Vie quotidienne
Véronique teste pour vous.
4 novembre 2015
3

(J’ai écrit il y a quelques temps une série acide que j’ai envoyé à Canal + sur une femme de 48 ans qui revient des USA après dix ans là-bas, une main devant, une main derrière. Elle a été une grande star de la télé (populaire) française à la fin des années 80, le genre Evelyne Thomas, s’est mariée avec un riche producteur de Los Angeles et le quitte après une décennie en laissant tout derrière elle. Elle s’appelle Véronique. Elle ressemble beaucoup à Frédérique Bel ou à Valérie Cherish. Elle arrive à Charles-de-Gaulle dans la première scène.)

 

Scène 1 : avion

Une femme sort d’un avion, un foulard sur la tête, une épaisse paire de lunettes de soleil sur le nez, habillée d’un imper, d’un long pantalon et de superbes talons noirs. Un sac Birkin au poignet, son passeport à la main, elle veut filer vers la Douane, regardant tout autour d’elle, craignant visiblement qu’on la reconnaisse dans l’aéroport. L’hôtesse lui barre la route :

Un instant, madame. Nous débarquons les premières, d’abord. Les classes éco, c’est en dernier. Merci.

La femme sourit faiblement et tape des ongles sur le mini-bar de l’avion, alors que tous les riches sortent en prenant leur temps.  Elle émerge enfin du cockpit, et alors qu’elle s’apprête à passer devant les douaniers, la voilà qui renonce, subitement, se dirigeant vers les toilettes des femmes.

scène 2 : toilettes

Une jeune femme en Burqa est devant le miroir. Elles ne se regardent pas mais commencent à se “déshabiller” ensemble. Véronique ôte son foulard, pose ses lunettes, tombe sa veste. Se regarde dans la glace. Palpe ses bras, ses joues, lisse artificiellement des doigts ses pattes d’oies. Remonte un peu sa poitrine. A sa droite, la Burqa fait la même chose, au geste près. Alors que Véronique, presque rassurée, s’apprête à repartir, la Burqa lui demande :

Tu prends combien pour la sodomie, toi ? Ça baisse, les prix avec la crise, moi je m’en sors plus. Je fais des prix sur les tétons, en ce moment. Un payé, le deuxième léché gratuitement.

Véronique pousse un petit cri d’horreur et, faisant mine de la repousser du plat des mains, part à reculons vers la porte :

– Mais ? Mais ? Mais je ne suis pas….Je ne suis pas…

– Oh pardon, chérie. Pardon. Mais tu fais tellement faux luxe, toi aussi, je croyais que toi et moi on partageait plus que la quarantaine…

– Quelle horreur, mais vous perdez la tête…

Véronique soupire soudain lourdement. L’ex- Burqa hausse les épaules et se rembourre les seins. Véronique remet ses lunettes, son foulard et, alors qu’elle allait passer la porte, se retourne vers l’ex-Burqa :

– Vous prenez combien pour vos…vos…

– Tu veux un doigt dans le cul avant de passer la douane ?

– Oh non, non (elle gémit)…Non, je veux simplement connaître vos tarifs.

– Si tu me mets un Like sur ma page Fan, alors. Ok ? Tape “Les pipettes de Farida” dans google. Tu like ? Tu likeras ?

Véronique la regarde, stupéfaite puis s’enfuit vers la porte.

Scène 3 : douane

Avant de passer la douane, elle se répète à elle-même :

– Je like? Je like ? Mais je like quoi ? Moi, je like ?? Je li-ke ? Bien sûr, que je like. Je like à mort, ouais.

– Madame, passeport, s’il vous plaît.

– Véronique Fourchaume like ça !

Le douanier la regarde étrangement :

– Vous arrivez de Los Angeles sans valise ?

– Oui. Elles…Elles arriveront plus tard. J’aime voyager léger.

Le douanier retourne le billet :

– C’est un aller-simple que vous avez pris, là ? Vous ne comptez pas revenir ?

– Ce n’est pas à l’ordre du jour.

– Vous avez combien sur vous, en argent liquide ?

– 11 dollars.

– Et en euros ?

– Il me reste quelques vieux francs à dépenser.

– Alors bienvenue en France, madame, vous êtes en règle. Et si vous êtes contente de l’accueil, n’hésitez pas à liker la page des Douaniers de Charles-de-Gaule, merci pour nous.

– Liker ?

– Bonne journée.

Véronique poursuit son chemin :

Liker ? Mais c’est quoi cette histoire de liker ??

Scène 4 : les distributeurs

Scène 5 : l’agence Rent-A-Car

Une agence Rent-A-Car. Un jeune homme, mince, les cheveux décolorés, une belle mèche sur les yeux, en costume Rent-A-Car, une casquette verte Rent-A-Car sans top sur la tête, un dossier à la main, le téléphone coincé sur l’épaule, répondant à une cliente en roulant des yeux sur son énorme collègue, hilare, à côté qui n’en perd pas une miette :

Non madame Poniatowski, l’assurance Rent-A-Car Prestige Plus n’intègre JAMAIS la collision avec des animaux sauvages…Oui…Oui je vous le confirme…Oui…Le sanglier est-il domestique peut-être ?…Vous en êtes sûre ?…C’est peut-être un sanglier migrateur qui…

Lentement il se tourne et aperçoit Véronique plantée devant lui. Sa mâchoire tombe. Il laisse glisser le téléphone par terre. Se prend les joues à deux mains. Incline la tête sur la droite et commence à pleurer. Sa grosse collègue, Martine, qui n’a pas l’air très fine, cheveux gras, surprise, se lève :

C’est vous ?? DITES MOI PAS QUE C’EST VOUS ? MAIS LUI C’EST VOTRE PLUS GRAND FAN ! Il a même ouvert une page Facebook à votre nom…Il a tous vos articles de l’époque…Et les VHS ! Il a même acheté un 7 d’Or sur Ebay…Et…

Véronique, de profil, le menton relevé, joue la flattée/blasée. Martine reprend :

Il parle de vous tout le temps. Quand vous avez arrêté l’émission pour partir à Hollywood il a posé deux RTT tellement il était mal. Ca lui arrive jamais. Jamais. (elle hoche la tête)

– Martine, tais-toi, tu me gênes.

Véronique, totalement flattée, enlève ses lunettes et regarde la déco du stand, mondaine soudain :

– Qu’est-ce que c’est sym-pa, chez vous. J’adore la déco. On doit s’y sentir bien pour…euh…louer ?

Jonathan, retrouvant toute sa superbe, la main sur la poitrine :

– Oh, merci, merci, ça me touche beaucoup. En fait, on a le choix entre deux tons de vert et moi j’ai choisi “Etang de Sardaigne” parce que je suis excessivement romantique.

– Excellent choix.

– Et les plantes, c’est du plastique mais c’est comme tout : avec de la musique et un peu d’amour elles poussent toutes seules.

– Ah ? Ah.

Véronique est un peu décontenancée. Jonathan sort son calepin et, soudain, prend un air Rouletabille :

Vous êtes rentrée quand en France ?

A l’instant.

– Je note. C’est OFF THE RECORD (prononcé Ofziricorde)ou je peux publier ?

– Je préférerais pour l’instant que ça reste entre nous, euh….(elle regarde son badge)…Jonathan.

Han quand vous le dites comme ça “Djonathane” à l’américaine, je suis flatté. Ça, ça, c’est vos années Hollywood. Ça laisse forcément une trace.  Et votre mari le gros producteur, il est où ?

Jonathan cherche du regard.

Véronique se décompose. Remet ses lunettes. Inspire. Jonathan comprend immédiatement. Fascinée par la scène, la grosse Martine n’en perd pas une miette. Jonathan la vire sans ménagement :

– Tiens, Martine, va ranger les GPS plutôt que de nous écouter parler dans le vent. Et vérifie l’Opel Astra, on m’a dit que la clim sentait le Saint Nectaire *=*.

Martine file sans demander son du. Jonathan reprend son air d’employé modèle.

Et vous auriez besoin d’un véhicule ? Laissez-moi vous dire que pour vous, c’est surclassement direct et Assurance Polycrash offerte, bien sûr. Vous voulez une Prestige ?

– Euh…C’est à dire…

Jonathan la regarde fixement. Véronique hésite…puis crache le morceau :

Je peux payer en ancien francs ?

Jonathan fait la moue avec la bouche :

– Je suis pas sûr-sûr de bien tout comprendre, Véro.

Scène 6 : le sous-sol

Sous-sol de CDG, des centaines de voiture de location. Véronique est assise dans une Audi décapotable noire, sublime. Jonathan lui donne les dernières consignes :

Bon et bien si avec ça vous signez pas le contrat du siècle, c’est à n’y plus rien comprendre. Alors on est d’accord ? Je viens récupérer le véhicule tous les deux jours, à midi, au cimetière Saint Vincent. Soyez à l’heure, hein. Mon patron ne saura rien si je reviens avec avant 14h. on fait l’échange, je vous en donne une autre, ok ? Vous ne salissez rien, vous ne fumez pas dedans, vous ne mangez rien à l’intérieur, vous conduisez comme une mamie sous cortisone, vous pilez aux dos d’ânes, je veux pas une contravention, pas une éraflure, rien. Mère Thérésa au volant, compris ?

Promis. Mais…Euh…J’aurais toujours de belle voitures comme celle-là ?

Ah, ça, Véronique, malgré tout l’amour que je vous porte, je peux pas vous le promettre. Les retours client se font le matin, je ferai au mieux. Mais soyez discrète, surtout. Je ne veux pas que ça s’apprenne, hein. Les prêts à titre gracieux sont exceptionnels. Exceptionnels. Une fois on a prêté une Laguna à Benjamin Biolay et il a fait je sais pas quoi dedans avec un dogue Danois, deux putes et de la bière, on a du donner la voiture en Serbie et encore, avec une caisse de sapins parfumés à la vanille artificielle planquée sous le siège conducteur.

Je comprends. Promis. Juré.

– Vous allez tout déchirer. Vous me raconterez, hein ? Et moi, après, je posterai un statut Facebook. Ok ?

– Euuh….Ok. Je like !

– Pas tout de suite, attendez que je poste, d’abord. Allez, courage pour le rendez-vous, vous en faites pas, vous allez les tuer, vous êtes la meilleure. Il est connu, ce producteur télé ?

– Il l’était, oui. Dans le temps, c’était le number one.

– Number one pour une number one ! (Jonathan s’enflamme) Véronique est dans la place woooooooou !

Martine sort d’entre deux voitures :

Jonathan, on a un mini-bus d’Allemands qui vient de rentrer. Ils ont écrasé un cerf à Chantilly, il y a des poils et des dents partout dans le pare-brise, je sais pas avec quoi nettoyer, tu viiiiens m’aiiider ?

J’arrive, j’arrive. (Il se retourne vers Véronique). Allez, filez. Vous êtes la meilleure.  Vous allez tout déchirer.

– Je vais tout déchirer !

Plus habituée du tout à la boite de vitesse, Véronique fait hoqueter la voiture qui avance par bonds et qui, hors champs, explose une poubelle pleine de papiers et de déchets qui viennent recouvrir Jonathan.

Martine, hébétée :

– Oh merde.

Scène 7 : la rue

Véronique suit aveuglément les conseils du GPS qui lui ordonne de tourner dans une rue (sens interdit) puis une seconde (contre-sens). Se faisant klaxonner de tous côtés, elle ne voit rien, le nez collé sur son GPS et finit par arriver devant la boite de production (ou chaine TV ?). Une place handicapée est libre. A côté d’une place de livraison. Véronique hésite et finit par choisir la place handicapée (gag de la jambe paralysée en sortant une heure plus tard pour attendrir le flic. Bernard sort à la fenêtre, hurle son nom. Véronique repart en courant. Le flic gueule. Bernard, dédaigneux, lui lance une liasse de la fenêtre).

Véronique, alors qu’elle a un boulevard devant et derrière elle emboutit la voiture. Elle cherche à éteindre la radio mais l’allume encore plus fort : L’Horloge Tourne jaillit dans la rue, tout le monde se retourne. Elle essaie de se garer et finit à cheval sur le trottoir, la musique tout aussi fort jaillissant des baffles.

La secrétaire la regarde, médusée, depuis son bureau à l’entrée. Véronique regarde l’heure en arrivant et fait mine d’agiter la main :

Oulala, l’Horloge tourne, oups.

Moue de la secrétaire :

Et vous êtes ?

– Véronique Fourchaume. J’ai rendez-vous avec Bernard X.

– Je vais voir s’il peut vous recevoir, Madame.

– Mademoiselle

About author

Related items

/ You may check this items as well

IMG_1502

Largué comme un chien !

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more
IMG_1297

La mémoire des mûrs

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more
img_7643

Il faut savoir dire merci

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more

There are 3 comments

  • palamède de Guermantes dit :

    Quelle fût la réponse de C+ ?

  • Snail87 dit :

    Est-ce que ça va William depuis vendredi soir ?

  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *