Musique
Mais ce n’est que Richard Gere
22 avril 2020
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J’ai réalisé depuis quelques mois que John Lennon ne représente absolument plus rien pour les jeunes actuels et que Paul McCartney brille de ses derniers feux, vocalement diminué depuis quelques années (il a commencé par avoir des baisses de régime en concert, puis la voix est devenue chevrotante en permanence, il a 77 ans) même si son dernier – et excellent album – s’est classé numéro 1 des Charts US. Cela ne lui était pas arrivé depuis plus de vingt ans.

Oui, on nous rabâche que les jeunes écoutent toujours les Beatles ou que les vieilles générations passent le relais aux plus récentes en leur faisant découvrir les best-of mais la vérité est là : les Beatles ne veulent plus rien dire à une immense majorité de personne car les années à la mode, maintenant, ce ne sont plus les années 60 mais les années 80. On est passé d’une génération à une autre et je le vois dans les séries TV que je regarde (comme Tale of The Loop) ou dans des films, ce qui excite, ce sont les années 80, les looks, les sons, l’imagerie. Les 60’s, ça plaît encore aux gens qui ont plus de 40 ans car c’est leur madeleine à eux. Mais la génération d’après est sur les 80’s. C’est mathématiquement et sociologiquement normal, d’après ce que j’ai lu sur le sujet. « C’était mieux avant… » et moi, je regrette les années 90 :p

Les Beatles se sont séparés trois ans avant ma naissance et quand je les ai découvert (vers 1990), cela faisait déjà vingt ans. C’était encore tout frais, quoi. 20 ans, ça passe si vite. On venait d’ailleurs à peine d’éditer leur catalogue en CD pour la première fois, chaque sortie de « nouvel album » durant les années 90 fut considérée comme un évènement (considérons qu’Imagine John Lennon, le documentaire de 1988 mêlant pour la première fois images des Beatles puis de la carrière solo de Lennon marque la première étape d’un puissant revival d’une grosse quinzaine d’années). Le Live @ BBC, en 1994, est un évènement mondial qui vient tâter l’eau du bain, histoire de voir si les foules sont prêtes à consommer du Beatles autrement, même en qualité audio dégradée, même en version live de titres existant déjà en album. C’est un grand oui. Dans la foulée, en 1995-96, trois doubles CD’s reprenant les pistes « inédites » sont édités et le premier explose tous les records de nouveau, même s’il est très inférieur aux deux volumes suivants. Un « nouveau » titre du groupe est proposé, puis un second et c’est un évènement radio, télé, presse. Le monde entier ne parle que des Beatles. C’est le chant du cygne.

Je situe la fin de cet âge d’or à l’arrivée du téléchargement illégal et celle, moins remarquée, de Youtube. En quelques années, à la fin des années 2000, ce qui porte le nom Beatles attire de moins en moins de monde. Leur musique est disponible illégalement partout, ce qui les rend moins précieux et leurs « inédits » sont même offerts pour rien sur Youtube, alors qu’ils étaient vendus encore 250 francs en bootleg dix ans plus tôt. La pop disparaît peu à peu des Charts Américains, remplacée par le rap et et r’n’b : la mode s’est déplacée.

Paul continue à sortir des albums, régulièrement, plutôt bons (il n’a pas réellement raté de LP depuis…1986 !) mais son dernier single numéro 1 remonte à 1982 (Ebony & Ivory). George est mort, son catalogue, un temps remué par la famille, prend plus ou moins la poussière, il faut avouer qu’à part son premier triple album (exceptionnel), la suite n’est pas toujours bien glorieuse. Yoko Ono a remastérisé, repackagé et même remixé toute l’œuvre solo de John de manière assez compulsive depuis son décès mais tout cela n’a pas grand intérêt, dans le fond. Un best-of suffit largement. Son « Double Fantasy » épuré, remis au goût du jour, est une aimable curiosité, pour rester poli. Écoutez par vous-même.

Ringo continue à faire du Ringo, il sort des albums qui se ressemblent tous plus ou moins, dans l’indifférence (et la bienveillance) générale. Paul est en tournée depuis 2002, non-stop, au fait. C’est spectaculaire :

Source Wikipedia

À l’automne est censé sortir un « nouveau » film des Beatles, la version « intégrale » de Let It Be, réalisée par Peter Jackson (le Seigneur des Anneaux), Let It Be étant leur dernier album dont les répétitions furent filmées : la version cinéma de 1970 montrait un groupe rempli d’amertume en train de se désintégrer. Nous sommes en 2020, cinquante ans plus tard, et je me demande bien qui va aller voir ça, qui veut encore en savoir plus sur les Beatles et si tout cela est bien utile. J’ai été très, très fan (je le suis encore de Paul) et j’ai acheté des dizaines de livres très onéreux sur le sujet, des dizaines de cd’s, j’ai payé ma place pour toutes les tournées de Paul en carré Or depuis 2002 mais, franchement, que reste-t’il de tout cela ?

Je sais que mon billet du jour est un peu décousu, je parle de ce que je ressens, de ce que j’ai compris, des chiffres de vente et des articles de magazine qui se réduisent comme peau de chagrin sur ce sujet. En fait, quelque part, une fois de plus, je ne parle que de moi : le temps passe et fane même le génie des quatre garçons dans le vent ; ça me rend triste. Je n’ai plus d’idoles à admirer, je ne frémis plus sur une sortie de disque ou de film de « mon groupe à moi ». Je m’en fous un peu.

D’ailleurs, je crois que je me fous un peu de tout, maintenant. Est-ce donc cela, vieillir ?

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There are 12 comments

  • Pierre K dit :

    Ce qui m’a marqué lors du dernier concert estampillé « Lady Gaga » « At home », c’est que 1- Il a massacré Lady Madonna comme s’il avait autre chose à faire et surtout 2- sur le dessus de son (Harmonium ? Orgue Hammond ?), il y avait ses 2 prothèses auditives qui trônaient.

    Alors oui, comme tous les artistes de cette époque (et d’autres plus récents comme Sting), il est sourd comme un pot, il a bousillé ses cellules cilliées en ne se souciant pas du volume sonore ou du retour… mais Paul McCartney pesait moins en terme d’audience que les Stones pourtant ridicules (On en parle des instruments qui ne sont pas à l’écran ? Des fausses notes de Keith Richards ? Du « Air Batterie » de Charlie Watts ?)

    Comme toi, je suis un peu triste de voir cet homme devenir juste une madeleine de Proust pour nous et juste un homme vieillissant qui ne passionne plus les foules.
    Alors imagine (no pun intended)… « Et si en plus y’a personne »…

    Courage William

  • estèf dit :

    Non non, en vieillissant on ne se fout pas nécessairement de tout, on prend de la distance, juste.
    Moi j’ai détesté les Beatles quand mes grands frères écoutaient en ennoyant de fumée la maison. Et puis j’ai beaucoup aimé plus tard et je trouve que ça a pas si mal vieilli, ma tête brune écoute beaucoup les reprises de je ne sais plus qui.

  • Valérie de haute Savoie dit :

    Je me souviens de ma sidération lorsque John Lennon (perdu pour nous depuis qu’il était parti avec Yoko Ono ) a été assassiné. Je suis plus âgée que toi, mais ma découverte des Beatles date aussi d’une époque où ils n’étaient plus ensemble. Mais puisque c’était très récent, je les ai découvert en 74 je pense, nous espérions tous qu’ils se remettraient ensemble, malgré tout.
    J’aime toujours les écouter, cela me ravive un temps mon adolescence. Je n’ai pas suivi la carrière des solos ensuite, très vite j’ai plus écouté Patti Smith, Eno, Brian Ferry, Lou Reed and co. Je crois que j’ai découvert la carrière de Paul en te lisant
    Moi curieusement, j’ai réalisé que j’avais pris un coup de vieux quand je me suis ennuyée en lisant Cosmopolitan A y’est me suis-je dit, je comprends ma mère qui s’étonnait que je lise encore cela, alors qu’elle avait arrêté depuis quelques années de le faire.

  • Sandrine de Versailles dit :

    Les Beatles ont bercé mon enfance (merci Papa) et étant nulle en chant, la seule berceuse que j’ai pu murmurer à l’oreille de mes enfants étaient Norwegian wood. Et cela a fonctionné des années durant, ils sont même capables de la chanter, incluant toutes les variations que j’ai pu y apporter.
    Les Beatles seront toujours les Beatles, no matter what.
    Take care.

  • M dit :

    Je ne dirais pas que les Beatles ne veulent plus rien dire aujourd’hui, en tout cas pas pour moi qui les écoute toujours quasi tous les jours et qui m’émerveille toujours autant des chansons. Je les ai découverts dans l’enfance, alors que Lennon était déjà mort depuis plusieurs années.

