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Un nouveau départ
8 octobre 2018
30

Vous savez comment ce blog a commencé ? Vers 2003, tous les matins, sans exception, mordu par la fièvre de l’écriture en ligne, les yeux rivés sur les statistiques et désireux de raconter enfin autant que je le voulais toutes mes journées à des gens qui n’allaient pas m’interrompre parce que c’était trop gore ou trop long, je me levais vers 6h, j’écrivais aussi vite que je pouvais pendant 50 mn, je filais sous la douche dans la foulée puis je partais travailler. Cinq jours sur sept. Pendant au moins deux ans. Tous les matins. Parfois j’écrivais un second article le soir, que je mettais en brouillon pour les jours sans inspiration, on ne sait jamais. Très souvent, je ne savais même pas de quoi j’allais parler en écrivant le premier mot mais je me laissais porter. Et ça venait. L’inspiration me faisait rarement défaut. Plus j’écrivais, plus c’était simple et fluide, plus j’y prenais de plaisir et plus j’étais lu. Instant Karma.

Hier, j’ai posté ça, sur Facebook, après avoir lu cet article consacré au début de la fin des réseaux sociaux (les gens clôturent leurs comptes Facebook en masse) :

“On a bien rigolé sur Facebook mais c’est la fin ou le début de la fin. C’est vrai que depuis deux ans (en gros) pour moi, c’est devenu un réflexe et plus un plaisir. Messenger me sert énormément pour parler aux gens mais c’est tout. Je n’éprouve plus aucun plaisir à venir ici. C’est un réflexe d’angoisse, une peur de manquer qui me pousse. Une nostalgie des premières années aussi. Mais entre Twitter qui te saute à la gueule, Facebook qui revend ta vie au Grand Capital et Instagram qui te fait te sentir seul, gros, moche et pauvre, le bilan émotionnel des réseaux sociaux est une catastrophe en ce qui me concerne.

Les blogs me manquent. Au moins nous avions la place pour argumenter. Les meilleurs marchaient bien. Les méchants et les mauvais ne duraient pas longtemps. Tu ne faisais pas illusion des mois sur les blogs. C’était un vrai moment de liberté, de création et d’expression.

J’ai toujours le mien.

Que de temps perdu sur les réseaux sociaux. Que d’illusions de compréhension – de désir – d’amitiés. Quel miroir aux alouettes, finalement.

La fin aussi, pour Facebook, d’une époque. Rien ne dure. Pas évident d’être King of the World quand on n’a pas de constitution ou de colonne vertébrale. Ici, c’est Myspace quelques trimestres avant la fin. Ça se sent. Ça suinte la fin de règne. Enjoy while it last.”

Et, dans la journée, en discutant avec une amie autour de la notion de plaisir et de perte de temps, je me suis rendu compte que j’avais perdu beaucoup, beaucoup de temps ces dernières années à lire des inepties en ligne et pris très peu de plaisir à donner, partager, échanger d’une manière apaisée, nourrissante et cathartique. Quand je dépose quelque chose, souvent, c’est pour passer à autre chose : c’est posé ou c’est dit, c’est écrit donc c’est fini, pour moi, ou ça prend son sens : j’ai trouvé les mots et la colonne vertébrale d’un concept qui tourne dans ma tête, je le partage enfin en public ; le voila validé. C’est ainsi que je fonctionne. Depuis le temps que je vous bassine avec les “choses qu’il faut dire à voix haute” pour “les voir se réaliser”, voici que j’applique enfin à moi-même l’idée des “choses que j’énonce” pour “leur donner une réalité, une substance” et les “faire mienne”.

Alors ce matin, pour la première fois depuis au moins sept ou huit ans, au lieu d’allumer mon iPhone comme je le fais chaque jour et de traîner dessus pendant une heure avant de courir à la douche, je me suis levé, j’ai allumé le Mac et j’ai écrit.

Sans réfléchir.

Et, sans pression, sans promesse, sans attente, juste aujourd’hui et seulement aujourd’hui (demain est un autre jour), on démarre une autre histoire. Dans le contexte que vous connaissez tous (je ne suis plus anonyme et je suis lu par tous ceux dont je pourrais potentiellement parler), bien sûr. Mais quitte à passer 50 minutes par jour chaque matin devant un écran, autant le faire assis, à réfléchir et créer, plutôt qu’à lire des bêtises qui ne me nourrissent pas (et me mettent bien souvent en colère !) avachi dans mon lit. Reprends-toi, merde.

