Vie quotidienne
Une rentrée de plus
29 août 2020
23
La mer

Je n’ai pas donné de nouvelles ici depuis pas mal de temps et je m’en excuse mais beaucoup de choses vont changer dans les jours à venir et si l’année 2020 a été rude pour tout le monde, elle l’a été aussi pour moi, ce dont je n’ai pas vraiment parlé ici. J’ai traversé le confinement en dormant beaucoup, en récupérant mes forces, en prenant tout ce que je pouvais prendre. Je suis revenu à 90% de moi-même : ce n’est pas totalement qui j’étais l’an dernier mais c’est ainsi, il faut accepter de vieillir, n’est-ce pas :p

J’ai trouvé en même temps deux nouveaux jobs, la même semaine et il a fallu trancher. Les deux offraient deux belles voies, aussi différentes que passionnantes, les deux, et j’ai fini par choisir, après avoir longuement hésité. Vous verrez probablement ça écrit quelque part en ligne à partir de mardi prochain, je vais updater les réseaux sociaux, c’est une partie essentielle de mon nouveau travail que de communiquer (voilà du teasing !)…

Céline est entrée dans ma vie une seconde fois. La première, elle m’avait offert les clefs de son appartement, à Boston, immense lieu au neuvième étage, donnant sur la baie et le port. J’avais passé une dizaine de jours à regarder les voitures sur les avenues, les couchers de soleil et à vivre un bout de vie américaine que je ne vivrai jamais. Dans un autre monde, dans une autre vie, j’aurais aimé travailler à Harvard, à la Faculté. Je ne pense pas avoir le niveau pour enseigner là mais, dans les films mentaux que je me fais parfois, je m’imagine habillé un peu à l’américaine, avec une chemise à carreaux, une veste en tweed, un pantalon beige, des chaussures confortables, une grosse voiture pour rejoindre ma banlieue, dans une ville du New Hampshire, et une laisse pour tenir bien fermement le gros labrador que je n’ai pas encore. Non seulement Céline m’a offert la possibilité de revenir sur le campus comme si de rien n’était, sans pression du temps ou du besoin compulsif de tout voir (c’était ma seconde fois à Boston, prendre le temps est un luxe inouï) mais je ne savais pas que j’allais encore visiter Boston une troisième fois, six mois plus tard. Décidément, cette partie des USA me fait un bien fou.

Cette seconde fois, dans des conditions plus complexes pour elle, Céline est venue dans ma vie à moi, chez moi, avec deux cadeaux : une voiture dont elle n’avait plus besoin et un chien de Vie qu’elle ne quittait pas et qui m’a guéri de ma peur des chiens, fait comprendre que j’avais besoin et envie d’un chien, chien qui m’a fait l’insigne honneur de venir se blottir contre moi sur le canapé pour y dormir un peu, sans que je sois effrayé ou que je me sente envahi.

Ce chien était mon premier contact avec ce qu’est un Animal quand il est aimé, respecté, écouté : un merveilleux partenaire, un amusant compagnon, une belle responsabilité et la promesse d’années partagées dans un amour sain, sans équivoque, d’une fidélité totale. J’ai fondu, pour la première fois. Maintenant, il faut que j’aille dans un refuge SPA (Sonia me conseille d’adopter une femelle, de plus d’un an, car elles sont moins chiantes que les mâles et déjà un peu éduquées…). Avec la voiture, je vais pouvoir aller le promener en forêt. Merci, Céline. Tu n’as pas idée. Ou plutôt si, tu sais exactement le goût de la liberté.