    D’ailleurs dans mon quotidien, c’est loin d’être éteint. Un disquaire à côté de chez moi (plein Paris) a toujours des gros pvc de Sgt Pepper et Abbey road en vitrine. Sur instagram plein de comptes balancent quotidiennement photos, vidéos, et entretiennent la flamme. J’ai découvert récemment que mon voisin du dessous a plusieurs affiches des Beatles chez lui. Je n’ai pas encore eu le temps de faire le tour de toutes les biographies, je viens de découvrir le site beatlesebooks.com. Je sautille encore de découverte en découverte !
    Avec tout ça perso, j’ai l’impression que John est toujours là, en dehors de la musique tout ce qu’ils avaient fait « pour la paix » avec Yoko reste hyper inspirant encore aujourd’hui, si on creuse un peu et qu’on passe outre le côté bizarroïde du bed-in par exemple.
    Je laisse tout ça s’infuser dans mon quotidien, au jour le jour.

    Donc je n’en suis pas du tout à me dire que tout fâne…

    Les écouter reste un bon remède anti morosité et si on n’en est plus là, se souvenir que tout est cyclique. Après la grisaille revient le soleil, toujours.

  • flo dit :

    J’ai vu récemment une émission Carpool Karaoké avec Paul Mac Cartney et j’ai eu un sacré coup au moral. Ca faisait longtemps que je ne l’avais pas vu et j’ai eu une grande tristesse tout au long de la diffusion. Trop de nostalgie… Moi c’était Bowie, c’est dur quand on est fan et qu’on voit son monde musical et culturel s’écrouler. Parce qu’outre la musique, je le suivais sur à peu près tout, faisant partie du Bowie Book club. Peu de survivants de cette période bénie ( Lou Reed,The Ramones,Blondie, Iggy Pop) mais il y a peu en écoutant les reprises , hommages faits après son décès, je suis tombée sur un groupe anglais que j’adore ( the Struts) . Et de fil en aiguille, c’est reparti. Je trouve de nouveaux groupes, The Temperance Movement , Vintage Trouble, etc.. Mais je tremble toujours quand j’entends à la radio une diffusion d’un groupe, chanteur un peu âgé… je retiens mon souffle en appréhendant que ce soit un hommage…

  • Chaton dit :

    Quand j’étais jeune je ne comprenais pas pourquoi les « vieux » ne « voulaient » écouter de la nouvelle musique. Aujourd’hui, je vieillis et je comprends un peu mieux, même si à 31 ans on continue d’écouter des trucs très actuels évidemment. Chez moi c’est une obsession: je veux savoir ce qu’on écoute, prendre le temps de décrypter, apprécier dans un objectif en fait, rester connectée à chaque génération. D’ailleurs c’est assez difficile, je n’arrive pas à suivre tellement les musiques sortent rapidement. Et je te confirme que ma génération est obnubilée par les années 80-90, pour ma part ça a commencé à mes 17 ans (15ans déjà…) on saute de générations. C’est fou. La musique c’est fou. Ces changements sont fous. Merci pour ce billet.
    Love ♥️

  • Caro.B dit :

    Moi j’aime bien les Beatles, même si je ne connais pas les subtilités ni tous les albums. Mais ça fait partie d’un « patrimoine musical » et j’aime que ma fille de 14 ans fredonne « imagine » assez souvent. Malgré tout ce qui s’offre à elle en matière de choix musical, elle n’est pas complément passé a côté. Je trouve ça chouette..

  • tallulah06 dit :

    William on a le même âge (j’ai vérifié !) et les Beatles ça ne veut absolument rien dire pour moi. Bien sûr je connais les chansons les plus connues mais ça m’évoque un son très viellot et je me représente beaucoup mieux dans les années 80 époque de notre adolescence je passais mon temps libre à écouter de la musique, NRJ, top 50 etc.

  • Fabulous Fabs dit :

    Pareil que Tallulah06, les Beatles ne représentent rien pour moi, trop vieillot.

    J’avais 16 ans en 1980, parle-moi de David Bowie: Heroes, Let’s Dance, Fashion. Parle-moi de Kraftwerk, PSB, Depeche Mode, The Cure, The Smiths, Joy Division, New Order. Ça, ça vient me chercher!

  • Fred dit :

    J ai rêvé ? Ou j ai lu un article sur ton passé professionnel ce week-end? Que je voulais relire et pfttt plus rien!?

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