 

2485 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 30 comments

  • Matoo dit :

    Toujours là ! 😀

  • Annie-Claude dit :

    Longue vie à ton nouveau départ.

  • Séverine dit :

    William, tu me fais un magnifique cadeau d’anniversaire ce 8 octobre! Merci infiniment, je me réjouis de la suite. Et ça fait du bien de se laisser porter par les mots, non?

  • NAWAL dit :

    Youpi !
    ( Suis toujours là aussi avec Matoo).

  • Isabelle dit :

    Toujours là aussi depuis 2003

  • yotsuya dit :

    Et moi de même. Depuis qu’on s’est vus dans un café, tu te souviens ? Avec à l’époque ton incontournable écharpe rouge, qui m’a servi à te reconnaître.

  • Rose dit :

    Bonne nouvelle pour nous, les fidèles anonymes !

  • Muriel dit :

    Oui c’est une bonne nouvelle (pas pour Mark Zuckerberg en revanche…)! Et c’est un processus assez normal après tout : après l’hyper-instantané, l’hyper-rapide et la pensée (ou ce qui en tient lieu) soluble en 140 puis 280 signes, on est nombreux à être comme des enfants gavés et dégoûtés après une orgie de bonbons. Envie de plats plus nourrissants, plus variés et plus substantiels… Je file la métaphore culinaire car j’ai constaté sur moi que que ce que je lisais (que ce soit sur format papier ou sur l’ordi) et ce que je visionnais étaient l’un et l’autre réellement comme une nourriture, avec les mêmes effets ou presque. Et comme pour la nourriture solide, je finis par ne plus supporter la junk food ou les plats sans âme et mal réchauffés… Bref, nous sommes de plus en plus dans ce cas, et je me réjouis d’un possible retour des blogs qui nourrissent vraiment, comme le vôtre. Merci William!

  • laure dit :

    Je m’en réjouis aussi, c’est vous qui m’avez donné envie de créer un blog, mon blog, il a 12 ans, il existe toujours, et j’ai toujours regretté vos écrits “du début”…merci à vous!

  • Ditom dit :

    Toujours là aussi 😉

  • Chloé O dit :

    Je me réjouis de ce potentiel retour de blog, merveilleux outil pour votre plume que j’apprécie.
    J’aime voir dans Facebook un annuaire des gens que j’ai pu rencontrer et apprécier aux différents endroits où j’ai pu habiter.
    J’aime bien savoir que le chœur dans lequel je chantais dans ce pays où j’ai habité 4 ans donne un concert ce week-end, ça tombe bien j’y serai. Je peux assister au concert et revoir ces personnes que j’appréciais beaucoup sans être suffisamment proche pour organiser des retrouvailles.
    Je suis contente de savoir que N. a eu un 2ème enfant que je rencontrerai quand ils viendront passer quelques jours à Paris ou que T. a déménagé dans une ville où je me rends souvent pour le travail.
    Oh et cet été, dans ce village perdu de Suède (dans le Jämtland), cette copine connue en Erasmus il y a dix ans qui y passe aussi des vacances (alors qu’elle habite à 5h de route de là ). Que de bons moments de retrouvailles grâce à FB ! Alors moi je continue de cette manière qui me convient 😉

    Au (grand) plaisir de continuer à vous lire!

    • William dit :

      Merci d’être là, j’avoue aussi apprécier FB pour ses quelques fonctionnalités-là mais y aller bien trop et bien trop longtemps pour n’en retirer que le positif.

  • Mymy dit :

    Petite danse de la joie à la lecture de ton article. J’ai hâte de lire les suivants!
    Bises

  • JustmarieD dit :

    Ouiiiiiiiiiiiiiiiiii 🙂 remettons le découvert 😉

  • Laurence dit :

    Eh bien je découvre juste aujourd’hui ce blog, je débarque quoi, et je suis très touchée par la fragilité, la force (oui, les 2) et la vérité qui s’en dégage.

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