Voyages
Run, baby, run
17 avril 2020
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Et puis un matin, ça m’a pris comme une envie pressante, c’était devenu un besoin sinon j’allais devenir fou. J’ai retrouvé mes baskets de running orange achetées en Floride dans une autre époque, j’ai pris un short, enfilé un tee-shirt et je suis allé courir. Cela ne m’était pas arrivé depuis sept ou huit ans, je pense. Je n’avais pas le choix. C’était lundi dernier, le canapé me collait à la peau, j’avais avalé 5 épisodes d’un trait d’Ozark (je vous conseille vivement cette série sur Netflix) et je n’avais plus envie de lire sur l’iPad, ni presse, ni Facebook, ni Twitter, ni rien, j’avais juste la haine, la haine d’être là comme un con, ni dans l’avenir, ni dans le passé, ni dans la joie, ni dans l’angoisse, ni dans la tristesse, non, j’étais submergé par ce sentiment désagréable qui m’engluait de partout, un présent morbide et pesant, sans intérêt, une boucle de négatif et de mauvaises nouvelles, une putain d’envie de vivre, d’un coup et de souffrir autrement que par ma tête et mes pensées en boucle.

Bien sûr, les premiers pas ont été affreux mais ce n’est rien comparé aux suivants : mon corps a toujours détesté courir, mon cerveau encore plus et lundi dernier il faisait chaud, l’air était lourd, je dépassais des gens pour qui le confinement est déjà terminé (un indice chez vous : non, pas vraiment, mais allez-y, place aux cons) et je me suis retrouvé après 500 mètres au panneau Stop en nage, le coeur battant la chamade et voulant sortir de ma poitrine, la gorge sèche et serrée. J’ai du tourner autour du panneau dix fois pour retrouver mon souffle. Je suis revenu en courant, je suis allé me doucher et le surlendemain, j’ai remis mes chaussures (le lendemain, je ne pouvais pas, mon corps souffrait de partout mais PUTAIN QUE J’AI AIMÉ CETTE SOUFFRANCE, CE MOMENT OÙ JE ME RAPPELLE QUE JE NE SUIS PAS LA BONNE PERSONNE EN CHARGE DES MEILLEURES DÉCISIONS ICI) et je suis allé au panneau Stop en soufflant un peu moins.

Avant-hier, j’ai dépassé le panneau Stop de 100 mètres avant de m’arrêter et ce matin, j’aurais pu le dépasser de bien plus encore si une petite voix dans ma tête (Guy, je présume) ne m’avait pas glissé : dis, oh, on a déjà bien battu le record de hier, là, déjà que tu cours sur du bitume, mon gros, tu vas te faire du mal si tu continues, déjà qu’on sait tous que tu vas arrêter dès qu’il fera trop chaud ou qu’il pleuvra, hein. TA GUEULE, GUY, FERME TA GUEULE.

Je cours aussi parce que j’ai rencontré un mec génial au téléphone et que je lui ai promis de courir le semi-marathon de New York en 2021 avec lui. Une longue histoire. Il était là et puis il a disparu, j’espère qu’il va bien. J’ai un peu peur pour lui.

Alors je cours.

Un jour à la fois. J’ai couru aujourd’hui et ça me fait du bien (le meilleur moment, c’est après, le retour, la douche, le canapé tout frais) : peut-être que demain je n’irai pas courir, je ne sais pas. Je sais juste que j’ai été courir aujourd’hui et qu’il me tarde de reprendre le vélo, aussi. Je ne sais pas si on a le droit ou pas (vu le bordel de la communication officielle et les ordres donnés, les contrordres puis les applications sur le terrain…) mais j’en ai tellement envie, tellement.

J’ai reçu ma nouvelle Carte Bleue, elle expirait à la fin du mois, j’en étais malade d’inquiétude. Ils m’ont vendu des gants en plastique à la pharmacie à 15 euros la boîte de cent (j’ai cru rêver…) et du gel hydroalcoolique, enfin, ça y est, ils en ont.

Dans mon quartier, les gens font leur petite vie dehors de nouveau, je fulmine. Je lis ça et là (mais chut, il ne faut pas le dire, sinon on se fait taxer de complotiste sur Twitter) qu’un ancien Prix Nobel français estime que le virus est sorti d’un laboratoire Chinois, ce qu’on ne peut pas trop leur reprocher vu qu’ils nous fournissent gants, médicaments et masques, mais quand même un peu leur reprocher car le Président demande des explications, lui aussi. Un jour, on saura. Ou pas. Le Prix Nobel passe pour un fou, il « sucre les fraises », tout comme le Professeur de Marseille qui serait un escroc, d’après certains. On ne sait pas, on ne sait plus. Je me suis abonné au compte de Sarah Fraisou sur Instagram et je me le repète en courant comme un mantra : sa-rah-frai-sou sa-rah-frai-sou en expirant.

Une seule certitude : l’été s’ra chaud, l’été s’ra chaud.

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There are 17 comments

  • marika dit :

    Shanna Kress j’aurai compris mais Fraisou??????

  • La lilloise dit :

    Bonjour William

  • Fannoche dit :

    Oui y a des gens partout en balade autour de chez moi…je suis en rage de les voir profiter du printemps. Je n’arrive pas à sortir sans grosses crises d’angoisses alors je reste derrière ma fenêtre. Je les envie presque les inconscients…
    Je t’embrasse.

