Vie quotidienne
Solitude & Loneliness
29 décembre 2016
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C’est marrant, je crois qu’il n’y a pas d’équivalent en français au terme « loneliness » mais cet article illustre de manière définitive la différence entre les deux notions. Et je vous parle de ça car, après de long mois à essayer de respirer, à tenter de trouver de l’air dans les poumons d’un autre, à vouloir faire taire la petite voix qui me conseillait d’apprivoiser ma solitude, voilà enfin que je savoure depuis quelques semaines ma plongée dans les fonds marins, arrivant enfin à voir les coraux, la beauté du sable sous moi, propulsé dans le silence par mes petits mouvements de palmes, les bras le long du corps, les yeux dedans mon masque de plongée perdus dans l’immensité de la mer devant moi, sachant la surface à quelques mètres à peine si d’aventure je souhaitais remonter – mais je ne le souhaite pas – et prêtant peu attention aux poissons, petits ou gros, qui m’entourent.

J’avance à mon rythme. Je me laisse porter parfois par les courants chauds. Je m’écoute. Je me fais confiance. L’eau est limpide, en tout cas, la lumière du soleil en surface dessine de belles ombres mouvantes sous moi.

Il m’est arrivé une chose magique, il y a quelques jours. Un calcul. Dans la vésicule. Un gros calcul, je pense, vu la douleur (« vous n’avez pas encore réellement souffert tant que vous n’avez pas eu un calcul coincé quelque part dans le corps » je cite le médecin) lancinante, explosante, douleur occupant tout l’espace mental et physique que je pensais pourtant allouable en partie à d’autres tâches en temps de maladie (impossible de regarder la télé, de lire, de dormir, debout, assis, en marche ou au repos : tout en moi n’était que souffrance…). Aucun médicament avalé ne me calmait, aucune séance de méditation, aucune distraction, rien n’existait plus que ma poitrine en feu et cette barre de lave horizontale de vingt centimètres dans mon plexus.

Par un coup de chance / de karma, j’étais bien évidemment seul de chez seul et nous étions le 24 décembre, au fin fond des Landes. Pas de famille à proximité, pas d’amis, pas de voisin amical, non, rien, seule ma souffrance et moi qui me maudissait et jurait que si je m’en sortais, j’allais forcément changer quelque chose dans mon alimentation, putain. J’ai les bases. Je sais tout. Mais je préfère encore manger du bacon, de la pizza et des litres de coca zéro. Pourquoi ? Je ne sais pas. Pour me faire du mal. Voilà. C’est une réponse qui vous va ?

La première injection du médecin ne me fit rien mais la seconde, après quelques minutes, fit disparaître toute douleur (pour tenter de faire fondre un calcul dans la vésicule, essayez également 3 cuillères à soupe d’huile de noix et une bouillotte bien chaude sur l’endroit qui fait mal, une méthode qui  peut marcher hélas apprise un peu tard…)

Hôtel du Palais, Biarritz.

Plus-mal-du-tout.

C’est une fois rentré dans la maison vide, la porte fermée, les chaussures ôtées, assis sur le lit, que je me suis dit que j’étais bien. Que je me sentais bien. Que j’étais seul, certes, mais que j’avais pu compter sur moi depuis le début de la crise, sans l’aide de personne, que si la douleur n’était pas passée après le médecin, je l’aurais écouté et j’aurais pris la voiture pour aller comme un grand aux urgences, oui et alors, avec un livre et mon chargeur, mon casque pour écouter de la musique et j’aurais attendu qu’on me soigne, sans demander de l’aide sauf aux soignants autour de moi, car je n’avais besoin /envie de personne ou plutôt, non, j’avais seulement besoin/envie de moi et ça tombait bien : j’étais là pour moi.

Avec ce qu’il fallait de courage sans tomber dans l’inconscience non plus (allez quand même conduire une voiture avec un calcul dans le tuyau, allez, quand le médecin ne se déplace plus…mais plutôt mourir que de demander une ambulance), d’égoïsme et de mise en scène 2.0 pour m’épancher sur Facebook que ça allait moyen – mais ne venez pas me faire chier non plus avec vos SMS, c’est bon, je gère – et au final, après une nuit à dormir comme une bûche, un matin comme tous les autres mais tout peut changer aujourd’hui et le premier jour du reste de ta vie.

