Vie quotidienne
Alors c’est quoi ?
10 mai 2020
7

J’ai une petite boule d’angoisse très « dimanche » depuis ce matin, parfum « le jour d’avant » et ce n’est pas en regardant Breaking Bad que ça va disparaître, nope, je peux te le dire. Quelques pensées, en vrac.

On ne sait rien, de rien, de rien, en fait et je crois que c’est ça qui me mine le plus, cette absence de perspectives sur ce qui vient : économiques, professionnelles, sociétales, sanitaires. Où que je regarde, je ne vois que des questions et très, très peu de réponses. Je ne lis quasiment plus la presse car elle m’agace énormément (la palme revenant ce mois-ci à Vanity Fair qui dans son édition papier balance des témoignages de VIP confinés, entre deux pages de pub de luxe) et elle n’en sait pas plus que moi, la télé tourne en boucle sur trois sujets et la radio, à part FIP, fait pareil. Il me reste des séries à découvrir, que j’ai avalées au quintal, comme un camé des images, Breaking Bad que je suis en train de finir (pas toujours terrible mais ça occupe), Westworld, superbe, DEVS (intriguant), Parlement (hilarant), Hollywood (pathétique) et Ozark qui restera la plus belle chose vue depuis très longtemps. C’est si loin le mois de mars, la Saint-Valentin à Rome, le 1er janvier à Biarritz avec Lui. C’est une toute autre vie, qui existe encore virtuellement sur petit écran et qui, je l’espère, reprendra un jour, pas à l’identique, c’est impossible, mais au moins dans les grandes lignes, pour les choses les plus importantes à mes yeux.

C’est cette Distanciation qui m’effraie le plus, ce lien social qui s’effrite ou disparaît, alors que nous sommes des bêtes de troupeau (j’ai enfin lu Sapiens, tiens, mon seul livre durant deux mois) et dont nous avons tant besoin. Je me demande comment font les gens qui sont seuls, qui n’ont pas d’amour, qui cherchaient l’âme soeur. Comment on va faire pour nouer des contacts avec des étrangers, désormais.

Et les Parents ? Les Amis ? On fait quoi ? Je vis en zone rouge, je n’ai pas le droit de descendre dans le Sud-Ouest même si Christophe me propose une chambre chez lui. Imaginons que début juin, je trouve un avion pour Biarritz. Imaginons que le vol soit maintenu. Les billets sont en vente uniquement à partir du 1er juin (même si Orly annonce une ouverture le 26 juin, passons). Imaginons que je laisse ma paranoïa de côté cet que je me rende à l’aéroport (il faudra pour cela que mon département soit bien sûr repassé en vert et que celui de mes parents soit toujours en vert), que j’accepte de monter dans l’avion. Une fois arrivé, je trouve une voiture de location, je me lave consciencieusement les mains au gel hydroalcoolique et je roule pour retrouver ma tante dans son EHPAD, mes parents, ma filleule, mes amis. Il se passe quoi, là ? Et puis revenir, dans ce même avion, et atterrir dans ce même aéroport. C’est de la science-fiction, aujourd’hui. Et attention : je ne suis ni hypocondriaque, ni réellement affolé par le COVID, je suis juste terriblement inquiet à l’idée de le refiler à quelqu’un de plus faible que moi, proche ou pas.

Notre société était déjà bien mal en point niveau « vivre ensemble » et le peu de comportements auxquels j’assiste en faisant la queue à Auchan me consterne et m’affole : un homme, grossier, crache sans cesse sur le trottoir en attendant son tour pour rentrer, une femme lui demande aimablement de cesser, rapport aux gestes barrière et le voilà qui se met à éructer, la menaçant presque. Un autre, bravache, nous dépasse tous et se fout de notre gueule « regardez-vous avec vos masques de débiles mais c’est une invention de Macron, vous avez pas compris« …Une femme en vient aux mains avec une autre, à la caisse, pour une histoire de proximité. Sortir faire mes courses de la semaine est devenu une épreuve dont je me passerais bien. J’en reviens épuisé. J’ai cessé de porter des gants en latex (une catastrophe écologique) et je passe mon temps à me désinfecter les mains. Je déteste respirer sous mes masques, certains n’ont pas tenu deux lavages à 60, d’autres me font mal aux oreilles. C’est ubuesque. J’ai fait comme j’ai pu, j’en ai même commandé sur le site de Playmobil.

Nos gouvernants sont dépassés (on le serait à moins) : je pardonne le flou, l’incertitude et parfois même (alors que cela ne m’arrive jamais) l’incompétence de certains, après tout, tout cela est inédit, fou, incroyable mais je ne pardonne pas les mensonges, ça non, ils ne passent pas. Je ne peux pas les supporter. La porte-parole, si hautaine, si sûre d’elle, qui ment comme elle respire me fait zapper à chaque apparition. Comment peut-elle oser encore la ramener ?

« Le contraire de la connaissance, ce n’est pas l’ignorance mais les certitudes. » Richard Benzine 

Je m’en tiens à ce que j’ai dit ici : je refuse de vivre dans la peur mais je refuse aussi de vivre dans la connerie des autres. Ceux qui refusent de porter un masque dans les transports en commun, au supermarché, ceux qui sont anti-vaccins et mélangent ça à la 5G, à Bill Gates, à je-ne-sais-quel délire complotiste (Michel Rocard avait eu cette formule célèbre : « Toujours préférer l’hypothèse de la connerie à celle du complot. La connerie est courante. Le complot exige un esprit rare. »), ceux qui crachent par terre, ceux qui se réunissent depuis des jours en bas de ma rue, ceux qui font fermer une usine qui ne demandait qu’à ouvrir, ceux qui abusent de leur droit de retrait mais comptent bien sur les caissières pour les servir et les infirmières pour les soigner un jour prochain, ceux qui font du fric sur l’angoisse des gens qui allument la télé (les chaînes d’info…quelle honte…France Info s’en sort mieux, quand même…) et la Binoche qui donne des leçons d’humanité et gueule contre le capitalisme, la même qui apparaissait dans une pub pour un crédit à la consommation 19% pour une banque il y a deux mois, merci Madame, n’hésitez pas, surtout, à la ramener mais je ne veux pas être que dans la colère, je ne vois pas l’intérêt. Je cherche une manière de rester dans l’Amour, j’ai médité, aujourd’hui, j’ai fait du Yoga, mais que dalle, je suis dans le négatif.

