Musique
Tu es la star
29 avril 2013
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Tu es la star, tu es méga lookée de fringues que je ne trouverai jamais dans mes boutiques habituelles, tout le monde te repère à cinquante mètres, tout le monde sait que tu es une star, que tu n’es pas comme nous, tu as des ongles longs, une taille parfaite, honnêtement tu es sublime, ta peau resplendit, tes cheveux sortent d’un conte de fée, tu as des talons immenses, les journaux ne parlent tous que de tes lèvres mais ils oublient de nous raconter le reste, tout en toi respire Hollywood, Lauren Bacall, la légende, les photos en noir et blanc et les remises de prix en robe de soirée avec d’autres stars comme toi, c’est bien simple, quand nous sommes à côté, tout le monde comprend que tu ne vis pas dans la même dimension, tu es si décalée dans ma vraie vie, tu sembles si fragile, comment ferais-tu si je t’emmenais dans le métro, juste toi et moi, tu ne survivrais pas.

Je te vois au loin, dans ta loge, mais je n’ai pas encore eu le droit de te saluer, tu es entourée de plein de gens qui me disent que je dois attendre pour te parler et qui te préviennent que je suis là et tu arrives, prévenue, officiellement, alors que tu m’as déjà vu du coin de l’œil, tu me serres la main avec un grand sourire. Tu me demandes si je vais bien, tu es américaine, tu as fait ça toute ta vie, tu sais parfaitement comment te comporter, tu vas te donner à moi entièrement pendant vingt minutes comme si nous étions les meilleurs amis du monde et d’ailleurs je commence à le croire, que tu es spéciale avec moi, que je suis différent des autres, que je suis meilleur qu’eux, un Million Dollar Man, oui, naïvement je le crois tellement tu es habituée à l’exercice. Tu me laisses tout stager et sembles heureuse de poser la tête en bas pendant que derrière moi ton manager, ton label, ton assistante, ton agent, ta meilleure amie, tout le monde est passé derrière la caméra pour vérifier que l’angle était flatteur mais comme j’ai du bol il l’est et comme mon cadreur est top il a posé sa cam’ au meilleur endroit pour toi. Tu es patiente, tu attends le micro et puis soudain tu l’as et je te demande check micro et toi tu t’exécutes parce que tu es américaine :
CHECK MICRO ONE TWO ONE TWO et tu le fais plein de fois plein de fois.
Alors qu’un Français saurait pas quoi dire et serait déjà excédé de checker un micro.

Je pose ma première question et tu t’emballes direct comme si tu n’avais jamais entendu mille fois cette question, sur tes origines, le buzz fou, le clip réalisé avec trois francs six sous, l’histoire de ton tube phénomène de 2011 qui a enflammé la planète et puis cette collaboration avec Rouge Trois pour le nouvel album et puis le clip (formidable) et le réalisateur (formidable) et puis le lieu du tournage (formidable) et je me souviens soudain que tu es américaine, oui, c’est un peu lisse, j’attends ma petite phrase pour buzzer, tu me comprends, hein. Je te coupe et envoie une question plus gênante, tu la vois venir, tu es forte, tu réponds en bottant en touche et en ouvrant le sujet sur autre chose et je tombe dans le panneau, bien sûr, je te laisse parler, tu lâches une plaisanterie car tu sais qu’elle est plus forte que ma question précédente et qu’au montage je la garderai forcément. On me tape sur l’épaule, il faut aller dans la rue, c’est mon idée, ils ont dit oui. Tu fais semblant de ne pas être nerveuse mais tu sais que ça peut éventuellement dégénérer. Les fans sont en nombre devant la salle, cent mètres plus loin.

Avec un micro cravate et un micro à la main, trois caméras mobiles sur toi et moi qui marche à reculons devant toi, sans même regarder où je vais en te posant des questions débiles sur ton rapport aux fans français (“formidables“) (mais c’est ma question qui est débile, je sais même pas pourquoi je te la pose, pardon, je m’en veux d’être aussi cliché, j’aimerais te questionner sur des sujets plus intéressants mais on n’a pas le temps), tu avances comme si personne ne te regardait alors que nous sommes attends laisse moi compter 14 à te regarder t’extasier devant un grand couloir rouge sans rien dedans, une moto au mur, à un moment, si, un grand couloir rouge emmenant à la sortie. Tu fais la visite à voix haute, tu trouves toujours quelque chose à dire, c’est magnifique de professionnalisme, on est tellement loin de la musique, de ton travail, de ta passion, juste tu parles d’un couloir que tu traverses comme si cette simple scène pouvait apporter des frissons aux gens. Alors que ton disque… Ton disque, woah, ton disque. Mais ton disque m’a chaviré, vraiment. Comment te le dire simplement ? Pourquoi on se dit pas juste ça, d’ailleurs ?

