Vie quotidienne
You say you want a revolution
10 décembre 2018
6

« On ne renverse pas le pouvoir pour mettre un autre pouvoir en place mais pour redéfinir l’idée même de pouvoir. Disons que le problème est fondamentalement culturel avant d’être socioéconomique. C’est moins intéressant pour les médias et pour la majorité des gilets jaunes mais si nous en sommes là c’est parce que nous sommes très cons. Majoritairement peu instruits, nous lisons peu, nous échangeons peu d’idées, nous consommons des idées toutes faites et surtout toutes bêtes. Notre rapport au langage est médiocre et nous ne nous intéressons que rarement aux choses simples et essentielles. Nous pensons qu’il est possible d’améliorer l’ordinaire en augmentant le pouvoir d’achat quand c’est notre dépendance au pouvoir d’achat qui ruine notre qualité de vie.

Nous ne prenons pas au sérieux le soleil, la lune, la terre, les saisons, les sentiments, les principes, les autres,etc. Bref, nous vivons une époque nulle ou presque, mais nous sommes équipés de gadgets pour oublier massivement que nous pourrions nous exprimer sincèrement et intelligemment. Et lorsque par hasard une personne sort du lot pour dire certaines vérités simples, elle est immédiatement “médiocrisée” par le bruit et la fureur des imbéciles malheureux.

Nous devons repartir du langage et du corps pour redéfinir notre sens du réel et notre envie d’évoluer dans une réalité heureuse et enthousiasmante. Le seul problème c’est que ce projet n’intéresse qu’un être humain sur 10 000 et je suis large !

Bon, vous allez me dire que c’est pas avec de la culture que l’on boucle ses fins de mois et tout et tout ! Que les gens qui bossent à l’hôpital, au supermarché, qui sont ambulanciers ou que sais-je encore, se foutent bien de mes délires d’intello à deux balles. Et c’est là que vous creusez votre tombe, voire notre fosse commune. Car c’est à partir de ce que le sujet sait de lui-même qu’il peut entrer en résonance avec le monde et participer d’autant mieux à l’intelligence ambiante. Or figurez-vous que l’intelligence ambiante n’a jamais été aussi dense dans toute l’histoire de l’humanité bien que la crétinerie soit toujours mise en vedette dans les vitrines du monde.

Ce qui revient à dire qu’un simple individu peut soulever des montagnes où qu’il soit et d’où qu’il vienne à condition qu’il décide de frapper avec sa tête, comme disait l’autre. Evidemment sauf ceux qui sont radicalement privés de liberté. Mais pour les autres, soit une grande majorité, il est encore possible de jouer contre ses penchants les plus vils et de trouver le moyen de s’exprimer honnêtement pour soi et pour les autres »

Claude Boiocchi 

1967

8084 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 6 comments

  • Muriel dit :

    Pour ma part, de ce que je vois autour de moi, il ne me semble pas du tout que les gens que je croise au rond-point du supermarché à côté de chez moi et qui arborent un gilet jaune ne soient qu’obsédés par leur pouvoir d’achat et déconnectés (je cite) du “soleil, la lune, la terre, les saisons, les sentiments, les principes, les autres…” Je connais beaucoup d’entre eux (l’avantage de vivre dans une toute petite ville, dans ce rural délaissé, loin, bien loin de la “start-up nation”…) et ce sont des gens ouverts, bienveillants, lumineux pour beaucoup d’entre eux. Nombreux sont ceux qui ont des boulots peu rémunérateurs, parfois peu gratifiants, mais ce n’est même pas contre ça qu’ils s’insurgent. Je les vois, en groupe, réinventer la solidarité collective, et surtout, surtout, retrouver un sentiment de dignité. Se dresser, ensemble, contre celui qui les insulte quotidiennement depuis qu’il est pouvoir (mais il n’est que le dernier d’une longue liste hélas) : ces gens qui “ne sont rien”, ces losers, ces aide-soignants épuisés qui “creusent le déficit” (ça c’était pas Macron, c’est vrai…), ces caissières traitées d’analphabètes, ces “petits”, je vois bien que ça leur rend une part de cette dignité sans arrêt piétinée. Bref, à côté de chez moi, je trouve que les gens qui sont impliqués dans ce mouvements sont plutôt beaux (peut-être parce que je les connais) et que c’est justement eux, loin des chiffres, des statistiques et autres arguments technocratiques, qui se préoccupent de l’essentiel. Mais ce qui me frappe le plus, au fil de ce que je lis sur ce mouvement, c’est qu’il nous tend un miroir : chacun y perçoit quelque chose de différent. Moi j’y vois des gens qui retrouvent leur dignité, une “foule sentimentale”, d’autres, un amas de crétins obsédés par l’argent, d’autres encore des excités bas du front racistes et misogynes… La liste est infinie. Cela en dit beaucoup sur ce que nous percevons du monde, finalement, car tout n’est qu’affaire de perception. La vérité, elle, est multiple. Comme toujours…

  • yotsuya dit :

    Bravo Muriel. je ne vous connais pas mais votre commentaire est superbe. Je suis complètement en phase avec vous.
    Ah mais.. les gilets jaunes, c’est évident, ne connaissent pas “la terre, les saisons (???), les principes, les sentiments, les autres…(!!!)”. Ils feraient mieux (les sots), de repartir “du langage et du corps” (ils n’ont ni l’un ni l’autre, apparemment), ça leur permettrait d’accéder (enfin, les pauvres !) à “une réalité heureuse et enthousiasmante”… Ils n’ont rien compris : il suffit pourtant de s’en tenir à “quelques vérités simples”. Au lieu de céder bêtement “au bruit et à la fureur” (des casseurs, les GJ, on vous l’a déjà dit).
    A noter que le “nous” scandé dans tout le texte ne renvoie à rien, c’est un faux “nous” : qu’on ne s’y trompe pas, “la personne qui par hasard sort du lot”, rare, unique, c’est l’auteur! Aussitôt “médiocrisée par des imbéciles malheureux” (là par contre, les imbéciles, c’est nous). Après il y a un “vous” (l’auteur nous tance), mais bon je ne vais pas faire une explication de texte.
    Quel mépris, quelle bêtise chez ce M. Boiocchi, philosophe auto-proclamé (curieux, j’ai pourtant fait des études de philo mais n’ai jamais rien lu de lui), et qui “manie donc avec légèreté les concepts les plus arides” (oui, oui, il faut le croire, c’est lui qui le dit ! sur son site, je suis allée voir). Quelle arrogance surtout… On est bien dans l’air du temps (le zeitgeist, on dit en philo).
    En tout cas ce monsieur sur sa photo n’a pas l’air d’avoir de problèmes pour bouffer en fin de mois (ironie: il est coach en nutrition…) Ça a l’air de marcher très bien pour lui, ouf, on est rassurés !
    Reprends toi William, ce blog vire bizarre, on se croit de plus en plus chez Madame Irma. Sors de ta bulle, descends sur les ronds-points, ou juste sur les boulevards ! Parle aux gens, tu verras, je l’ai fait, et c’est très émouvant. Et là vraiment il y a un “nous”, une solidarité, comme le dit Muriel, une fraternité, ça se sent. Et c’est si rare, on n’a plus l’habitude, dans notre monde morcelé, atomisé.

    • Claude Boiocchi dit :

      Non Muriel je ne suis pas coach en nutrition, et d’ailleurs le coaching en tant que tel ne signifie pas grand chose. Il faut davantage vous concentrer lorsque vous tentez d’en savoir plus sur une personne qui vous pose problème. J’ajoute que les gilets jaunes ne sont qu’un rassemblement incertain de personnes animées par des motivations diverses et souvent contradictoires. C’est bien pourquoi il nous faudrait repartir des fondamentaux et donc des principes pour accorder nos violons. N’hésitez pas à vérifier vos informations avant de prendre le risque de vous ridiculiser en véhiculant des bêtises. Et surtout pensez à manger cinq fruits et légumes par jour !

    • Muriel dit :

      Euh, là, Claude Boiocchi, vous répondez à une autre personne. Muriel, c’est moi, et je n’ai même pas cherché votre nom sur Google, donc je n’aurais effectivement rien pu dire sur vous… Sinon, pour ce qui est de l’aspect hétéroclite et contradictoire du mouvement des gilets jaunes, oui, là je suis d’accord: on peut le constater tous les jours. Par chez moi, c’est un poil plus homogène parce que la communauté concernée est plus petite et que tous se connaissent les uns les autres. Ça donne un côté bon enfant et assez joyeux. Et les gendarmes qui tournent autour des ronds-points concernés se font héler avec sympathie par les manifestants: aucune tension de ce côté-là non plus. Du côté de chez ma mère qui habite une tout autre région, en revanche, c’est plus tendu, avec des propos carrément nauséabonds tenus par des grande gueules qui se sentent pousser des ailes et qui en profitent pour éructer leurs haines recuites et des idées de primates (encore que ce soit pas gentil pour les primates…). Du coup ma mère a carrément du mal avec ce mouvement alors qu’elle vivrait par chez moi, elle serait à fond derrière (et peut-être même avec eux). Donc non seulement le mouvement est bel et bien hétéroclite, mais notre façon de le percevoir ne dépend pas que de l’expérience locale qu’on peut en faire. Elle se base aussi sur les “a priori” que l’on peut avoir (et on en a tous…) sur telle ou telle catégorie de personnes. Ce que j’observe, c’est que moi, qui vient d’un milieu très modeste, et même si aujourd’hui je suis loin d’être à plaindre, j’ai une sympathie spontanée pour ce mouvement, sympathie alimentée par la façon dont les choses se passent par chez moi avec des manifestants qui se comportent comme des êtres humains en train de reconquérir leur dignité au sein d’un collectif, et à qui ça semble faire du bien (sans faire de mal à personne). En revanche, d’autres autour de moi vont avoir une lecture des choses très différentes : par exemple, faisant fi de la tranquillité avec laquelle ça se passe par chez nous, ils vont être surtout horrifiés par les violences commises à Paris, dépeindre des gens assoiffés de sang, des brutes qui vont tout casser pour le plaisir de casser. Moi je suis plus “foule sentimentale” que “classes laborieuses, classes dangereuses”. Je sais très bien que je n’ai pas pour autant raison. Je vois bien qu’il y a des vrais tarés dans le lot, OK. Mais ma perception à moi est celle-là. Tout ça pour dire que ce qu’on choisit de retenir en premier au milieu de toutes ces informations en dit long sur nos peurs, nos fantasmes, nos envies, nos colères, nos mépris… Et on ne les place pas tous au même endroit ni sur les mêmes personnes. Et comme, justement, le mouvement en question est hyper large et hyper diversifié, chacun a de quoi y greffer ce qu’il veut projeter dessus. Après, une fois qu’on a dit ça on n’a pas avancé d’un iota pour savoir ce qu’on peut faire désormais, mais ça me semblait important de souligner qu’il y a mille et une façon de percevoir les choses et qu’aucune ne contient LA vérité dans son ensemble. Se parler de ce qu’on perçoit avec des gens avec qui on peut vraiment discuter, et qui ne perçoivent pas la même chose me semble en revanche important : en comprenant ce que les autres perçoivent, j’élargis ma propre appréhension des choses et réciproquement. Et au final, on fait baisser colère, mépris, malentendus et incompréhensions. Toutes choses qui nous font prendre de mauvaises décisions en général…

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