Et avec la voiture, je vais pouvoir revendre l’appartement et quitter Paris. Pour le moment, je sais seulement que ce sera vers le Nord, soit à une grosse heure, soit carrément sur la côte, mais toujours au Nord. Je ne veux pas revenir à Bayonne, dans l’état actuel des choses, car il y fait trop chaud et – surtout – la région ne correspond plus à ce que j’ai connu il y a vingt ans. Trop de béton, trop d’immeubles immenses, trop de bouchons. Je préfère continuer à rêver du Pays Basque au loin et y revenir régulièrement pour respirer. N’en prendre que le meilleur. Et puis je n’ai pas envie de vivre trop loin de mon Amoureux. Nous avons fêté nos deux ans ensemble, fin août. Il est vraiment extra, ce garçon. J’adorerais vous le présenter. Mais ça ne se fera pas ici. Il en faut en garder toujours un peu pour soi.

Dans les jours à venir, ce lieu va une nouvelle fois évoluer. Je ne sais pas si vous avez fait attention mais j’ai effacé ou retiré les anciens blogs qui commençaient à dater un peu. J’ai également retiré d’ici des années d’archives. Il restera une année ou deux à lire, très bientôt.

En parallèle de mon nouveau job, je vais lancer une nouvelle communauté en ligne, privée, cette fois-ci, dont je vous parlerai bien sûr ici, et qui vous intéressera peut-être. Elle correspond, sur le fond, à un sujet dont j’ai envie de parler depuis quelques temps déjà et, sur la forme, à une manière de communiquer plus exclusive, plus privée, plus « on demand ». Ceux qui sont intéressés viendront, les autres auront tout internet pour s’amuser. J’ai passé plus de 17 ans sur ce blog et les précédents à raconter bien des choses et j’ai vécu mille vies. Il est l’heure de changer un peu la façon de raconter. Je serai toujours sur Instagram, un peu sur Twitter, un peu sur Linkedin, parfois sur Facebook, bien sûr. Mais essentiellement, ce que j’ai partagé pendant des années prendra une autre forme, plus intime ou plus volatile. On change.

Je ressors de ce confinement tout comme vous plein de questions, d’interrogations et parfois d’angoisses sur les mois à venir. Quel sera mon prochain concert ? Jusqu’à quand devrons-nous porter ces masques ? Quand pourrais-je serrer dans mes bras qui je veux, comme je le veux ? Comment vont être les prochains mois, économiquement, socialement ? Paris sera-t’elle encore le théâtre de scènes violentes et épidermiques ? Je le crains.

Quand on n’a plus rien, quand on ne peut plus nourrir correctement ses enfants, il ne reste que la colère. Je ne crois pas que les changements sociétaux arrivent par la douceur, la lutte est nécessaire pour gagner de précieux acquis mais je ne vois pas comment obtenir plus d’un état exsangue, d’une société aussi injuste avec beaucoup de mes concitoyens. Je ne suis pas très optimiste pour les vingt prochaines années.

Je vis, j’en ai conscience, malgré mes difficultés ponctuelles, une vie privilégiée telle que je définis le mot privilège : j’ai accès à la culture, à l’Amour, à des emplois intéressants et stables (même si ceux-ci se raréfient avec mon âge), à un passeport qui me permet de voyager et des fins de mois qui tombent le 20 et non le 2.

Je ne suis pas à plaindre car je peux encore choisir mon lieu de vie, j’ai désormais un moyen de locomotion et j’ai la chance inouïe de pouvoir écrire/transmettre ce que je ressens, que cela plaise à un éditeur et des lecteurs. Créer, c’est Vivre, pour moi. Deux nouveaux livres paraîtront dans les 18 prochains mois, c’est signé.

Je ne suis pas à plaindre car je peux trier le bon grain de l’ivraie, dans l’avalanche de fake news, d’intox, de manipulations et de médiocrité qui nous entoure même si, comme tout le monde, je me laisse parfois gagner par la bêtise et la colère, par l’abattement. C’est dur d’être indifférent, de couper le robinet, d’ignorer ces montagnes clignotantes.

Je me retrouve par moments à éprouver de la rage ou de la peine pour des situations qui sont loin de moi, probablement des épiphénomènes ou des signaux faibles d’une crise plus forte, crise que je ne peux ni retarder, ni éviter mais que je devrai dépasser, comme tout le monde. La colère ne m’aidera pas à surmonter la vague plus vite. Il faut inspirer, plonger au coeur de la déferlante, nager un peu et remonter enfin pour aspirer de l’air frais. La vague est passée, une nouvelle arrive plus loin.

J’aimerais vous remercier pour deux choses. D’avoir été là, durant le confinement, avec tendresse et régularité. Et pour toutes ces années de bienveillance à me lire, à commenter, à donner votre point de vue, à accepter le mien, à comprendre que lorsque je parlais de moi, et de moi uniquement, à vouloir être précis, personnel et cathartique, j’espérais seulement trouver un peu de clarté, offrir des portes que je n’avais su trouver plus tôt devant moi et, très modestement, donner un peu de ce que je réclamais tant. De l’Amour, évidemment, mais du respect, surtout, et de l’écoute, enfin.

Plus on est personnel, plus on est Universel. Quand j’ai compris ça, j’ai gagné mille ans.

Tout n’a pas été simple mais j’aimerais juste dire une chose : quelque soit votre peine, l’étendue de votre douleur et la croyance lourde que vous n’avez plus d’espoir, il existe toujours, un peu plus loin, un peu plus haut, le lendemain ou le jour d’après, la possibilité de gagner quelques centimètres cubes d’air frais, de joie et de liberté. On se sort de la dépression, de la souffrance, de l’envie de mourir. Avec des médicaments, un professionnel, des amis, de l’amour ou un chien formidable.

La journée peut être difficile mais l’année vaut la peine d’être vécue.

Amitiés, amour et humour.

W

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There are 23 comments

  • Olivia dit :

    Contente de te lire ici William
    Ton énergie semble joliment changée et tu sembles prendre une nouvelle voie
    J’ai hâte de connaître la suite

  • Séverine dit :

    Créer, c’est Vivre, pour moi.
    Qu’est-ce que j’aime te lire William, merci!

  • Fannoche dit :

    Je suis émue. Je ne saurais dire pourquoi…
    Tes écrits me bouleversent quasiment à chaque fois, et j’espère te lire encore tellement longtemps! J’attends avec impatience cette nouvelle façon que tu auras d’échanger avec nous.
    Je suis émue et heureuse pour toi. Sincèrement.
    Bises douces pour toi.

  • Pmgirl dit :

    Je suis à la fois triste et empathique de deviner des moments difficiles et heureuse que tu entrevoies la lumière. On est jamais décu de l’amour des animaux. Je ne l’explique pas mais j’ai trouvé un chaton dans une rue derriere les champs elysées, 2h après le décès de mon premier chat, malade d’une tumeur pulmonaire que je soignais depuis 2 ans. Ce
    chaton même s’il venait de dehors était éduqué, propre et gentil avec la fille! (Il était aussi famélique et avait le col du fémur cassé). Il est adorable, plus collant qu’un chien, super expressif.. j’ai encore du mal à réaliser que cela à été possible…
    Bref, un chien, un chat, ce ne sera que du bonheur…

  • Aurelie dit :

    Merci William, ou que tu écrives ou que ce soit, quelle que soit la forme… j’aimerais continuer l’histoire. Comme un livre que l’on ne veut finir, un film dont on ne veut pas de fin.
    Tu es dans mon univers, j’espere qu’un prochain voyage américain tu auras un passeport qui pourra te mener jusqu’a Montreal, chez moi, ou tu seras toujours le bienvenue.
    Tu nous fais du bien de par ton humanité, un humain qui pourrait être nous.
    Prends grand soin de toi.
    Aurelie

  • La lilloise dit :

    Bonsoir William

    « Apaisé » c’est le mot qui me vient à la lecture de ce billet. En tout cas sa lecture s’est faite avec lenteur, mais peut être que j’ai eu peur que tu nous annonce la fin de tes posts, un adieu… Surtout ne le supprime jamais ce billet, il permet d’espérer.
    Bonne rentrée !
    La lilloise

  • La lilloise dit :

    Bonsoir William

    « Apaisé » c’est le mot qui me vient à la lecture de ce billet. En tout cas sa lecture s’est faite avec lenteur, mais peut être que j’ai eu peur que tu nous annonce la fin de tes posts, un adieu… Surtout ne le supprime jamais ce billet, il permet d’espérer.
    Bonne rentrée !
    (Le nouveau titre est très joli)
    La lilloise

  • Emilie dit :

    J’aime toujours autant vos mots. On vous y retrouve apaisé. Hâte de connaître la suite 🙂

  • Mag64 dit :

    Pour le chien le refuge arpa91 je suis sur Instagram une personne qui est bénévole chez eux ils ont plein de chiens en attente d un foyer aimant.
    Pour le reste hâte d en savoir plus !
    Je te sens plus serein, ça fait plaisir à lire.
    Bonne rentrée !

  • Matoo dit :

    Tu me tiens au jus hein ? 😉

  • Mercotte dit :

    Juste magnifique, pense toujours au verre à moitié plein surtout 😉

  • Sandrine dit :

    Amitiés, amour et humour William. Et beaucoup de bonheur pour cette nouvelle ère. On continuera à te suivre avec plaisir

  • Sandrine de Versailles dit :

    Cher ami, merci pour tes proses, tes partages, tes récits de voyages. Te lire est toujours un plaisir…
    Comme beaucoup je me demande de quoi sera fait l’après, mais ça sera différent… Nous sommes transformés par le confinement et la crise. A nous d’en tirer le meilleur.
    Amuse toi bien avec ton nouveau moyen de locomotion mais n’oublie pas le vélo… qui permet de prendre son temps aussi !
    Je t’embrasse

  • Nathalie dit :

    Merci William pour toutes ces années. Je vis une horrible claque en ce moment (l’annonce du handicap de mon enfant) et oui je confirme, votre parcours, à 100% différent du mien, me fait du bien et me donne l’énergie d’espérer, ainsi que le doux sentiment d’une fraternité entre personnes de bonne volonté…

  • Danielle dit :

    Oh William, merci pour vos écrits qui ont toujours une résonnance au fond de moi. Vous avez été l’un des premiers bloggers que j’ai suivis et je vous suivrais probablement encore.
    Je suis contente de vous savoir heureux avec de nombreux projets et impatiente d’admirer la « bouille » que votre futur chien !!!!
    Belle rentrée!

  • Cathclaire dit :

    Je n’ai pas souvent commenté mais j’aime beaucoup te lire. Tu sembles être sur un très beau chemin dorénavant et je te souhaite beaucoup de bonheur. Hâte d’en savoir plus aussi : boulot, chien, blog…

  • Valérie de haute Savoie dit :

    Je dois te lire depuis 2006 il me semble, et j’ai toujours autant de plaisir. J’espère que je pourrai encore te lire longtemps, tu m’as apporté beaucoup et je t’en remercie.

  • Addie dit :

    Merci pour ce texte rassérénant.
    Je ne suis pas des plus assidues ici, mais je reviens régulièrement et ingurgite les articles manqués. Et je me dis toujours qu’il faut que je vienne plus souvent.
    Bonne rentrée à toi demain ! que cette nouvelle aventure soit une nouvelle occasion de te trouver et de t’épanouir!
    A très vite sous le format qui te plaira car perso, je serai toujours là.

  • Cat dit :

    Infiniment merci William!

  • Bao dit :

    Ca fait plaisir de te lire, après toutes ces années. Te voir muer, changer, grandir. Savoir qu’en fait tu es toujours un step ahead, ça me rassure en fin de compte. Bonne rentrée. Des bises

  • Muriel dit :

    C’est très apaisant de lire un texte comme celui-là. On a besoin de choses apaisantes et de douceur en ce moment. Merci William.

  • Carson dit :

    Heureuse de lire que tu vas bien, vraiment.

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