On arrive à la porte, on dépasse la guicheterie. Ça y est. On est dehors. Off To The Races. Ils discutent tous entre eux, ils sont là depuis ce matin, aux aurores. Ils sont agglutinés contre les trois barrières, et au milieu il y a un trou naturel d’un mètre entre eux, on s’engouffre dedans, on est dans la rue, à droite il y a un café avec des gens en terrasse qui ne t’ont pas encore vue, en face il y a un kiosque à journaux avec un ado qui se retourne au moment où tu sors et à gauche les touristes du boulevard qui, à l’affut, ont compris que tu en étais, des happy few et même une américaine comme toi, à dix mètres, qui lève son bras et tend son index vers toi, ouvrant grand la bouche, muette, comme dans ce film d’horreur,

se cramponnant au bras de sa mère qui la regarde surprise avant de suivre l’index et d’arrondir les yeux, surprise, elle crie ton nom d’étonnement comme si tu ne pouvais pas l’entendre, je vois la scène au ralenti, je déclenche un chrono de sécurité dans ma tête, un vrai compte à rebours, je regarde le caméraman, il me fait oui de la tête et je me tourne vers toi, totalement irréelle dans cette vraie lumière du jour, dans ta robe couture, sur ce trottoir banal, avec ces chewing-gums collés sur le bitume et ces papiers sales. J’écoute tout, les gens derrière moi pour jauger le danger, ton entourage sur le côté, pour vérifier leur nervosité, ton caméraman à toi qui filme les mêmes plans que moi et qui m’agace, et puis je te regarde à toi et je vois que tu as saisi la situation et que tu sais que le temps nous est compté avant… Avant qu’ils n’agissent. Ils sont hébétés, sous le choc, ils sont tétanisés, pour quelques instants encore, nous faisons barrage parce que nous te filmons, nous sommes une mince protection mais en vrai, on est dehors, on est dans la rue, on est sur leur territoire, il n’y a ni lumière ni sono ni crash barrière ni gardes du corps (on est cons, la sécu est restée dedans, on est cons, oui, mais ça n’arrive qu’aux autres j’ai décidé et puis je suis pas le seul à décider, merde et puis il se passera rien, point).

Je parle, je vais droit au but. Tu m’écoutes, tu réponds et en même temps…
Ça y est.

Le cerveau des gens a connecté, ils sont plus sous le choc, il sortent leur portable. Une fille se met à pleurer, un garçon reste bouche bée, il n’en croit pas ses yeux, tu es là, ses pupilles me font peur. Il sent la sueur. Une ado commence à enjamber la barrière. Un cadre en costume cravate a cessé de parler dans son téléphone pour nous regarder et les gens du café se sont levés, là-bas, observant la scène au loin, prêts à accourir. Je comprends que j’ai désormais moins de dix secondes encore avant que ça dégénère alors je te demande de me parler de la rue parisienne et on fait un panoramique pour la montrer alors que tu souris, en apercevant la stupeur dans les yeux de tes fans devenir de l’envie, de l’envie, de l’envie, de l’ENVIE. Te toucher, t’embrasser, te prendre en photo, voler un bout de toi, te dire, t’expliquer, te supplier, être dans ton regard, dans ta vie, dans ta lumière, se sentir exister un instant, juste un seul instant, par toi, pour toi. Ils crient ton nom, ça y est. C’est fini. Vite vite vite.
– Now, William, finish now, time to get in, hurry, hurry, NOW NOW

Le manager nous fait rentrer et vite, il me presse, il me pousse, ton assistante clashe les portes, ton caméraman est resté derrière moi, on repart vers la salle d’un coup, presque en courant, il n’y avait ni barrières, ni cordon de sécurité, il y avait juste eux et nous, j’ai l’impression d’être Moïse traversant la mer Rouge avec une armée de tigres au cul, les portes se referment derrière nous, les fans hurlent ton nom et nous sommes tous saufs à l’intérieur, à une seconde près.

Je te trouve géniale, je te le dis, je trouve ton nouveau single génial, je te le dis, j’ai adoré ton clip, je te le dis, je trouve tes fringues géniales, je te le dis, j’aime le fait que tu sois à Paris enfin, je te le dis, je te répète que je t’aime bien, je me rends compte que je ne fais que te dire des choses gentilles, que je ne te critique pas, comme tous les autres autour, que personne ne te critique jamais, quand tu es au milieu du maelström, je me rends compte que tu es la Star et que je ne voudrais pas de ta vie.

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