Laetitia, ce soir, par messagerie :
Oui.
Mais je me sens très, très bien.
Seul et très, très bien.
Seul.
Et
Très,
Très,
Bien.
En fait, Laetitia, je reviens à ma vie.

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There are 11 comments

  • Sophie dit :

    Happy loneliness 2017 to you !!! Je suis contente pour toi !

  • Laure dit :

    Chemin différent mais même conclusion. Petite chaire de poule en lisant ton texte. Merci William.

  • kath de Belgique dit :

    Loneliness
    1. Loneliness is a painful, negative state.
    2. It is where we feel alone, and cut off and estranged from other people. Thus, we may feel as if we are excluded, unwanted, unimportant or unnoticed.
    3. We can be surrounded by people we know and love and still experience feelings of intense loneliness.
    4. Loneliness feels like punishment or rejection. It is rooted in a sense of deficiency or inadequacy.
    5. It is something that depletes us, and is imposed on us.
    6. Loneliness can lead to self rejection, and even to self loathing and despair.
    Solitude
    1. Solitude is a positive state.
    2. It is where we are perfectly happy to be by ourselves, and relish and enjoy our own company.
    3. Solitude can help us get in touch with, or engage with, our true self. It allows us to reflect on ourselves, others, our life, and our future.
    4. Often, solitude is a springboard to greater self-awareness, greater creativity, fresh insights, and new growth.
    5. Solitude is something we choose. It is something that restores and builds us up.
    6. Solitude grounds us in who we are – and that enables us to reach out and give to others

  • kath de Belgique dit :

    Le français n’est que ma troisième langue, du coup, j’ai recherché dans ma seconde langue (l’anglais) la meilleure définition de la différence entre les deux termes. Celle proposée (et tout à fait subjective) est celle de Hannah Arendt (qui s’est longuement épanchée sur le sujet) . Courage et welcome back to your own life !

  • voilà une étape importante. Oui c’est comme un retour à soi-même.
    Je suis plutôt de nature solitaire. Mais je me suis cassé le bras le 2 janvier , juste après avoir déménagé dans un appart aux travaux pas finis. Urgences et opération à gérer seule. Ensuite on ne peut pas trop compter sur les amis, tous très occupés, même si de bonne volonté.
    Pour autant je me débrouille sans regrets pour ma solitude.
    L’isolement c’est une autre histoire. Je n’étais heureusement pas toute seule à la campagne….
    Bon 2017!

  • Rodolphe von Todstadt dit :

    C’est rigolo, mais j’ai toujours été assez ému par tes textes, quand je les pensais sincères. Cela pouvait arriver, et c’est le cas cette fois-ci. (lis trois fois cette phrase avant de t’énerver).
    On a été très cruel avec moi ces derniers temps : l’égérie de la blogosphère susnommée dans un ci-devant commentaire m’a ressorti tout le blog RvT, pourtant brûlé/erased sur le bûché des vanités. Merci la mémoire éternelle d’Internet. *cough*
    Je me suis pris tout cela en pleine g* (bouille). J’ai osé écrire des choses comme ça :
    « Par où commencer. Par les yeux peut-être. Nous avions tous trois les yeux bleus. Mais d’un bleu si différent : d’une mélancolique opacité de lac pour l’un, distillant la gène, le soupir, le tortillement de doigts ; clair et chantant comme l’eau du torrent pour l’autre, imposant le sourire, la soif de grand air et les jeux de chenapans pour l’autre. On me parle des miens, on y lit des choses, que mes guignolades ne masquent en rien ».
    Et là, attention mon cher Ron, j’ai un scoop : il faudrait que tu arrêtes de penser à toi, et t’intéresse, un rien, aux autres. C’est la clé du (de ton) bonheur. Crois-en un bon chrétien.
    En même temps, ce que j’en dis, hein…
    Gros bisou.
    Rod.

  • Rodolphe von Todstadt dit :

    PS. La dernière phrase de ton texte est de trop.

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