j’en tremblais un peu, de me retrouver sans possibilité de paiement mais comme tout tourne au ralenti, j’ai attendu patiemment. Ma mère m’a envoyé des masques lundi dernier, en lettre suivie, la petite enveloppe a mis dix jours pour traverser la France. Le Nicolas du bas de la rue ferme définitivement, j’ai vu le commerçant placarder l’affiche ce matin, en allant retirer des sous (sans avoir pensé à me faire mon attestation, quelle barbe, ces attestations) et il avait l’air peiné comme tout, moi aussi, c’est le premier commerce qui ferme dans ma rue. Le Kebab a rouvert en mode « À Emporter seulement » mais désormais 11 euros pour un Kebab, ça va pas être possible, je serre la ceinture, c’est la crise, bébé, c’est la crise.

Je me suis rendu compte que je payais deux fois la taxe d’habitation, ce qui m’a donné l’occasion de revenir sans sueur froide sur le site officiel des impôts qui est quand même super bien fait, aidé par mon Ange Florence, tout seul, comme un grand. Il y a quelques années, je ne pouvais pas me connecter sans trembler : les papiers et moi, l’administration et moi, la paperasse et moi. On avance, un jour à la fois, j’ai même envoyé un mail de réclamation officiel, tout seul aussi comme un grand.

J’ai regardé une vidéo complotiste de deux heures en direct sur Youtube, l’autre soir (c’est fascinant de pouvoir projeter sur la télé ce qui passe sur la tablette, moi je trouve ça magique) animée par le gourou du cru et un invité Québécois intarissable : tout y est passé pendant deux heures, sur la crise Covid, en démarrant – bien sûr – par le 11 septembre pour finir par une révélation tordue. En gros, ces deux charmants « experts » expliquent que les dirigeants actuels se servent de la crise pour vendre des vaccins dans lesquels il y aura des puces nano qui viendront se fixer directement sur les os pour nous fliquer partout, aidé par la 5G…ce qui est une infox assez vite vérifiable

Un peu de fond, néanmoins, quand on voit que la 5G serait installée surtout par les Chinois, ce qui inquiète pas mal nos démocraties, Chinois qui ont une utilisation très particulière du traçage, en ce moment, et de l’identité numérique (c’est 1984 fois mille en Chine en ce moment, je ne sais pas si vous avez vu ça, si vous avez la bonne couleur sur votre smartphone, vous entrez ou pas dans l’avion, si vous traversez au rouge, vous perdez trois points, etc.) et la 5G a un seul gros intérêt, à mes yeux, rendre plus précis le bornage des smartphones. Tout le reste (véhicules autonomes, temps de téléchargement plus rapide…) est du sucre pour faire passer la médecine. J’ai retenu de ces deux heures de complotisme une seule phrase : pour savoir de quoi demain sera fait, regardez ce qui se passe en Chine pour les individus. Oui, ça, bien compris.

Bref.

Je découvre enfin Breaking Bad, après tout le monde, mais souvent c’est pas plus mal d’avoir un peu de recul, surtout les séries cultes, j’en suis à la deuxième saison et je trouve ça pas mal mais un peu vieillot, je préfère largement Ozark, sur le même thème. J’ai repéré que Cotton Club était dispo sur OCS et je vais me le découvrir, enfin, il y a des cinéastes dont j’aimerais avoir vu toute l’oeuvre : Scorsese, Allen, Copolla et c’est toujours une joie de découvrir un inédit. « Peggy Sue s’est marié » figure dans mon panthéon personnel, mélangeant voyage dans le temps, madeleine 60’s et Kathleen Turner dont j’étais amoureux dans les années 80.

Je lis une soixantaine de pages chaque après-midi et c’est presque comme du sport : cela me demande un effort d’attention quasi-surhumain alors que c’est une activité qui détend, loin des écrans, loin des news, loin du bruit. Je suis en plein milieu de Sapiens, qu’on m’avait offert l’an dernier, c’est passionnant. Je précise (je fais mon mendiant, à vot’bon coeur) que si vous voulez m’offrir un livre, c’est par ici que ça se passe et que ça me fait toujours hyper, hyper plaisir : 1) de recevoir un colis en ces temps troubles 2) de recevoir une surprise 3) d’ajouter un livre à ma pile. Je lis lentement mais je lis !

J’en parle encore mais que c’est étrange de rêver autant : quelle période vraiment passionnante pour tout remettre à plat. Hier soir, je me sentais très bien et j’ai traversé une vague de puissance morale très apaisante. Je me suis dit : et puis merde. Tu vas mourir mais pas dans la peur. Éclate-toi. Éclate-toi. Trouve ton plaisir maintenant. Demande à ton ange une petite lumière si tu ne sais pas par où démarrer mais éclate-toi. Tu as l’amour, tu as un toit, tu as un cerveau qui fonctionne bien, tu as encore pas mal la santé, tu as des amis, tu comptes les sous mais qui ne le fait pas désormais, tu n’es pas parmi les plus démunis alors éclate-toi. Et surtout, n’aie pas peur, bordel.

Et ce matin, je le pense toujours.

PS : j’ai assisté au tournage de ce clip et j’en avais même fait un making-of non-officiel. Années d’insouciance.

PS 2 : aller manger des tapas avec Lui à San Sebastian. Un jour.

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There are 8 comments

  • Magalie dit :

    J’ai lu et j’ai aimé. Comment fais tu, as tu fait pour ne plus trembler avec l’administratif ? Je n’y arrive toujours pas, je ne sais pas comment faire pour y arriver un jour…
    Merci pour ton article, il m’a fait du bien !

  • Sofy dit :

    Je rebondis sur ta parenthèse sur les gouvernants que tu ne veux pas accabler malgré les injonctions contradictoires, histoire de préciser la colère que j’évoquais en commentaire de ton précédent post. JAMAIS je n’accablerai quelqu’un qui reconnaît qu’il ne sait pas, que c’est compliqué et même qu’il s’est trompé… En revanche, je n’ai aucune tolérance pour l’enfilage de MENSONGES qui ont pour seul but de sauver la façade, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui. Il faut selon moi accabler la malhonnêteté et le manque de respect que nous offrent ces gens, au quotidien et sans ciller.
    Je suis tombée il y a quelques jours sur des textes qui traitaient de la différence dans la façon de s’adresser à ses citoyens entre Merkel et sa culture scientifique d’un côté (=> expliquer les faits à des adultes, se poser des questions) et Macron et sa culture d’énarque et banquier de l’autre (=> rassurer des enfants, préserver les apparences). Je caricature un peu le propos forcément, mais l’idée est là … sans compter que je n’ai personnellement aucune confiance en des gens qui ne sont simplement pas capables de dire « on a merdé, on va essayer d’être moins cons désormais » de façon sincère.
    [Et rien à voir mais ta photo d’ouverture me rappelle à quel point j’ai hâte de pouvoir revoir mon Atlantique chéri…]

  • fannoche dit :

    L’administratif me donne des suées aussi. Et pourtant j’ai été assistante qq années…
    San Sebastien ❤

    Merci pour tes billets,je t’embrasse

  • Séverine dit :

    Hier j’ai décidé que ce serait une journée pour moi! J’ai écrit, joué de la musique, chanté. Une journée lumineuse au milieu du reste. Ce matin j’ai rattrapé mon « retard » en bossant plus vite. Et là je reprends un moment pour moi, en venant te lire!

    L’administratif je pense qu’on y est tous allergique. Moins j’ai à faire avec eux et mieux je me porte. Si je ne me suis pas encore déclarée comme indépendante ce n’est pas pour rien! Failli en début d’année mais je ne le sentais pas. Intuition? Sais pas, en tout cas j’ai bien fait car déclarer une situation qui rapporte zéro (photographe et manager musical en temps de confinement, voilà voilà) m’aurait coûté bien trop cher par rapport à la situation actuelle. Et je ne gagne pas assez pour en faire tout un plat aussi. Je déteste me mettre en avant, ça m’arrange bien d’être derrière un appareil ou un groupe et je suis bien meilleure sans être sur le devant!

    J’adooore les backstage de clips et concerts! Merci pour ton lien, un délice à découvrir pour moi.

    Merci pour ton article qui me donne l’impression d’une nouvelle respiration chez toi. Je t’embrasse!

  • Muriel dit :

    Oh oui, la peur est le pire poison. C’est un aller simple pour l’enfer y compris quand on se trouve au paradis. Elle abolit le discernement, brouille les sens, ou du moins les met à son service, c’est le plus grand toxique qui soit à mes yeux. Pour autant, le savoir ne permet pas toujours de la dépasser ou d’en faire abstraction, je ne le sais que trop bien… Mais je sais aussi à quel point il est lourd de vivre en sa compagnie (est-ce encore la vie d’ailleurs, dans ce cas?) et je n’en veux plus non plus. Pas toujours facile de la tenir à bonne distance, non, mais nécessaire. Bon courage William !

  • Claire dit :

    Mais oui aller manger des tapas à san sebastian…

  • Sandrine de Versailles dit :

    Biarritz c’est joli aussi… mais San Sebastian c’est du high level. J’y ai adoré les bars cachés dans les petites ruelles et les glaciers où rester raisonnable était mission impossible…
    Ce temps hors du temps me permet de revoir mes envies, repenser à mes priorités, faire une pause.
    Et en parallèle je suis impatiente de retrouver le café en bas de chez moi où j’allais télétravailler en observant les autochtones du quartier…
    Prends soin de toi, et merci de partager.
    Je t’embrasse

  • Capucine dit :

    J’ai lu comme je te lis depuis…. la nuit des blogs ! (j’étais une jeune adulte je crois) et donc première fois que je m’adresse à toi. Pour te dire merci, ça me parle, toujours, quel que soit le thème, et toujours avec cette tension étonnante, je te lis dans l’urgence j’ai peur que ça disparaisse…

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