Vie quotidienne
Une journée comme une autre.
7 janvier 2016
8

J’ai une application, Timehop, que je consulte tous les matins : elle me raconte par le menu ce que je faisais l’an dernier, il y a deux ans, trois ans, etc. via mes posts sur les réseaux sociaux connectés. Le temps passe et je m’en rends compte de cette manière. Imaginer qu’il y a pile trois ans aujourd’hui (Déjà ? Seulement ?) j’étais sur un plateau télé, maquillé au milieu des filles, pour assurer une chronique, alors que je me trouve à des années lumières désormais, me fait plaisir, je présume, car j’aime voir le chemin parcouru et plus encore les traces laissées ça et là de ses moments disparus à jamais. Il furent si variés et parfois si documentés que je suis toujours agréablement surpris quand on m’envoie une archive dont je ne me souvenais plus.

Le 7 janvier 2015, Timehop m’apprend que je suis levé dès 7H02. Je poste une photo de Lady Mary Crawley sur Facebook, suivie de cette légende “Le mystère absolu : pourquoi veulent-ils tous coucher avec cette conne arrogante ? Je récolte 18 commentaires et 12 like. Vince m’écrit assez justement “Parce qu’ils vivent tous dans un monde où l’arrogance est la forme la plus aboutie de beauté” ce à quoi je réponds : “Ils bossent tous chez Chanel ?

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A 8H02, dans le métro, je fais une screencap du très jeune et très beau mari de Stephen Fry, que je ne commente pas de manière acerbe ou jalouse mais l’intention y est.

A 8H51, arrivé au bureau, je fluote en bleu le dossier de presse de l’album de Yael Naim, reçu depuis des semaines mais que je prends enfin le temps de lire : “Sur A Dream In My Head, premier single à voir le jour, elle nous vengerait presque de la mort d’Amy Winehouse“. Je le tweete immédiatement, bien sûr.

 

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A 9H33, j’uploade sur mon Google Drive une photo d’Ali Baddou et de Pierre-Emmanuel Barré sortant des répétitions et je joue un peu avec les filtres avant de l’enregistrer, je l’utiliserai le lendemain, je pense alors, car nous enregistrons toujours la chronique la veille pour la diffuser le vendredi.

A 9H46, je prends en photo la couverture du livre d’Emmanuelle Allibert (“Hommage de l’auteur absent de Paris”) dont le nom m’évoque vaguement quelque chose. En cherchant dans mon gmail, je découvre que c’est mon ancienne attachée de presse chez Plon et la femme de Denis Bouchain, mon ancien éditeur de la même maison d’édition. Mes pires souvenirs d’un livre, ever. Je lis rapidement un bon tiers de son livre que je trouve hilarant (elle se paye les auteurs, leurs tics, leurs névroses…) et je regrette alors ce que j’ai pu lui dire, sous le coup de la colère tout en n’oubliant pas qu’il faut être deux pour danser la valse ou s’engueuler.

A 10H29, je reçois une galette des rois Bob l’Eponge par un coursier et je demande à Thomas Séraphine sa réaction face à l’objet que je filme sur mon smartphone, pour une vidéo que je compte poster sur le Facebook de l’émission, un peu plus tard. Je ne la posterai jamais, bien sûr.

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A 11H, je tombe sur des photos de très beaux prêtres du Vatican que je poste sur Facebook en commentant “Heureusement qu’ils ont Grindr, les pauvres“.

A 11H20, je prends des images du plateau (usage indéterminé) et je découvre sur Twitter qu’une fusillade a eu lieu dans le 11ème arrondissement.

A 11H41, Ali décide de balancer le conducteur de l’émission du jour à la poubelle. Nous prenons l’antenne en direct sur une spéciale “Charlie Hebdo“. Emilie Besse est hyper concentrée. L’adrénaline est visible dans tous les corps, à la rédaction.

A 13H20, j’écris sur Facebok : “J’ai vu des images que je n’aurais jamais du voir” (un policier se prend une balle dans la tête après avoir supplié qu’on l’épargne, je me souviens encore à ce jour de sa supplique, du bruit de l’arme et des couleurs de la rue). Je reçois quelques commentaires choqués de personnes ayant vu la même vidéo me faisant part de leur horreur.

A 14H10, je poste la (désormais) fameuse image “Je suis Charlie” sur Facebook, trouvée sur les réseaux sociaux.

A 15h07, je poste une image de Récré A2 avec William Leymergie, Dorothée et Cabu, avec cette légende “Mon enfance. Je n’associais à ces quatres lettres C A B U que des choses positives”

A 15H15, je vire ma photo de profil au profit d’un carré noir.

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A 22H24, je poste une image d’une boite de Lexomil (dénichée en fouillant partout dans l’appartement) avec ces mots : “Moment magique où tu retrouves une boite de lexo et que tu sais que tu dormiras ce soir”

Un an plus tard, je relis tout ça et ne sait toujours pas quoi penser de cette journée, de cette année, de tout ce que j’ai pu lire sur ce sujet.

Je vais éteindre les réseaux sociaux aujourd’hui. Je suis en réunion d’équipe toute la journée.

Nous sommes le 7 janvier 2016. Ma mère vient de me téléphoner à 7H33 alors que je rédigeais ce billet : mon père est aux soins intensifs depuis cette nuit.

Je ne lui parle plus depuis quatre mois, déjà.

Crédit Photo 

1697 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 8 comments

  • sebseb dit :

    Bon courage pour les éventuels moments difficiles à venir William et bonne réunion 😉
    A bientôt

  • cathclaire dit :

    Cette journée banale qui tourne en journée particulière…
    L’horreur.
    Pensées pour ta famille.

  • David dit :

    On ne vit pas tous la même journée… Le 7 janvier 2015, un peu avant 10h je reçois un appel de l’établissement où est hospitalisé mon père, il est décédé il y a quelques minutes. J’appelle toute ma famille pour l’annoncer. Je quitte mon travail, trajets en voiture, pompes funèbres, organisation des obsèques. Je termine la journée en allant voir la dépouille de mon père. Je rentre chez moi, réseau sociaux et journal télévisé m’apprennent l’actualité de la journée. Je ne comprends pas… Il est tard, j’envoie un sms à mon meilleur ami pour savoir si je peux l’appeler, il ne répond pas. Le lendemain, je l’appelle. Son frère mapprend qu’il est décédé la veille au soir (le 7 janvier donc)..
    Aujourd’hui, comme l’année dernière, mes pensées ne sont que pour eux.

  • Nawal dit :

    Bonsoir William,
    J’espère que ta Maman a des nouvelles rassurantes pour toi, en cette fin de journée.

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