  • Sandrine dit :

    Courir, faire un parcours sportif dans le salon, des abdos fessiers jusqu’à ne plus sentir que la douleur… je suis là dedans en ce moment…

  • Séverine dit :

    Je m’étais mise à la danse, pour moi, en 2018. Le matin, au saut du lit. Un album que je choisis selon l’humeur, au salon. Je m’imprègne et me laisse aller…
    Je le faisais beaucoup moins depuis quelques mois, mais ces derniers temps je m’y suis remise! Et quel bien ça me fait.
    Courir? Jamais. Mais jamais! Je déteste ça et suis admiratrice de ceux qui pratiquent!

    Sinon une vidéo intéressante à voir chez Horizon Gull, elle traite pile de cette rage que l’on peut ressentir en ce moment.
    https://youtu.be/dYzMY-pIMWo

  • Séverine dit :

    La vidéo suivante est plus appropriée, suis allée trop vite tout à l’heure: https://youtu.be/LWEI2zEH7XA

  • Bénédicte dit :

    Hé hé. Ça me rappelle les premiers billets de Sonia ( des Chroniques de) sur la course à pied. Et maintenant, elle est plusieurs fois marathonienne !
    Le hasard a voulu que je commence la course à pied en même temps qu’elle, quand ma mère est rentrée à l’hôpital pour une leucémie. J’avais toujours détesté courir et je ne sais pas pourquoi, j’en ai eu viscéralement besoin à ce moment là. C’était en 2010 et j’y ai pris très vite beaucoup de plaisir ( de plus, on progresse rapidement quand on part de zéro). Je ne fais pas de marathon mais j’adore toujours ça.
    Bon courage à toi !

  • Fabulous Fabs dit :

    Aucun rapport, mais maintenant j’ai « Run, Boy, Run » de Woodkid dans la tête.

    Merci et bonne journée William!

  • Fred dit :

    Courir, ça vide la tête , et ça aplatit le ventre . Que du benef en ces temps de confinement! Moi aussi, j ai pris des engagements pour un demi marathon ( mais pas celui de NY). Et on a du boulot devant nous si on veut tenir!
    Merci d être là!
    Bises

  • Muriel dit :

    Je n’ai jamais su courir. Marcher, oui, et même longtemps s’il le faut, mais courir, je suis nulle, je m’essouffle très vite, j’ai mal partout très vite, une horreur. Seulement voilà, en novembre dernier, ça m’a pris comme ça, pouf : une envie irrépressible de courir, un besoin, même. Bizarre… J’ai donc chaussé mes baskets et je suis allée courir. Problème : par chez moi, il n’y a rien de plat, ça monte et ça descend tout le temps. Du coup, pour quelqu’un qui s’essouffle super vite, c’est encore plus rude. J’y suis allée mollo, histoire de pas me dégouter. C’était plus du marcher/courir qu’autre chose, mais j’ai adoré. Et comme toi, j’ai aimé sentir mon corps, y compris dans ses douleurs, parce que ça m’a rappelé que j’avais un corps, justement, et que je le délaissais depuis trop longtemps. J’en avais marre de n’habiter que dans ma tête. Alors j’ai couru et couru encore. Et puis j’ai progressé, peu à peu. Je reste une tortue, hein (c’est limite la honte les temps que je fais…), mais une tortue qui peut désormais aligner les kilomètres. Juste avant le confinement, je partais courir entre 10 et 14 km tous les dimanche (et je faisais deux autres sorties plus courtes en semaine : pas toujours facile à caler avec le boulot, les enfants, la fatigue…). Je revenais à la maison gonflée à bloc, fatiguée mais heureuse. Là, comme j’ai été malade, avec une toux qui a duré presque un mois, j’ai dû reprendre touuuuut doucement, et bien sûr, plus question de faire des boucles de 14 km en plein confinement. Mais je cours de nouveau tous les deux jours, un peu moins d’une heure, et ça me fait un bien fou. Je te souhaite de garder le rythme, en tout cas, William ! Bon courage !

  • Muriel dit :

    Ah et tiens, j’ai pensé à toi à l’instant : je viens de visionner une vidéo-enquête sur Thierry C., le gourou du cru et c’est pour le moins… édifiant. Moi qui avais un peu suivi ses débuts (pour très vite m’en détourner car je le « sentais » pas, mais pas du tout…), je trouve cette enquête très intéressante et surtout très bien menée. C’est vrai qu’en ce moment on ne sait plus où donner de la tête : qui dit vrai, qui ment, qui manipule, c’est un bordel sans nom, et je suis un peu comme toi, par moments, je crois savoir puis je ne sais plus… Je me dis que le temps fera son oeuvre et qu’on finira par y voir plus clair, mais c’est étrange cette sensation de brouillard permanent. Là, justement, voir cette vidéo m’a fait du bien car ça m’a permis de mettre à plat pas mal de choses sur lesquelles je doutais encore, et surtout ça m’a permis de valider mon intuition sur pourquoi je ne « sentais » pas ce type… Si la vidéo t’intéresse : https://www.youtube.com/watch?v=Z0qikN8visk

  • claire dit :

    Je suis pleine d’admiration pour ceux qui arrivent à courir. Je continue mon petit yoga, dans ma chambre mais plus tous les jours.

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