Vie quotidienne
USA Roadtrip J14 Le Grand Canyon
28 février 2012
3

J’ai commis une erreur, en revenant au Grand Canyon. C’était, depuis mon premier passage, deux ans plus tôt, le plus beau paysage que j’avais jamais vu de ma vie. Je disais même qu’il y avait un “avant” et un “après” Grand Canyon dans ma vie. J’y pensais souvent, dans les moments plus sombres, comme un point d’ancrage, une île au loin. C’est la première chose que j’ai dit à Marie, avant de partir :
Tu vas voir le Grand Canyon, rends-toi compte.

Entendons-nous bien, c’est sublime. C’est peut-être et même très probablement le paysage le plus beau au monde. C’est unique, c’est changeant, en permanence, c’est glorieux, c’est immortel et bien plus fort qu’aucune photo ou qu’aucun film ne pourra jamais vous le présenter. Le Grand Canyon, il faut le voir ou l’avoir vu au moins une fois dans sa vie. Mais, depuis mon passage, j’ajoute : “Il faut l’avoir vu une fois et ne plus jamais y revenir pour garder en tête sa première impression, à jamais, la plus forte”.

Mon ami Eric m’a stupéfait lors de nos dernières vacances à Hong Kong, alors que l’avion du retour décollait, il me dit que nous n’avions pas vu la moitié des choses dont je lui avais parlé à l’aller. Je souris :
– Nous reviendrons !
– Jamais ! Je ne reviens jamais deux fois en vacances au même endroit. Il y a trop de belles choses à voir. C’était génial mais c’est comme ça. On a vu ce qu’on avait à voir.

Il a raison, je crois. Il ne faut pas revenir dans les endroits magiques. On les garde en tête. On a vu ce qu’on avait à voir. Point.

J’étais venu au Grand Canyon début avril et il n’y avait pas grand monde. Nous avions même pu dormir dans un motel à l’entrée du Parc. Cette fois-ci, mi-Août, dans ton cul la balayette, avec le manche et l’étiquette. Nous étions hébergés à plus de 100 bornes et bien contents d’avoir pu trouver un motel. Sedona, la ville se nommait comme ça. Ce qui voulait dire qu’après notre journée, nous allions devoir revenir tard le soir, loin. Pas de coucher de soleil au Grand Canyon.

J’avais une crainte de taille : tous les guides disaient que le Grand Canyon, au mois d’Août, c’était pire que l’Arc de Triomphe à la sortie des bureaux. Impossible de se garer, impossible d’apprécier l’endroit. Ce n’est pas tout à fait exact. Si vous venez tôt (nous sommes arrivés vers 7h30, après 1h30 de route… Oui, le lever fut rude), il n’y aura pas grand monde. Les parkings sont vastes. Mais les gens arrivent dans la matinée. A 10h30, il commence à y avoir beaucoup de monde. La VRAIE connerie est de vouloir arriver après midi, quand il y a trois colonnes de voitures faisant la queue devant les guérites, pour entrer. Peut-être une à deux heures d’attente, minimum, juste pour avoir le droit de se garer dans un Parking super loin du bord. C’est à vous de voir.

Il y a plusieurs itinéraires à effectuer à pied mais je vous conseille de partir sur la gauche, en arrivant, et en longeant le bord, en direction de l’Ouest, sur Hermit’s road. Plan ci-dessous :

Le trajet à pied se fait de façon spectaculaire, en longeant la falaise, seul ou presque. Il prend quelques heures. Si vous en avez marre, le bus s’arrête de façon régulière et vous emporte au bout de la route. Au pavillon de l’Ermite. On peut y acheter du Coca Light, des barres de Mars et refaire le monde en contemplant les millions d’années écoulées devant vous. Sublime. Il n’y a pas de mots.

Tous les points de vue se valent et tous changent en permanence, à chaque instant, selon la luminosité. C’est simple, vous pourriez prendre mille photos et encore mille autres, à chaque seconde, d’un peu partout, vous n’auriez pas deux fois la même. Qu’on aille à l’Est ou à l’Ouest, c’est magnifique.

Bon, j’avais sorti le grand jeu et fait péter l’hélicoptère pour la Marie. Je sais, j’assure.

Question : est-ce que ça vaut le coup, l’hélico au Grand Canyon ? Réponse : OUI OUI OUI. Et chipotez pas, prenez le grand tour, c’est UNE fois dans la vie et les prix sont raisonnables rapport à ce que vous allez vous prendre dans la tronche, vu d’en haut. Bon. Faut aimer les grandes entrées d’air maritime, hein, ça tangue un peu, dans un hélico qui surplombe un aussi grand vide. Mais on s’y fait vite. Je n’ai pas souffert du vertige. Et je me suis dit, en nous reposant : “Mince, faut que j’y revienne en hiver, cette fois-ci, sous la neige”.
Incorrigible.

On y était, Marie. Souviens-toi…

1413 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

About author

Related items

/ You may check this items as well

IMG_3186

Goethe, la CIPAV et moi.

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more
Grande muraille de Chine, mai 2009

This is the end

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more
Capture d’écran 2018-05-31 à 20.30.07

La troisième année.

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more

There are 3 comments

  • Max dit :

    “En vérité personne ne peut comprendre ce qui se passe à cet endroit. La forêt se garde bien de nous prévenir. Jusqu’au bord de l’enfer, tu ne devines même pas qu’il existe. Tu avances bêtement.
    D’un coup, tu tombes.
    Le Grand Canyon ne s’explique pas. Je le regarde depuis trois jours pour tenter d’assimiler ce qu’il me montre. Or rien n’y fait. J’ai longé sa bordure titanesque en fixant l’autre rive, au nord, couverte de nuages d’orage. La distance tue mes certitudes.
    Impossible d’apercevoir le fond. Le Colorado a échancré les schistes et les grès sans lésiner, revenant presque deux milliards d’années en arrière. Il profite de l’aubaine pour se dérober aux questions des hommes.
    J’ai emprunté le chemin muletier qui dévale la pente en épousant les rotondes des plateaux inférieurs. La chaleur m’a obligé à remonter rapidement chercher mon oxygène.
    Aujourd’hui je musarde de point de vue en point de vue. Je prends quelques clichés, persuadé qu’ils seront inoffensifs. Je recule, je repars, incapable de me détacher de cette béance minérale. Beauté n’est pas le mot qui vient à l’esprit. Je pencherais plutôt pour traumatisme.”

    “Sur la route des frères Patison”, page 67 (sorti fin septembre aux Editions Atria, le second tirage paraîtra le 1er avril procahin)

    Pour le reste, William, je suis parfaitment d’accord avec toi en ce qui concerne le Canyon. Comme presque toujours q

  • Max dit :

    “En vérité personne ne peut comprendre ce qui se passe à cet endroit. La forêt se garde bien de nous prévenir. Jusqu’au bord de l’enfer, tu ne devines même pas qu’il existe. Tu avances bêtement.
    D’un coup, tu tombes.
    Le Grand Canyon ne s’explique pas. Je le regarde depuis trois jours pour tenter d’assimiler ce qu’il me montre. Or rien n’y fait. J’ai longé sa bordure titanesque en fixant l’autre rive, au nord, couverte de nuages d’orage. La distance tue mes certitudes.
    Impossible d’apercevoir le fond. Le Colorado a échancré les schistes et les grès sans lésiner, revenant presque deux milliards d’années en arrière. Il profite de l’aubaine pour se dérober aux questions des hommes.
    J’ai emprunté le chemin muletier qui dévale la pente en épousant les rotondes des plateaux inférieurs. La chaleur m’a obligé à remonter rapidement chercher mon oxygène.
    Aujourd’hui je musarde de point de vue en point de vue. Je prends quelques clichés, persuadé qu’ils seront inoffensifs. Je recule, je repars, incapable de me détacher de cette béance minérale. Beauté n’est pas le mot qui vient à l’esprit. Je pencherais plutôt pour traumatisme.”

    “Sur la route des frères Patison”, page 67 (sorti fin septembre aux Editions Atria, le second tirage paraîtra le 1er avril prochain)

    Pour le reste, William, je suis parfaitment d’accord avec toi en ce qui concerne le Canyon. Comme presque toujours quand tu parles d’Amérique d’ailleurs…

  • Max dit :

    Et tu peux même balayer le premier commentaire publié sous mon nom : mais qu’est-ce qu’il fout ici celui-là !?… Cette machine me rend dingue.

  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *