Vie quotidienne
Vos questions, mes réponses (5)
5 février 2016
9

Vous m’avez posé des questions, j’y réponds.

(1) Estèf : 

Bonjour William
Comme tous j’aime beaucoup venir te lire.
Quel a été l’élément déclencheur qui t’a poussé à consulter pour confirmer ton « état » ? Car la révélation se profile toujours avant les tests…
Et au fait, tu as consulté où ?

Ma réponse : C’est très étonnant et je raconterai peut-être un jour l’histoire dans les détails. Oui, la révélation a eu lieu avant les tests. L’attentat au Bataclan m’a choqué, j’ai perdu quelques anciens collègues de chez Universal dont un que j’aimais beaucoup, ma boss m’a poussé à aller raconter ma peine chez une psychologue présente dans nos locaux pour la journée, afin que les salariés puissent s’exprimer. J’ai parlé, elle m’a coupé assez rapidement en me faisant remarquer que j’avais une pensée en arborescence. Elle m’a demandé si j’avais été diagnostiqué précoce ou pas (nous étions alors bien loin du Bataclan mais rien n’arrive sans rien, tu le sais) et conseillé de lire un livre. Elle a suggéré que je fasse des tests de QI. J’ai acheté le livre entre midi et deux aux Galeries Lafayette. Je l’ai commencé avant de me coucher, le soir-même, avant 22H et je l’ai dévoré toute la nuit, en larmes bien souvent. Très, très choqué. Les écailles me tombaient des yeux. Ils étaient là. Mes frères, mes soeurs de neurones. Tout devenait limpide.

Ma vie prenait un sens. Mes souffrances étaient partagées. Mes compréhensions anormales étaient fréquentes, chez d’autres. Le sentiment d’exclusion, de solitude, l’extrême souffrance morale régulière (j’ai beaucoup pensé au suicide, dans ma vie, beaucoup, la défenestration me semblait le mode le plus adapté et je frémis en y repensant, je n’avais tellement pas la bonne grille de lecture…Ces phases de désespoir effrayaient mes proches qui ne les comprenaient pas, j’en sortais souvent comme d’un mauvais rêve, après plusieurs jours de noir absolu et revenait guilleret comme si rien n’était arrivé, me trompant gravement de diagnostic) : tout cela n’était que des signaux de quelque chose de beaucoup plus fort, plus simple, plus évident, une fois le cadre posé. J’ai alors entrepris de consulter le psychologue qui faisait passer les tests de QI et de QE dont elle m’avait parlé. Je peux juste te dire que le résultat n’a fait que confirmer ce que je pensais depuis la lecture du livre. Oui, j’en étais un.

Ma vie, ma vraie, ma nouvelle, ma vie d’homme a commencé le 10 janvier 2016, vers 11h15. Tout ce qui est arrivé avant n’était qu’un tunnel sans logique de souffrances, de joies, d’incapacités à ressentir pleinement, d’incompréhensions, d’amitiés hyper-fortes mais frustrantes, de colères, de peurs, de fulgurances, de déceptions, de maladresses, de moments inouïs dans une vie d’homme, le tout noué dans une surcapacité à comprendre autrui et, pire, pire, à une incapacité à recevoir l’amour d’autrui.

J’étais incomplet.

Je montais sur un tabouret pour voir ce que faisaient les autres, de l’autre côté du mur.

Je suis désormais assis sur le mur.

Je vis.

J’ai choisi de parler librement de ce que je suis, aux gens que je croise. Certains n’osent pas le faire. Je le regretterai peut-être. Je ne sais pas.

(Le truc de dingue, c’est que j’ai ignoré tous les signes m’emmenant à cette conclusion ces dernières années. Gabriel, mon ancien amoureux, m’avait offert un livre sur le sujet, il y a deux ans, quelques jours après notre rencontre, livre que j’avais survolé avant de le balancer sur la table : « Pas pour moi…Nawak… ». Il n’y a pire aveugle qui celui qui ne veut pas voir…). 

 

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(2) Alice :

Bonjour William
Tu parles souvent d’Annie Ernaux dans tes billets, quel livre me conseillerais-tu d’elle pour commencer ?
merci !

Ma réponse : Tu peux commencer par le chef d’oeuvre « Les années » ou, si tu me fais confiance, aller directement sur la (presque) intégrale « Ecrire la vie« .

Annie Ernaux est le plus grand écrivain Français vivant, selon moi. Comme elle, je n’écris « que » sur moi, comme on me l’avait fort bêtement reproché un jour, dans les commentaires, comme si c’était mon seul talent. Plus je suis personnel et plus je suis universel, je l’ai compris assez tard. Je n’écrirai jamais d’autre roman, je pense, mais j’en aurai raconté des histoires.

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(3) Avec2T : 

Bonjour.
Es-tu (étais-tu) Brad-Pitt Deuchfall ? (quoique je me demande si tu n’as pas déjà répondu à cette question…)

Ma réponse : Non ! Mais ça m’a beaucoup, beaucoup amusé de le sous-entendre, jusqu’à ce que ça vexe l’auteur réel, qui est venu s’en plaindre dans les commentaires. Il devait croire que je m’en rengorgeais alors que non, pas vraiment, c’était plus pour brouiller les pistes. Donc, non, définitivement, je n’ai pas écrit ce livre.

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(4) Mélanie du Poteau : 

Je viens souvent ici et j’ai même eu la chance de te parler en vrai un jour. Quand je passe te lire, je me demande toujours comment tu peux laisser une telle part de toi sur ce blog ? Qu’est-ce qui te fait te dévoiler ainsi ? Te mets tu des limites sur ce que tu racontes de toi ?

Ma réponse : C’est une chance partagée, de se rencontrer. Comment je peux dévoiler une telle part de moi, ici ? Par besoin, probablement. Je me dévoile pour poser ce que je vis et ainsi comprendre pourquoi je le vis et ce que j’en retire car c’est la manière dont mon cerveau fonctionne. En écrivant ici, je trouve aussi une méthode pour entrer en contact avec autrui sans être envahi ensuite, en choisissant mes points d’entrée et de sortie dans la relation, en contrôlant l’échange. C’est également comme ça que mon cerveau fonctionne.

Bien sûr que je mets des limites à ce que je raconte de moi ! Le blog représente 10% de ma vraie vie. J’ai une vie amoureuse qui n’apparaît qu’en filigrane ici (les gens ne comprendraient pas…) et j’ai fort rarement parlé de mes moments d’intimité avec la Marmotte ou Gabriel. Si j’en parle, c’est toujours en contrôlant au maximum ce que je considère comme réellement privé (mes goûts sexuels, mes moments de tendresse, les amis qui n’en sont plus, les gens qui deviennent des piliers, en un instant, les moments de noirceur passés, les bêtises que je peux dire ou faire…). Je suis lu par ma famille, mes amis, mes collègues, mes employeurs et des dizaines de milliers d’étrangers. Je marche sur une crête étroite, manquant tomber à chaque pas mais j’ai besoin d’avancer : je ne comprends le monde qu’en l’expliquant, qu’en le racontant, qu’en écrivant, comme je le peux, dessus. Alors je le fais, à ma manière. Un million de pages vues, ici, ces 9 derniers mois. De quoi donner le vertige ou me confirmer que, oui, je fais bien de continuer car 99% des commentaires m’engagent à poursuivre.

 

—————————————————————————

(5) Farid : 

Sans langue de bois, quelle est la pire « star » (tv, ciné ou musique) rencontrée ? et la mieux ?
Dans les 2 cas, peux-tu dire pourquoi ?

As-tu eu une « aventure » avec une « star  » (tv, ciné ou musique) ?

Merci

Ma réponse : C’est très subjectif, comme question. Euh, voyons, voyons.

Je dirais que la pire star rencontrée en musique est Keur de Piraterie, franchement désagréable. Cinéma : Iraine Jaclaub, cinglée et très hautaine. Télé : Hardrison, négligé et hagard en coulisses puis soudain lumineux et éclatant sur le plateau, un animal extraordinaire. Ah, Kristofle Ouillème, aussi, quelle prétention… J’en ai même refusé de diffuser l’interview, qui est restée là où elle devait être, dans les limbes. Je venais tout content de le rencontrer, enfin, et ben je n’ai pas été déçu du voyage !

Ils ont le droit d’avoir leurs mauvais jours, hein, aussi. Et une rencontre, ça se fait à deux, je n’étais peut-être pas la bonne personne.

Plus sympas, wow, il y en a tellement, euh, Adamo, Chantal Lauby, Ariel Wizman, Nicolas Domenach, Ali Baddou, Sting, Cécilia Sarkozy, Nicolas Hulot, Sophie Davant, Sandrine Kiberlain, Claude Lelouch, Laurence Ferrari, Tatiana de Rosnay, Audrey Pulvar, Jean-Louis Debré, Abba, Mark Daumail, Jenifer, Thierry Amiel, Pierre Péan, Elodie Frégé, Hélène Ségara, Alizée, Tori Amos, Camelia Jordana, Dominique de Villepin, Charlotte de Turckheim, Will.I.Am, Maurane, Florent Pagny, Juliette, Zucchero, Mireille Dumas, Hugh Coltman et j’en oublie plein.

