Livres Vie quotidienne
Sexe : pas de contrat, pas de boulot, point.
12 décembre 2012
15

Une éditrice me contacte :
– Nous aurions besoin de vous, je pense, on m’a donné vos coordonnées. Nous désirons sortir un livre au plus vite. Des nouvelles érotiques. 50 nouvelles érotiques. C’est le fils de XXXX, grande prêtresse de l’érotisme en France qui aurait du l’écrire mais il en est incapable. C’est catastrophique.
– Oui, hélas, le talent n’est pas héréditaire.
– Et donc nous lui avons diplomatiquement proposé de superviser le livre. Il ne touchera pas une ligne de l’ouvrage. Il sera co-auteur. Il paye, aussi. Aimeriez-vous relever le défi ?
– Oui, pourquoi pas ? Co-auteur, si ça l’amuse. Oui. C’est combien ?
– 3000 euros. 50 nouvelles de 1000 mots.

(Je calcule vite et me rends compte que ça ne va pas me prendre longtemps. Excellent rapport qualité prix. Why not ? Et puis je n’ai jamais écrit de nouvelle érotique…C’est fun…)
– Ok. J’accepte.
– Le premier thème imposé est “la cabine d’essayage”…Vous nous envoyez une proposition ? Nous vous donnerons 49 autres lieux.
– Ok.

Je raccroche. En dix minutes, je finis mon texte. Je leur envoie. Le voici :

La cabine d’essayage

 

Je mets moins de neuf minutes de la porte de mon bureau à la porte du magasin. Je sais que nous n’avons pas rendez-vous avant 13h15 tapantes, comme tous les mercredi, mais je ne peux m’empêcher d’arriver en avance, comme à chaque fois. Dans la vitrine, les mêmes promotions, comme toutes les semaines ou presque, les mêmes vêtements sans charme vendus à l’identique dans le monde entier et à l’intérieur les mêmes clients qui hésitent avant de descendre payer et d’être déçus, une fois le premier lavage en machine effectué.

 

Elle est à la caisse. Elle ne m’a pas encore vu. Sa collègue lui donne son badge puis descend se changer rapidement avant de quitter le magasin. Pause déj. Elle reste seule pour deux étages. Les clients passent de rayon en rayon. Elle sait qu’elle n’a que quelques minutes avant que l’un ne s’impatiente vraiment. Elle pose la pancarte «Caisse fermée» et me cherche du regard. C’est le signal habituel.

 

Nous remontons les marches quatre à quatre et trouvons une cabine libre, au fond. Elle relève sa jupe (elle porte toujours une jupe, le mercredi, je l’ai observée en cachette les autres jours). Elle ne porte pas de culotte. J’ai un peu froid mais je suis salement excité. Alors, comme d’habitude, sans même nous embrasser, je la pousse contre le mur, relève sa jambe en tenant son genou et la prend sèchement. Elle gémit. Ce n’est pas toujours agréable ni pour elle, ni pour moi. Mais nous continuons, à chaque fois. Depuis presque un an, déjà. Je la sens souffler contre mon oreille. Elle se tient à ma nuque qu’elle griffe. J’accélère. Je deviens brusque. Elle se raidit. Premier spasme. Vient alors le mien, violent cette fois-ci. Mes genoux me lâchent et je finis de jouir sur sa cuisse, en me retirant. Elle prend un vêtement qui trainait par terre et s’essuie rapidement, l’emportant avec elle vers le rez-de-chaussée. Je sors de la cabine, quelques minutes plus tard, devant une quadra stupéfaite. Je quitte le magasin sans me retourner.Je me souviens qu’elle s’appelle Cécile parce que c’est écrit sur son badge : elle ne connait pas mon nom.

Elles me rappellent le lendemain, ravies :
– Ok ! C’est parfaitement ça. On adore. On vous envoie le contrat. Le texte doit sortir début février, mettez-vous au travail le plus vite possible.

