Sexe Vie quotidienne
Un si long hiver
23 février 2016
21

Cela va maintenant faire dix mois que plus personne ne me caresse. Que plus personne ne me prend dans ses bras (à part ma collègue Garance, le matin, mais ce n’est pas la même chose, n’est-ce pas ?). Que plus personne ne pose sa main sur la mienne, pendant le film et d’ailleurs je n’ai plus la télé. Plus personne ne m’embrasse dans le cou. Plus personne ne me demande si j’ai bien dormi, au petit matin et plus personne ne vient m’embrasser le soir avant que je ne me couche, parfois même en me bordant. Plus personne ne vient dans ma chambre pour me demander ce que je veux manger, plus personne ne me demande ce qu’on fait dimanche, plus personne ne lance de lessive ou plus personne ne boude quand je suis insupportable.

Je crois que je deviens comme un de ces animaux abandonnés qu’on voit passer dans les vidéos sur Facebook, isolé dans un coin de sa cage, qui a oublié ce qu’était le contact d’autrui. Mon regard est un peu plus triste de semaine en semaine mais j’ai l’air apaisé, me disait une amie samedi.

Je fais l’amour par principe, pour ne pas totalement renier mes besoins physiques mais je le sens bien : j’ai plus besoin de tendresse que d’autre chose. Et la tendresse ne se trouve pas en claquant des doigts. Il y a bien cet homme que je trouve formidablement apaisant, avec qui je passe des moments de partage intense mais il doit se marier en avril et se pose mille questions sur nous deux. Moi, je m’en pose deux mille, forcément, hésitant sur la conduite à tenir : dois-je insister pour lui voler un peu plus de temps (même si on sait que cela ne mène à rien) ou lui demander de retourner dans son couple, que je devine en danger, malgré la bague achetée, les tenues, les préparatifs et les faire-part. Il me fait remarquer que nous ne sommes pas du même monde, comme si je ne pouvais me contenter de lui. Je lui réponds que son monde est le mien, que son esprit n’a pas grand chose de différent du mien, qu’il me regarde avec bienveillance et que c’est la seule chose qui compte. Mais, dans le fond, je ne veux pas d’un homme qui va se marier. La responsabilité serait trop grande.

Parfois, un de mes collègues me touche les épaules. Markus a commencé à me masser, la semaine dernière, au bureau, machinalement, alors qu’il parlait à Garance et il m’a arraché un gémissement lorsqu’il a posé ses mains sur moi. J’ai fondu sur ma chaise.

Cela va bientôt faire dix mois que plus personne ne me touche comme tu me touchais.

J’ai fait le deuil de nous.

Mais mon corps se souvient.

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There are 21 comments

  • Marie dit :

    écho à ma propre souffrance… même timing… pas les mêmes affres… des mots qui résonnent… merci d’écrire (pour ceux qui ne savent pas, n’osent pas…). Belle journée !

  • PSKL dit :

    des mots si justes…. Merci

  • Le sexe, la tendresse… N’ayant ni l’un (et je pourrais), ni l’autre (qui ne dépend pas de moi), je me sens comme une écorce vide…
    Peut-être le printemps pour revivifier tout ça? (j’écris « tout ça » faute de mieux).

  • Jesagrey dit :

    Rappelle-toi qu’après l’hiver, le printemps. Tu le prépares, c’est tout

  • Pierre K dit :

    Ce qui m’embête quand c’est aussi bien écrit et touchant, c’est qu’on ne peut pas y rajouter grand chose, hormis « ah ben moi aussi »

    J’ai vécu ce genre de temps « stérile », je sors maintenant d’une période où j’ai cru trouver cette tendresse que nous cherchons tous, je repars pour les terres sombres.

    Mais c’est tellement touchant, tellement intime, avant tout dans le sens où ça touche notre intime à tous…qu’il est compliqué de réagir. On va plaquer nos mots et ils seront moins justes que les tiens.

    Mais le principal effet de ce texte je pense, c’est qu’on a envie de te prendre dans nos bras pour un grand câlin. C’était déjà vrai pour le billet sur « Singing in the rain », ça l’est encore plus maintenant.
    Ça n’est pas de la pitié du tout, c’est que l’on sent la douceur, la tendresse, le manque. Que l’effet est physique, que l’on a presque envie de se caresser soi-même pour te transmettre de la douceur à distance.

    Il a de la chance celui qui croisera ta route et qui partagera ton chemin.

  • Kuli dit :

    Voilà. Il a raison Pierre K : que dire ?
    Juste : ❤ William

  • Pascale dit :

    Si tu savais le nombre de fois où je suis revenue lire, relire, re-re-relire un billet, parfois des jours, des semaines après sa parution… sans jamais parvenir à le commenter. Pourtant, moi aussi ma réponse était presque faite, pensée, repensée, manquait plus qu’à l’écrire. Sauf que dans la plupart des cas, ça aurait pris des pages et des pages.
    Mais je n’y suis pas parvenue. Et dans ce cas, et bien, je préfère ne rien dire…
    Alors comme Pierre K, je te propose juste un câlin, attention, câlin spécial avec gratouillon inclus (le gratouillon, c’est familial, on papouille la nuque juste au ras des cheveux, du bout des ongles, plus les miens sont longs, plus mes enfants aiment! Le nec plus ultra étant de partir du bas du dos sous le t-shirt, mais là, on n’est clairement pas assez intime pour que je me le permette!!)

  • estèf dit :

    Je n’avais pas encore lu ton post. Il est bouleversant. Je ne sais pas dire mieux pour le moment car il m’évoque trop de choses qui se bousculent dans ma tête pour en livrer quelque chose de clair. J’aurais besoin d’en sortir 5 mn, de regarder de loin toutes ces idées et ces perceptions, pour organiser tout ça en une réflexion structurée. Je sais bien qu’on n’a pas besoin d’être structuré… Enfin si un peu quand même non ?
    Si juste, je pense au moins à ces garçons d’une fois dont la tendresse m’a imprégnée et qui reste gravée sur ma peau comme une cicatrice.

  • estèf dit :

    Je n’avais pas encore lu ton post. Il est bouleversant. Je ne sais pas dire mieux pour le moment car il m’évoque trop de choses qui se bousculent dans ma tête pour en livrer quelque chose de clair. J’aurais besoin d’en sortir 5 mn, de regarder de loin toutes ces idées et ces perceptions, pour organiser tout ça en une réflexion structurée. Je sais bien qu’on n’a pas besoin d’être structuré… Enfin si un peu quand même non ?
    Si juste, je pense au moins à ces garçons d’une fois dont la tendresse m’a imprégnée et qui reste gravée sur ma peau comme une cicatrice.

  • estèf dit :

    Je n’avais pas encore lu ton post. Il est bouleversant. Je ne sais pas dire mieux pour le moment car il m’évoque trop de choses qui se bousculent dans ma tête pour en livrer quelque chose de clair. J’aurais besoin d’en sortir 5 mn, de regarder de loin toutes ces idées et ces perceptions, pour organiser tout ça en une réflexion structurée. Je sais bien qu’on n’a pas besoin d’être structuré… Enfin si un peu quand même non ?
    Si juste, je pense au moins à ces garçons d’une fois dont la tendresse m’a imprégnée et qui reste gravée sur ma peau comme une cicatrice.

  • estèf dit :

    Je n’avais pas encore lu ton post. Il est bouleversant. Je ne sais pas dire mieux pour le moment car il m’évoque trop de choses qui se bousculent dans ma tête pour en livrer quelque chose de clair. J’aurais besoin d’en sortir 5 mn, de regarder de loin toutes ces idées et ces perceptions, pour organiser tout ça en une réflexion structurée. Je sais bien qu’on n’a pas besoin d’être structuré… Enfin si un peu quand même non ?
    Si juste, je pense au moins à ces garçons d’une fois dont la tendresse m’a imprégnée et qui reste gravée sur ma peau comme une cicatrice.

  • estèf dit :

    Je n’avais pas encore lu ton post. Il est bouleversant. Je ne sais pas dire mieux pour le moment car il m’évoque trop de choses qui se bousculent dans ma tête pour en livrer quelque chose de clair. J’aurais besoin d’en sortir 5 mn, de regarder de loin toutes ces idées et ces perceptions, pour organiser tout ça en une réflexion structurée. Je sais bien qu’on n’a pas besoin d’être structuré… Enfin si un peu quand même non ?
    Si juste, je pense au moins à ces garçons d’une fois dont la tendresse m’a imprégnée et qui reste gravée sur ma peau comme une cicatrice.

  • estèf dit :

    Je n’avais pas encore lu ton post. Il est bouleversant. Je ne sais pas dire mieux pour le moment car il m’évoque trop de choses qui se bousculent dans ma tête pour en livrer quelque chose de clair. J’aurais besoin d’en sortir 5 mn, de regarder de loin toutes ces idées et ces perceptions, pour organiser tout ça en une réflexion structurée. Je sais bien qu’on n’a pas besoin d’être structuré… Enfin si un peu quand même non ?
    Si juste, je pense au moins à ces garçons d’une fois dont la tendresse m’a imprégnée et qui reste gravée sur ma peau comme une cicatrice.

  • estèf dit :

    Je n’avais pas lu ton post. Il est bouleversant. Je ne sais pas dire mieux sur l’instant car il m’évoque trop de choses qui se bousculent dans ma tête pour en livrer quelque chose de clair.J’aurais besoin d’en sortir 5 mn (de ma tête), de regarder de loin toutes ces idées et ces perceptions, pour organiser tout ça en une réflexion structurée. je sais bien qu’on n’a pas besoin d’être structuré, enfin si un peu quand même non ?
    Si juste, alors, je pense au moins à tous ces garçons dont la tendresse m’a imprégnée et qui reste gravée sur ma peau comme une cicatrice.

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