Oui, j’ai eu des « aventures » comme tu dis, avec des gens connus. Je l’ai déjà sous-entendu à droite et à gauche et même ici. Mais ça fait partie des choses que j’essaie de garder pour moi (même si ça me démange grave de faire le malin !). Après, on a tous une définition du mot « connu ».

 

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There are 9 comments

  • estèf dit :

    Comme elle sera belle la route avec cette lumière. Merci William.

  • Manue dit :

    Bon, c’est toujours un plaisir de revenir ici … de lire des références qu’on avait oubliées (Brad Pitt Deuchvall … bordel 2007 ? 2008 ? … Ca ne nous rajeunit pas … sourire) … De constater que tu as mis si longtemps à accepter quelque chose que l’on ressentait si fort en toi … c’est toujours intéressant à observer … Me souvenir que je te lisais chaque jour à l’époque de la Marmotte … Tu es une belle personne William Réjault … 🙂 merci

  • Sofy dit :

    Après ton post d’hier, je suis allée réserver « Trop intelligent pour être heureux ? » sur le site de ma bibliothèque municipale… et au moment de cliquer sur « réserver », j’ai eu un temps d’hésitation en me disant « mais dis donc, c’est pas un peu prétentieux tout ça ? »
    J’ai fini par cliquer quand même, tout en me demandant si j’oserais vraiment affronter le regard du bibliothécaire au moment de le retirer, m’imaginant déjà rouge de honte…
    [Pour résumer, j’ai, il y a presque 30 ans déjà, « sauté » le CP au bout de qq semaines, sachant déjà lire, écrire et compter; j’ai toujours été curieuse et eu des facilités d’apprentissage et de compréhension… mais je crois qu’on m’a tellement élevée dans l’idée qu’on peut toujours faire mieux, que l’autosatisfaction c’est méprisable ou ridicule… que j’ai toujours balayé d’un revers de la main en rigolant les mots genre « surdouée » dont des copains m affublaient quand ils apprenaient mon parcours. Aujourd’hui encore, je suis à la fois surprise et gênée quand qq’un en vient à me complimenter sur mon travail, mes réalisations (pro ou perso) ou mes analyses…. mais disons qu’à force, je commence à me dire que, peut être, il y a parfois quand même une raison]
    Et depuis un an environ, suite à une grosse « chute » dans mon parcours personnel, je vois une psy, régulièrement. J’ai pris conscience de pas mal de choses, dont une certaine hypersensibilité… et peut être effectivement une façon d’appréhender le monde ou mon monde de façon pas très académique, souvent plutôt « tordue » même, selon ma propre auto-critique…]
    Bref on verra bien… mais ton histoire de celui qui ne veut pas voir me fait penser que finalement je devrais peut être quand même aller le chercher ce bouquin… 😉

    • Sofy dit :

      Hé mais ?!… je croyais que ce commentaire avait disparu dans les tréfonds des Internets moi !
      [Petite confession : Le jour où j’ai écrit ce commentaire, ne le voyant pas s’afficher ni sur l’instant, ni plus tard dans la journée, j’ai pris ça pour un « hé voilà, ça t’apprendra tiens ! on s’en fout de tes histoires, petite prétentieuse »… Et le lendemain, j’ai « dé-réservé » le livre de la bibliothèque et ça m’a bizarrement soulagée :p
      Et si j’ai bien prévu d’y passer ce soir … ce sera juste pour rendre le 1er Vernon Subutex et récupérer le 2e… et ça, alors là oui j’ai hâte ! 😉 ]

  • Gump dit :

    merci Will pour tes mots justes

  • Fielinm dit :

    Tu as rencontré Tori Amos ?!!!! Ok, je suis super jaloux. Madonna, Jenifer, Abba, ça me faisait sourire sans me toucher, mais Tori Amos ?!? Heureux de la voir classée dans les personnes agréables, ceci dit.

  • Domi dit :

    Si tu savais comme c’est délicat, au quotidien, d’être enseignant/e avec ces enfants à l’intelligence en arborescence… Et combien on les soulage, et on soulage leurs parents quand on peut leur en parler et les envoyer chez un psy qui peut les aider à comprendre et gérer leurs émotions…

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