Nous sommes début novembre.
Mi-novembre, pas de contrat.
Fin-novembre, je reçois un mail de XXXX, le fils de, directeur de collection qui me relance :
“Toujours rien reçu ? Où sont les textes promis ? N’hésitez pas à commencer à écrire”

Agacé, dans le métro, sur mon iPhone, je lui réponds :
– J’ai un principe de base. A mon âge, je ne démarre plus aucun boulot sans contrat. C’est ainsi. Mais dès sa réception, les premières nouvelles vous parviendront.
Il me répond dans la minute :
“Bon départ, ma foi !”
Je lui réponds illico :
“Vu la teneur de votre réponse, ça ne partira nulle part, avec moi en tout cas. Bon voyage vers les contrées sexuelles. Je me retire de ce projet. Bonne chance !”.

L’éditrice me téléphone (elle était en copie des mails), consternée :
– Je suis désolé, il n’aurait jamais du envoyer ce mail…Les contrats vont partir, il a la main sur le chéquier…
– Et ça l’emmerde que je sache écrire, je sais. Mais non. Ca ne marche pas comme ça. J’ai la capacité, il a le fric. S’il veut son livre, il paye. Il y a dix ans, j’aurais commencé le bouquin en m’excusant d’oser demander un contrat. Maintenant, non.
– Nous sommes un peu pressées par le temps cependant.
– Ce n’est pas mon problème, excusez-moi. Pas de contrat, pas de boulot. Je suis super ferme sur le sujet. J’ai une vie simple, fluide : quand ça doit se faire, ça se fait. Quand c’est compliqué ou ambigu, ça ne se fera pas.
– Je vous promets que vous aurez vos contrats lundi.

J’attends.
Plus de deux mois se sont écoulés depuis le premier coup de téléphone.

Hier, une semaine après le dernier échange, dernier mail désolé de l’éditrice. Elle s’est fait planter par XXXX, qui renonce au projet. Subitement. Le même qui me pressait d’écrire mes textes, qui en avait besoin au plus vite. Comment cela se serait passé, pour moi, il y a quelques années ? J’aurais tout écrit, tout envoyé par mail, je n’aurais pas reçu de contrat ou de chèque et je me serais plaint, je me serais lamenté. Le livre serait sorti. Et j’en aurais parlé sur mon blog en maudissant le type, en le nommant, même. Beaucoup d’efforts et de colère pour un résultat minable. Et, peut-être, 3000 euros. Peut-être. Après avoir menacé et mis à exécution.

Je dis désormais “J’attends le contrat” quand on me propose un boulot. Et je ne fais rien sans.

Dans l’audiovisuel, sur les deux émissions dans lesquelles j’ai travaillé depuis juin (Le Ring, sur France 4 et Le Grand 8, sur Direct 8), mes contrats étaient signés avant même mon premier jour de tournage. Les pièces nécessaires étaient fournies (carte d’identité, carte vitale, RIB) et j’ai été payé à la fin du mois en temps et en heure. C’est donc bien possible. Pourquoi l’édition serait-il donc un monde à part ?

Savoir dire “Non” m’a pris 37 années. Plus rien au monde ne m’empêchera de dire “Non” à qui que ce soit.

Ma valeur n’est pas négociable.

Mon travail mérite un bon salaire et un contrat.

Je n’ai pas à choisir des projets (même amusants) qui sont d’un médiocre rapport qualité/temps/prix, en vrai. Mes mots sont ma richesse. Mon temps de cerveau disponible n’est pas à louer à des gens qui ne le respecte pas. Voilà l’enseignement de cette année 2012 qui s’achève et qui m’a vu devenir freelance.

Oui, je suis Freelance, je suis mon propre employeur désormais. Et si vous voulez de moi, après le premier café, les premiers mails, la première excitation du projet esquissé ensemble, j’attendrai un contrat. Et là, je vous donnerai le meilleur de moi-même.

J’ai tellement offert le meilleur de moi-même. Désormais c’est moi qui choisit quand je le donne ou quand je le facture. I’m not your bitch anymore, bitch ^^ !

Pour m’envoyer votre nouvelle érotique, c’est par ici…

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There are 15 comments

  • Hadda dit :

    un cadre clair, net, précis y a que ça de vrai dans tous les domaines de la vie

  • Manue dit :

    Sourire tendre à la lecture de ce qu’aurait été ta réaction il y a quelques années …
    Et bonheur, pour toi, de lire ce que tu as fait.
    Prendre toutes les commandes de ta vie c’est ce que je te vois faire depuis 6 ans que je te lis et il m arrive régulièrement de te citer en exemple, notamment à mes enfants …;)

  • pskl dit :

    Bravo ! Encore une fois en te lisant je me dis que si je veux je peux. Ton exemple est porteur.

  • Victoria dit :

    Oui tu as bien d’exiger un contrat, pas de pudeur non plus à avoir.
    Quant à ton texte tu en as écrit de meilleurs, l’érotisme hétéro à destination des femmes, oublie…

  • Olivier dit :

    Tu acceptes mal la critique William et pourtant, ton texte est une succession de clichés éculés. A l’évidence, on peut écrire au kilomètres mais produire de la qualité, c’est une autre paire de… manches 🙂

    • William dit :

      Mais j’accepte super bien la critique quand elle est constructive. Là, j’ai même pas dit “oui ou non”, j’ai dit Affaire de goût. En 1000 mots maximum, écrit en 10 minutes, sur un sujet imposé, je trouve que je m’en tire super bien et j’aime beaucoup ce texte pour ce qu’il est.

      Tu sais, c’est pas que j’aime pas la critique : c’est que je m’en branle, parfois. Quand j’ai besoin de conseils, je le dis. Quand je n’en ai pas besoin, les critiques ne me font ni chaud, ni froid, car elles n’influent pas sur un travail déjà effectué = mort, pour moi. La critique est vaine, le truc est déjà fini.

      Quand je suis en Work in progress, comme ce que je fais pour la télé, en ce moment, j’écoute énormément tous les retours.

      Je pense ne pas aimer spécialement la critique, comme tout un chacun, mais je suis le premier à en demander aux bonnes personnes quand j’ai besoin d’aide. Là, les éditeurs étaient ravis (les concernés, en tout cas) : que demande le peuple ? Je le redis, ce n’est pas de la littérature…

  • Victoria dit :

    Bah je suis avant tout une femme et je pense que c’est plus difficile que ça de faire une bonne nouvelle érotique à destination d’un public féminin..Après si c’est écrit pour des hommes, je ne sais pas mais pas sûre que cela suffise aussi.
    C’était juste un avis différent de ceux que tu as pu recevoir 🙂

  • Michel dit :

    Ca n’a rien à voir mais “La nouvelle star” revient sur ta chaîne préférée et toi tu ne dis rien? :-))
    A part ça, j’envie ton affirmation de toi-même mais il me faudrait une formation accélérée (37 ans c’est un peu long)

  • Un blogopathe dit :

    Première fois que j’interviens dans un de tes articles (mieux vaut tard que jamais il parait) pour dire que je l’aime bien, moi. La situation est claire, nette, posée et en 10 min et 1000 mots… Bah voilà quoi. C’est clean.

    Merci.

  • Mike dit :

    Quand on bosse dans l’audiovisuel, à part dans les très grosses boites, on signe rarement avant. En effet les contrats intermittents sont rarement près. Jamais eu de soucis. Dans l’édition c’est différent, pas du tout le même type de travail.

  • karine b dit :

    Très belle leçon de vie encore pour moi qui suis également dans ce work-in-progress…
    Les boîtes d’édition ne sont pas toujours très respectueuses en effet. Je suis moi-même éditrice et je dois me battre avec ma hiérarchie pour les choses se fassent dans un minimum de savoir-vivre.

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