Vie quotidienne
Tous ces jours sans toi et autres pensées du matin
25 octobre 2012
13

Je comprends mieux cette phrase de Paul McCartney, maintenant, sur le couple, quand il chantait dans « We were married » « It’s not just a loving machine, it doesn’t work out if you don’t work at it ». Oui, un couple ne dure que par les efforts mutuels. Les efforts tout court. Oui. Je n’ai jamais été très doué pour aller courir tout seul dans le bois au petit matin. Pardon.

Je suis entre deux phases, en ce moment. J’apprends plein, plein de choses sur l’écriture d’un scénario, de façon empirique. J’ai voulu escalader la montagne seul, sans matériel et, évidemment, arrivé en altitude, il me manque un piolet ou des lunettes de soleil. J’ai beaucoup de chance : je croise des gens qui descendent ou qui bivouaquent. Ils me donnent du matériel, des conseils de baroudeur et je repars vaillamment.

L’écriture d’un roman n’a strictement rien à voir avec celle d’un scénario. Mais alors, rien.
Déjà que je n’ai pas fait « l’école du livre » (ça s’apprend en atelier d’écriture, il paraît, comment on fait un roman) et que je ne voulais surtout pas lire un scénario, par superstition. Je dois donc me fier à mon instinct, à mes limites, à mes pauses et à mes rencontres pour avancer. C’est passionnant.

Je vous donne deux exemples. Julie, une productrice, me glisse, dans une conversation :
– C’est très vivant, ce dialogue. On sent bien que tu passes de l’un à l’autre sans problème. La clef est là : il faut changer de voix intérieure quand tu fais parler un personnage. Tellement de scénaristes n’ont qu’une seule voix. Leurs personnages parlent tous de la même manière. Forcément : il n’y en a qu’un seul dans la tête du créateur.

Robin, un scénariste, m’éclaire soudain sur un autre point :
– Demande-toi, une bonne fois pour toute, avant d’écrire tes scènes, quelle est la relation entre tes personnages ? Comment ces deux-là se connaissent ? Comment se jaugent-ils ? Ont-ils un passé sexuel ? Que sont-ils l’un pour l’autre ? Quel est leur lien ? Cela va définir le niveau de vocabulaire employé dans leurs échanges…et le niveau d’intimité crédible.

Et hop, un piolet, et hop une paire de lunettes de soleil.

En plus, ce que je ne vous dis pas, c’est que j’écris une série transmedias sur le sexe. Et transmedias, c’est tout nouveau, tout chaud, on pond presque les règles au fur et à mesure, il y a peu de gens encore qui définissent le support. C’est pour ça que je m’y suis collé. Je ne comprends pas très bien ce besoin en moi d’aller en permanence sur des terrains vierges ou peu explorés : peut-être que ma fainéantise ne supporterait pas de lire les guides de voyages établis par d’autres. J’ai toujours eu besoin d’avancer dans le noir pour comprendre, apprenant mille fois plus vite de mes erreurs ou en posant des questions de terrain. Je ne peux pas visualiser, mentaliser, intégrer un espace professionnel quand on me le vend sur papier, quand on tâche de me l’expliquer à plus de trois mètres de son emplacement réel. Le jeu va commencer, on tente de m’expliquer les règles : oui, oui, oui, allez jouons, on verra bien après. C’est une méthode comme une autre.

Je me suis attaché immédiatement à Charlotte, un de mes personnages, qui est lieutenant de police. Je pourrais vous en parler des heures. D’ailleurs Robin me l’a dit :
– Elle existe, elle. Tu sais parfaitement la faire vivre. Tu pourrais écrire n’importe quoi avec elle dedans, une scène de vente à la criée ou un cours de couture au crochet, elle sonnerait juste. Tu l’as dans la tête.

Oui. C’est bizarre, non, ces gens qui m’accompagnent dans mon périple et qui, un jour, déboulent sur du papier et prennent vie, immédiatement.

Mathieu m’a agacé car j’ai vu tellement de choses et tellement de potentiel et tellement d’erreurs qu’il commettait : je me suis vu.
Je ne suis pas méchant mais je me ferme comme une huitre quand je sens que les gens peuvent me blesser dans les relations, quand je vois que je n’arrive pas à communiquer avec eux. Je les vire donc des réseaux sociaux, non pas parce que je leur en veux, je n’en veux à personne, mais parce que je n’arrive pas à les voir parler normalement à d’autres et pas à moi. Cela m’est insupportable, cet échec. Je sais, je devrais travailler dessus.