Alors demain, pour la première fois depuis deux mois, je vais enfourcher mon vélo électrique, sans autorisation à signer, je vais aller voir Laetitia et je ne sais pas comment je ferais pour ne pas la prendre dans mes bras.

Quelle année, quelle époque, quelle drôle de vie.

About author

Bienvenue Logo Parent (de) Zèbre

Parents de Zèbres : mon nouveau bébé..

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more
La mer

Une rentrée de plus

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more
Ars-en-Ré

Enjoy the silence

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more

There are 7 comments

  • Sandrine de Versailles dit :

    Charge bien ton vélo et laisse le te guider vers mon domaine, quand bon te semblera !
    Je m’inquiète aussi de l’après.
    J’aime être à la maison, j’ai de la chance d’y être avec mon amoureux… nous adorons cette proximité.
    Sois heureux beau gosse, you are worth it.

  • Ceve dit :

    Oh purée…. Merci Ron, tout pareil !
    Putain je doute
    Je doute sur l’avenir
    Je doute sur l’intelligence humaine….
    Encore merci
    Et prends soin de toi et des autres, et profite…

  • Thomas dit :

    Je comprends tellement ce sentiment. Je ne suis pas angoissé par ce virus mais je ressens l’angoisse de gens autour de moi et c’est donc difficile de pas se laisser envahir par l’angoisse des autres.
    Reprendre les transports impensable, trop de stress en perspective et l’incertitude des conditions. J’attends avec impatience le week-end prochain, retrouvailles avec ma petite fille Laura 5 ans. Je me suis confiné pour elle, j’ai arrêté mes activités de secouriste depuis 3 semaines pour elle. Je sais que rien ne sera comme avant mais que sera cet avenir? Moi qui suis social et tactile la distance qui va s’abattre sur nous m’angoisse mais n’ayant aucune réponse je fais comme pour les addictions : one step at the time… voyons demain

  • Corinne dit :

    Tout pareil.
    Sauf la 5G. Rien à voir mais ça fait chier quand même.
    Dur de revoir les collègues et de ne pas pouvoir les toucher. Bizarre de retrouver les copines et de ne pas leur claquer le bisou et leur faire le câlin ( même si à la base,hein soyons clair, je ne suis pas la reine du hug …). Et les gosses et ces vieux qu’on va repousser, et tous ces postillons qui vont nous faire flipper… M’en parle pas.

  • Fred dit :

    Hello. Merci pour la citation de Rocard, j’adore..oui, la connerie est sans doute la chose la mieux partagée au monde :(( Effectivement, je crains peut-etre ca plus que tout le reste. Pour le Covid, comme tu le dis si bien, on ne sait quasiment rien dessus, et la seule parade appropriée semble bien etre celle des gestes barrieres. Après, je me dis que en temps « normal » d’avant, on n’arretait pas de se toucher, croiser, comprimer dans les metros bondés, avec grippe saisonniere et autres virus possibles. Donc aujourd(hui, avec gestes barrieres, on devrait limiter pas mal quand même. Reste effectivement la possibilité de contaminer des proches vulnérables. Là, je n’ai pas de solutions. Aujourd’hui, je vis au jour le jour. Demain est un autre jour. un peu difficile de ne pas pouvoir se projeter, mais comment faire autrement?
    Pour les séries: j’ai trouvé « Parlement » vraiment caricatural, même si il y a un coté pedagogique sur la complexité des méandres européens. MAis cela aurait pu être un poil moins dans la caricature. Sinon, j’ai découvert « devils », Serie italienne sur la finance (sur OCS Max). Beaucoup d’élégance, de manipulations evidemment, de contradictions internes et perso interessantes.
    Sur la 5G: je suis aussi dubitatif (mais pas sur le lien avec le covid).
    Take care et keep cool

  • Laurent dit :

    Je ne connaissais pas la formule de Rocard. Je me la note car je sens que je vais la ressortir un paquet de fois, hélas.

    Idem, même en département vert, je me demande si je dois aller voir ma mère à la campagne, lui faire prendre des risques inutiles, bah oui, si j’y vais (une semaine), tout va être compliqué, la cuisine, le quotidien quoi. Alors attendre.

    Si ça peut te rassurer, on est nombreux à se poser toutes les questions que tu te poses, et davantage. Courage.

  • amandine dit :

    Je vois qu’on a les mêmes questionnements. Je vais aller acheter un masque sur Playmobil pour commencer 😉
    Mais sinon pour le reste je suis d’accord, je n’ai pas tant peur pour moi que pour les autres et la connerie des autres… Que des questions… Quand pourra-t-on retrouver la « normale » un jour, si elle revient ? Et oui… Comment trouver un amoureux en cette période ? Tu as raison la « vie d’avant » semble d’un autre siècle. Suffit de voir les règles pour bosser en entreprises ou réintégrer les écoles… Le contact est pourtant si indispensable…
    Bon « dé confinement », mot sordide, comme si tout était fini alors que tout ne fait que commencer encore et toujours.
    plein de bisous virtuels, ils ne blessent pas eux <3

  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *