Vie quotidienne
Tu aimes perdre ton temps ? Et ton énergie ?
27 novembre 2012
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Souvent les gens me disent :
– Mais comment arriver à pardonner ?

Je n’ai pas la réponse (ou plutôt si, je l’ai, mais elle est infiniment plus complexe que la question : il faut simplement envoyer tout l’amour qui n’a pas été donné) mais j’ai une solution. Personnellement, je considère que détester, en vouloir ou ne pas pardonner (à son ex, à ses parents, etc.) mobilise une énergie mentale et une force physique que je n’ai pas et dont j’ai besoin sur des projets autrement plus constructeurs.

Maintenant, je remarque régulièrement que les gens qui ne veulent PAS pardonner ont besoin de ce frein à ronger, de ce chewing-gum douteux dans la bouche à mâchonner : le ressenti contre l’autre est devenu une telle habitude qu’on ne le remet pas en question, il est là, il occupe l’espace mental et j’ai envie de dire qu’il s’y trouve plutôt bien installé, avec ses pantoufles. C’est l’arbre qui cache la forêt : en vouloir à son père facho, violent et borné, comme me l’a raconté Marina la semaine dernière, ça permet de ne pas changer cette relation conflictuelle depuis quarante ans. Il reste à jamais ce vieux con avec qui on ne peut pas parler et moi cette petite fille frustrée de ne pas avoir le père que je pense mériter.

Au niveau karmique, pourtant, ce père, je l’ai choisi (on choisit ses parents avant la naissance) et il est là pour me faire dépasser un obstacle, un élément de ma vie que j’ai devant les yeux et qui pourra, au choix, soit m’obstruer le paysage jusqu’à ma mort, soit constituer la nouvelle marche sur laquelle je vais poser le pied et m’élever. J’ai la possibilité de le faire, j’ai les deux options. Je suis libre.

Ce qui est caché dans cet affrontement et dans le refus de le dépasser, c’est la peur. La peur. Comme d’habitude. La peur pour la fille de montrer à son père que, derrière sa pudeur, elle est capable de l’aimer même si elle est plus intelligente que lui (ça arrive, c’est la vie, les enfants dépassent parfois les parents) et la peur pour le père que le changement de relation, en gros passer du conflit à la discussion, apporte la destruction de cette relation. Pensée folle : mieux vaut s’engueuler, au moins on connaît, que changer et tenter l’apaisement/l’amour : pax romana, terre inconnue.

“Si je dis à mon papa que je ne crois plus au Père Noël, je n’aurai plus de cadeaux.”

Non.

Cela ne se passe pas comme ça, heureusement.

Le conflit est plus primal que l’amour. C’est bizarre mais gueuler peut m’apaiser plus (et me mettre plus près de mon partenaire) que d’embrasser.
C’est peut-être parce que j’ai vécu plus d’années dans le conflit que dans l’amour.
Ou peut-être parce que l’amour demande, comme la critique positive, comme la parole empathique, comme la relation adulte des efforts et des neurones.
N’importe quel con peut hurler et se battre. Mais quelle énergie dépensée pour si peu de lumière : un peu comme ces vieilles ampoules.

Cela demande de l’intelligence de savoir aimer l’autre tel qu’il est.
Mais ça détend tellement plus, sur le moyen et long terme…
Et on a tous envie de détente, non ?

1721 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 3 comments

  • Paulard dit :

    C’est extrêmement juste !!! Il faut certes parfois faire un effort pour aller vers l’autre (pour pardonner, pour discuter) mais il est parfois beaucoup plus facile de ne pas faire cet effort et de rester sur sa position, quitte à en devenir amer et aigri, j’aimerais tellement que certaines personnes de mon entourage qui sont dans cette situation ait conscience de ça.

  • dominique dit :

    Si vrai…si difficile aussi…A méditer.

  • cvrin dit :

    Il m’a fallu un moment pour y arriver, accepter et passer ce stade. Ma mère, et bien, elle me fait ni chaud ni froid maintenant. Je suis là grâce à elle, merci et au revoir. Passer à autre chose m’a fait un bien, mais un bien!!!
    Par contre j’arrive moins à appliquer ailleurs, comme au travail. Il faut que j’en change ce sera plus simple aussi.
    Merci pour tes articles William, toujours aussi enrichissants!

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