Mais, pour Mathieu, je me suis souvenu de ça et j’ai donc donné son nom à quelqu’un qui cherchait des gens rares.

Ce n’est pas parce qu’on ne peut pas communiquer tous les deux qu’il doit en faire les frais. Il y a peut-être une raison à cette impasse. Le talent est rare. Il faut donner les noms des gens qui en ont, qu’on les aime ou pas. En tout cas moi je le fais.

On touche au sublime, là, avec John Barry, sur ce thème.

Je viens de finir deux bouquins que je vous recommande.
Accélération : Une critique sociale du temps de Hartmut Rosa et Didier Renault

Et La constitution de l’Europe de Jürgen Habermas et Christian Bouchindhomme

Avant-hier, la dentiste a travaillé une heure sur ma dent (UNE HEURE) sans gaz. L’anesthésie avait pris.
J’ai détesté, bien sûr.
Mais je n’ai rien dit.
Je l’ai embrassée et prise dans mes bras en partant.
Je n’avais rien senti.

J’ai vu Stars 80. Les fauteuils de l’auditorium chez TF1 sont super confortables. Jean-Luc Lahaye et Thomas Langman introduisaient le film.

Et, plus tôt, le midi, j’étais chez Fred & Farid, qui ouvraient un bureau à Shangaï

J’ai vécu un moment Bridget de plus. Alors que le film, sur l’écran, présentait les premiers pas de l’agence en Chine, je ne cessais de remarquer un beau brun, à l’image. Me penchant sur la jeune femme à ma gauche, je lui murmure :
– C’est qui le brun tout mignon, là ?
Elle rit nerveusement et me dit « chut »
J’insiste :
– Non mais sérieux, c’est qui le brun tout mignon, là ?
Elle, placide :
– Ok. C’est le directeur financier. Et il est à 12 cm de toi, sur ta droite.

Je tourne la tête. Indeed he was.
La personne à ma droite, un verre à la main, fixant l’écran.
Je me suis dit que j’avais vraiment l’art.

J’irais bien à Lille, la semaine prochaine.
Je sais pas.
Je le sens bien.
Je sais pas.

« Tous ces jours sans toi » est le seul de mes livres disponibles en numérique. L’ironie, hein ?
La critique du lecteur sur Amazon est très, très juste. Mais les 30 premières pages sont super, sinon 🙂

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There are 13 comments

  • Lo dit :

    Oué, viens à Lille, c’est froid et humide, mais c’est chouette. Et puis il y a une maison à l’envers à visiter en ce moment.

  • Céline dit :

    Je rebondis juste à ça:
    « Je comprends mieux cette phrase de Paul McCartney, maintenant, sur le couple, quand il chantait dans « We were married » « It’s not just a loving machine, it doesn’t work out if you don’t work at it ». Oui, un couple ne dure que par les efforts mutuels. Les efforts tout court. »
    Pour moi, c’est une chanson des Rita, que je vous chante tout de suite allez zou!
    « Mais l’amour c’est du taf et ça s’travaille, pour que ça dure toute la vie, pour qu’il pétille de beaux bruits… On est responsable du feu qu’on a allumé, responsable du feu qu’on doit garder, tout au long, tout au long des années responsable du feu qu’on a allumé, dans les cimes ou dans la mine c’est lui qui nous mène même le week end, faut savoir rester aux aguets car on n’change pas d’prince comme on change de canapé, on n’change pas d’prince comme on change de canapé…
    (En plus, par écrit je chante juste, ça tombe bien!!!!)

    🙂
    Céline

  • Hadda dit :

    le passage sur matthieu je le comprends mais en fait je me suis rendue compte que y a que moi qui met un frein, c’est l’enjeu que je mets qui enraille la machine, depuis ça va mieux

  • zibeline dit :

    Merci de raconter le moment Bridget, j’aime rire !

  • elodie dit :

    Oh oui venez à Lille William, j’aurais peut être la chance de vous croiser , qui sait ? Mais timide comme je suis , je doute fort que j’aille vous aborder…

  • Snail87 dit :

    Tu n’as pas parlé de la sortie du bouquin de Yannick Lejeune « TIC 2013, les nouveaux temps réels ». Je pensais te voir au lancement, mardi dernier…

  • Jalila dit :

    ah ah priceless ce moment Bridget … . 😉

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